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Reportages et entrevues

Les Francouvertes à la course

Les Francouvertes à la course

André Péloquin
24 janvier 2012

21 artistes et groupes indépendants réunis sur la même scène lors de sept soirées de préliminaires et présentés en 2000 mots. Ouf! À vos marques? Prêts? Lisez!

Drôle de coïncidence! Quelques jours après le lancement en grandes pompes d’une énième édition de Star Académie, une autre compétition destinée à outiller et propulser des artistes de la relève reprend du service : les Francouvertes. Tel que mentionné dans le programme remis aux médias lors de la conférence de presse, les Francouvertes se sont transformées depuis leur création, en 1995. De simple concours, l’événement s’est métamorphosé en véritable plaque tournante pour les artistes francophones locaux. Au fil des années, public et membres du jury ont été témoins de moments historiques (la fameuse finale opposant Loco Locass aux Cowboys Fringants), de petites controverses (le cas Adamus), mais surtout, de révélations (Karim Ouellet, La Patère Rose, Karkwa et j’en passe).

Des 225 artistes qui ont proposés leur candidature à un jury de professionnels de la chanson, ne demeurent plus que 21 concurrents qui chaufferont le public et les planches du Lion d’Or du 7 février jusqu’au 20 mars afin de passer au niveau suivant. La vitrine est alléchante, les prix sont faramineux et la compétition sera plutôt corsée.

Le 7 février 2012 ou du rock de toutes les couleurs avec Pandaléon, Mauves et Bravofunken

Méconnu du public du grand Montréal, la formation rock alternatif Pandaléon pourrait autant surprendre les mélomanes que les membres du jury des préliminaires. Récipiendaire de cinq prix lors de la plus récente édition du concours Ontario Pop (une compétition semblable aux Francouvertes… mais en plus plate vu que c’est en Ontario, j’imagine), le groupe pop rock issu de Saint-Bernardin en Ontario a aussi fait belle figure au Festival international de la chanson de Granby. Les fans de Damien Robitaille et de Karkwa devraient apprécier.

En entrevue avec BangBang en octobre dernier, les membres du groupe pop rock Mauves décrivait leur groupe ainsi : « Gaston Miron déchiré entre les Beach Boys et The Who ». Bref, en plus de susciter des paroles poétiques et un son plutôt rétro, très « sixties », ces quatre garçons sont plutôt couillus de soulever ces monuments lorsqu’on aborde leur groupe! Blague à part, ça roule pour le quatuor depuis le lancement de son premier disque Cinéma Plymouth qui a été cité à maintes reprises sur des palmarès de radios étudiantes et communautaires.

Toujours chez nous, notre rédac’ en chef disait du maxi Mille Miroirs du quintette Bravofunken qu’il s’agissait d’un « ingénieux mélange d’instruments et de beats. Chansons qui portent à danser, rythmes plus qu’entraînants et claviers bien présents. » Depuis, le groupe a lancé un nouveau EP, Cœur  Rubik, paru en 2011, et ne cesse de recueillir les tapes dans le dos. Avec sa pop dansante, mi-funk, mi-électro, le projet a autant été comparé à Polipe que Gwenwed, par le passé, deux groupes fort appréciés de la scène locale et – tiens, tiens – qui ont aussi participé aux Francouvertes.

Le 14 février 2012 ou la Saint-Valentin de tes rêves avec Sarah Toussaint-Léveillé, Antoine Corriveau et Simon Kingsbury

Alors que les amoureux présents se minoucheront entre deux chansons, le jury s’entredéchira alors que trois « MVP » de la scène folk pop alternative se succéderont sur scène.

En janvier 2011, je qualifiais la pop bonbon, mais pas bête du tout de Sarah Toussaint-Léveillé de « premier coup de cœur de l’année ». Bien que sa voix rappelle par moments celle de Béatrice Martin, Toussaint-Léveillé se distingue de la blonde en exploitant un son plus folk, plus bluesy, tout en proposant des textes plus imagés. Bien que ses « adversaires » de la soirée jouissent d’une plus grande popularité, à l’heure actuelle, la chanteuse compte déjà quelques faits d’arme prestigieux – gagnante de Cégep en spectacle 2008, participation à Coup de coeur francophone en 2010, etc.) -, avant même d’avoir lancé un premier disque.

