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Reportages et entrevues

Les Dales Hawerchuk : Jeu de puissance

Les Dales Hawerchuk : Jeu de puissance

André Péloquin
8 novembre 2011

Trois années après leur « deuxième galette », le quatuor rock du Lac Saint-Jean revient à la charge avec Le tour du chapeau, un nouvel album où les Dales jouent moins du coude, mais comptent autant.

Interviewer les frères Sylvain et Sébastien Séguin, c’est comme jouer en désavantage numérique.

En entrevue, le duo s’esclaffe, blague, se coupe, se reprend, fait tonner ses verres lorsqu’il les dépose et fait grincer tables et chaises en gesticulant. Derrière ces bruits captés par l’enregistreuse, on retrouve toutefois des propos et des citations d’une rare franchise. Six années après le lancement de leur premier disque homonyme, le quatuor a appris bien des leçons, mais – heureusement pour nous – le collectif résiste encore et toujours aux phrases préfabriquées ainsi qu’aux perronismes.

S’éloigner de la bande, se rapprocher du but…

« Le plan de match, c’était de faire du rock », laisse tomber Sébastien en abordant la nouvelle offrande du quatuor. « Le premier disque a levé  beaucoup [à la radio et à MusiquePlus] avec « Dale [Hawerchuk]«  et « [Mais où est donc] Carnior? » . C’était ça, notre première expérience. On était ben impressionnables pis on se cherchait encore à l’époque », poursuit-il. « Le 2e disque, on le voulait plus stoner rock, mais on a quand même eu la tentation d’y glisser quelques « tounes » plus « radiophoniques » après avoir goûté à ça. La radio était un bon « moyen de transport », t’sais, mais on a eu la réalité dans la face. Pis la réalité, c’est de ne jamais faire ça [- de la musique -] en fonction de la radio. »

Sylvain en profite pour sauter sur la glace. « Nous autres, on est bons dans le rock », s’exclame-t-il, en pointant du doigt. « On ne dit pas qu’on n’est pas bons dans le reste ou qu’on est meilleurs que tous les autres dans le rock, mais on sait qu’au final, on fait de bonnes « tounes » rock et que c’est ce qu’on allait faire sur ce disque. »

- Sébastien : Pus de niaisage! Pus rien « en fonction de »…

- Sylvain : On a mis de côté des chansons qui n’avaient pas assez de riffs de feu. On a peaufiné les textes de Sébastien ensemble. On voulait sortir un album dont les Dales n’auraient rien à redire : que du rock, que des bonnes « tounes » pis on voulait les rendre de la meilleure façon possible.

La meilleure façon étant, pour les Dales Hawerchuk, d’adopter un style de jeu moins physique, mais tout aussi efficace musicalement. « On voulait un disque qui s’homogénéiserait bien à ce qu’on en ferait sur scène », explique Sébastien. « Auparavant, notre show était très « physique », voire punk. »

- Sylvain : Il fallait presque amener notre « drummer » à l’urgence à la fin des shows!

- Sébastien : Une chance que lui donner de la bière faisait aussi l’affaire!

Le groupe a donc revu son jeu pour revenir avec des « riffs » moins physiques, mais tout aussi lourds, trahissant à nouveau leur penchant pour le « stoner rock » ainsi que pour la vie en tournée.  « C’est l’expérience des shows [qui rentre] », croit Sylvain. « C’est là qu’on a tout appris pis c’est là qu’on a compris que la vitesse n’a rien avoir avec l’impact d’une chanson. Une toune « ben pesante » en do peut avoir autant d’impact que la toune punk rock la plus rapide du monde pis c’est ça qu’on a voulu explorer. »

« La première étoile revient à… Richard Desjardins! »

Sur Le tour du chapeau, Les Dales Hawerchuk ont aussi tenté de relever leurs textes une nouvelle fois. Si le groupe joue moins du coude côté « riffs », il le lève avec plaisir et aplomb pour écrire. « On a souvent lu des entrevues ou des critiques où on disait des trucs à la « C’est sûr que les Dales ne sont pas des poètes, mais… », pis on se disait « c’est vrai en crisse! », s’exclame Sébastien, sans broncher. « On aimerait ça écrire des « tounes » comme Richard Desjardins, mais on n’est pas capable! » Son frère intervient : « Mais on s’est quand même dit qu’on allait se creuser le « bécyk » pis lever aussi d’une « coche » du côté des textes », glisse-t-il en faisant référence au travail déjà entamé sur 2, où le groupe délaissait déjà les textes plus « adolescents » (sans toutefois leur tourner complètement le dos, bien entendu).