Soyons honnêtes, Antoine Corriveau est un artiste chouchou chez BangBangBlog. En plus de l’avoir interviewé, on lui a consacré une chronique! Ainsi, en plus de bénéficier d’une bonne tribune – plusieurs médias ont repris la nouvelle lorsqu’il a annoncé qu’il lançait une campagne de financement sur la  Toile afin de terminer son premier disque –, Corriveau peut aussi compter sur le succès de ce fameux album folk rock lancé en février dernier ainsi que sur sa prestance sur scène maintes fois rodée pour se distinguer.

Autre chanteur très apprécié chez nous, Simon Kingsbury s’est tout d’abord distingué au sein du groupe indie rock Lac Estion, puis lançait en 2011 un premier disque folk solo désarmant qui devrait plaire aux amateurs de Philippe B. Définitivement, ce brelan pourrait créer le premier chamboulement des préliminaires.

Un 21 février sous le signe de la découverte avec Mélanie & Stéphanie Boulay, Benoit Morier et Francis Faubert

À ne pas confondre avec Isabelle (ou si peu), les sœurs Boulay abondent dans un folk intimiste, les harmonies sympathiques et les textes bien foutus (La preuve? Stéphanie est la lauréate de l’édition 2007 de Ma première Place des Arts). Quelque part entre Cat Power les cowgirls de l’Abitibi-Témiscamingue (Michèle O, Karo et moi, Chantal Archambault, etc.), Mélanie et Stéphanie devraient désarmer plusieurs despérados si elles jouent bien leurs cartes.

Benoit Morier, de son côté, aime vivre dangereusement. Véritable globe-trotter qu’est celui qui a autant vécu à Montréal qu’à Paris et dans ce coupe-gorge qu’est… Winnipeg. Bien qu’il évite l’étiquette de chanteur engagé, son folk rock suscite tout de même Neil Young et sa pièce « Calisse » souligne un ras-le-bol général (ça se devine au titre, mais bon). Lorsqu’il se fait plus tendre, notamment sur sa ballade « Bye Bye », Morier ne soulève plus les foules, il les émeut en ralentissant la cadence et en pondant des pièces qui devraient plaire aux inconditionnels de Dany Placard et de Monsieur Mono.

En parlant de Placard, Francis Faubert a fait appel à l’ex-Plywood ¾ pour terminer son premier album solo, paru en 2011. Non content de collaborer avec un personnage mythique du folk du terroir, Faubert se distingue aussi auprès des institutions, sa chanson « L’impression d’exister » lui permettant de récolter le prix de la Chanson primée de la SOCAN). « J’pourrais commencer à me prostituer » chante-t-il sur « En attendant ». Espérons qu’il n’aura pas à aller jusque-là…

Le 28 février, c’est la soirée des projets aux noms qui détonnent avec Gustafson, Hans Heinrich et Mehdi Cayenne Club

M’en va t’conter l’histoire de Hans Heinrich, un ‘tit gars québécois aux racines autrichiennes qui voulait s’envoler vers le Mexique pour poursuivre une maîtrise. Le Mexique s’est tassé pis le gars est devenu auteur-compositeur-interprète… et le volte-face a porté fruit, car Heinrich lançait un premier album – Avant que la pluie nous prenne – en octobre dernier. Suscitant autant Thomas Fersen que Bright Eyes (tout dépendant de la pièce qu’il interprète), Heinrich est un artiste folk à découvrir qui pourrait bien se faufiler dans les finalistes. À surveiller!

Auparavant connu sous le nom M. Bilou et ses Argonautes(!), Gustafson se débrouille mieux en rock qu’en choix de noms de groupe. Influencés par Gainsbourg et les Strokes, le quatuor montréalais propose un pop rock groovy, bien foutu et qui s’écoute bien dans une atmosphère enfumée, lunettes de soleil sur le nez et scotch à la main (du moins, c’est ce que la pièce « Je pense à toi » – disponible gratuitement sur leur bandcamp – suscite).

Projet mené par le slameur, poète, comédien et auteur-compositeur-interprète Mehdi Hamdad, le Mehdi Cayenne Club propose un rock tissé de langues, de funk, de rap, de textes engagés, de musiques du monde (folk, rock, pop, funk, etc.) et j’en passe. Un joyeux bordel!

Le 6 mars, on nous sert du rap avec Feuilles et Racines, Soké et son soundsystem, McPhylis et Maxime Robin

Bien que Feuilles et Racines demeure méconnu du grand public, le collectif rap est soutenu dans son genre de prédilection par un grand du domaine : Claude Bégin (Accrophone, Alaclair Ensemble, Karim Ouellet, Movèzerbe, etc.). Ce dernier maniait la console alors que le collectif enregistrait Microclimat, un CD qui a eu un bon petit succès critique. Avec ses rythmiques jazzy et r’n’b, et ses textes imagés, le grouspuscule devrait faire planer le public présent (donc, laissez l’auto à la maison).

Dans un tout autre ordre d’idées, nous avons Soké et son soundsystem. Straight outta Hull, le rappeur et beatmaker propose un rap teinté de reggae et d’électro qui nous replonge par moments dans les premiers balbutiements du rap québécois. Sans comparer le projet à Muzion, certaines pièces du Soké et son soundsystem (« Les taches sous tes reins », par exemple) accompagneraient bien les brûlots du groupe culte sur un mixtape. Voilà, c’est dit.

Dans le coin gauche, l’ex-membre du Arvida Crew MC Phylis (avis aux néophytes : oui, son nom de plume en disait long sur les vers du collectif). Dans le coin gauche, le town tempo kinda guy et, dans le coin droit, le beatmaker intellectuel Maxime Robin. Bien que, sur papier, cette collaboration semble tirée d’un scénario de comédie policière rédigée pour Chris Tucker, sur Bandcamp – et sur scène – ça donne un rap parfois sérieux, souvent absurde qui carbure aux rythmiques et aux échantillons recherchés. En trois mots : préparez-vous mentalement! blingdepauvre.bandcamp.com

Le 13 mars, la pop est à l’honneur avec Fleur de peau, Thierry Bruyère et Grenadine

Autre soirée qui pourrait avoir un effet « Angry Bird » sur le classement alors que trois artistes catalogués « à surveiller » se succèderont sur les planches.

Fleur de peau, c’est Annie-Claude Navert. Fleur de peau, c’est de la pop saccharine, un peu électro, un peu folk, quasi irrésistible. C’est l’équivalent d’un chiot, mais en musique. Les fans de Cœur de Pirate et Ariane Moffatt devraient tendre l’oreille.

Thierry Bruyère, de son côté, vient de pondre un CD – Le sommeil en continu – réalisé en compagnie de Navet Confit. Vous aimez Alex Nevsky? Vous vous ennuyez d’El Motor? Vous devriez apprécier les pièces de M. Bruyère.

Puis vient Grenadine qui, au fil des mois, a de moins en moins besoin qu’on la présente. Passage remarqué aux Francofolies, catalogué « Groupe à surveiller » par Les Inrocks, album à venir auquel Jérôme Minière collabore; rien ne semble pouvoir arrêter Julie Brunet et ses sbires qui n’hésitent pas à confectionner des pièces tantôt sixties, tantôt brit pop, que même Françoise Hardy et Lætitia Sadier envieraient. Candidats des Francouvertes, méfiez-vous!

Le 20 mars, on termine les préliminaires avec du gros rock, Christian, Gazoline et Les Shrimps

Alors que le ciment contenant le top 10 des préliminaires finira de prendre, trois candidats définitivement rock tenteront de brouiller les cartes une ultime fois.

Bluesman de Roberval relocalisé à Montréal, Christian a le sang bleu bleuet et ça s’entend. Pour ceux qui espèrent toujours une descendance digne de ce nom pour Gros Mené, vous venez de trouver votre Sauveur! C’est lourd, c’est « loud », c’est gras, c’est crasseux et on risque d’en redemander. Incroyable, mais vrai, cet ex-finaliste de Ma Première Place des Arts fait du bacon pour les oreilles!

Le trio Gazoline, de son côté, a tous les ingrédients du parfait petit groupe rock’n’roll: des riffs efficaces, un concert rodé (plus de 150 prestations dans sa jeune carrière, plusieurs participations à des concours) et, surtout, des faces à fesser dedans. Le pire là-dedans, c’est que la confiance exacerbée par les moues qu’on retrouve sur les photos de presse du jeune groupe pourrait bien être « the real deal » alors que des rockeurs qui ont gagné leurs épaulettes – Xavier Caféine, pour ne pas le nommer – l’ont appuyé dans l’enregistrement de son plus récent maxi.

Puis on aura droit à la « comédie punk rock » (leurs mots, pas les miens) des Shrimps. Les Goules rencontrent Pied de poule, The Rocky Horror Picture Show qui fourre avec des clowns alors que The Cramps tendent l’oreille. Bref, ça risque d’être laitte sur scène!

Les soirées préliminaires des 16es Francouvertes se tiendront du 7 février au 20 mars, au Lion d’Or, tous les mardis soirs, dès 20h, pour la modique somme de 7$.

www.francouvertes.com

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