Ainsi, après de longs soupers arrosés doublés de séance d’écritures et d’entretiens téléphoniques dans les jours suivants, les premiers jets des frères sont devenus des strophes mille fois biffées, hachurées, revues, puis corrigées et ajustées avant d’être chantées. Pour citer Sébastien : « On a bûché! On a bûché en tabarnac! »

- Sylvain : Un, on ne crie plus. On ne fait plus de « Waaah, waaah, wah, wah, wah, wah! » Donc, un, on chante! Deux, on n’est pas encore des Félix Leclerc pis jamais on nous confondra avec des poètes, mais on a travaillé, pis – crisse! – j’espère que ça parait parce qu’esti que c’est dur de faire une bonne « toune » en français. C’est bien plus facile avec des « Yeah! Baby! »

- Sébastien : Moi j’mets au défi n’importe quel band qui chante en anglais de composer une « toune » en français. On rira après! Non seulement c’est dur, mais tu te fais juger tellement plus facilement par tes pairs. Ça demeure une fierté pour nous de chanter en français, mais ça représente tout de même un défi. De ce côté-là, je ne dirais pas que j’ai la confiance de Zeus, t’sais, mais j’suis content de le faire pis de relever ce défi-là avec mon frère.

L’amour fraternel des Séguin, maintes fois suscité dans l’œuvre des Dales Hawerchuk, fait donc en sorte que les frères ne jettent pas les gants lorsque l’un critique le texte de l’autre, mais aussi que le duo se complète autant sur scène qu’en studio.

Sylvain revient sur cette chimie : « Moi pis mon frère, on est deux musiciens « pas pire », mais à nous deux, on en forme un crisse de bon! En studio, l’un à besoin de l’autre pis sur le stage, c’est le contraire. Chacun de notre bord, on pourrait sortir des disques, mais ça serait moins bon. »

Et Sébastien d’ajouter : « Moi en tout cas, je l’achèterais pas ton disque solo! »

Fred Fortin, Olivier Langevin et Mario Pelchat… même combat!

Collaborant une fois de plus avec le pilote de Galaxie – et nouvellement réalisateur de l’année – Olivier Langevin, Les Dales Hawerchuk stimulent une fois de plus l’imaginaire des gens. Bien que cette fameuse « invasion du rock jeannois » a mené à la production d’un documentaire sur le sujet, le quatuor réfute à nouveau cette étiquette.

« J’ai toujours eu cette philosophie-là sur le son du Lac : Mario Pelchat aussi vient du Lac, t’sais! », muse Sébastien. Sylvain s’élance : « J’pense c’est plus une affaire de génération que de son. Une génération de gars qui ont grandi en écoutant les Melvins pis les Stone Temple Pilots – ou T-Rex pis les Everly Brothers pour les plus vieux comme Olivier. Fred [Fortin], lui, y’est dans une classe à part vu qu’il écoutait des affaires plus fuckées. »

Bien que le fameux « son du Lac » demeure indéchiffrable pour les principaux intéressés, ceux-ci se défendent d’en faire. C’est clair qu’on va être associé à Galaxie à cause d’Olivier, mais on ne rentre pas en studio en se disant « OK, on fait un autre album de rock du Lac, les boys! » », s’exclame Sylvain.

Fin de troisième période…

Les verres s’achèvent et l’enregistrement tire à sa fin. Lorsqu’on leur demande ce qu’ils espèrent accomplir avec ce Tour du chapeau, Sylvain s’empare de la rondelle. « Si t’aimes le rock, j’vois pas pourquoi t’aimerais pas ce disque » puis son frère lui vole le disque et y va d’une dernière réplique. « C’est clair que si tu trippes sur Nicolas Ciccone, par contre, tu vas pogner un mur… »

Lancement du Tour du chapeau le jeudi 10 novembre à 17h au Cabaret le Lion d’Or (1676 Ontario Est, Montréal). www.lesdales.mu

Crédit photo : Marie-Luce Lessard

4 commentaires
  • [...] Pour la toute fraîche entrevue du pére Péloquin avec Les Dales, cliquez ici. [...]

  • Jean-François
    12 novembre 2011

    Salut!
    Je suis un amateur de « Rock » et quelqu’un d’asser ouver d’esprit pour ce qui est de la musique, ce qui veux dire que j’aime de tout avec un penchant solide pour le grunge, (nirvana, queens of the stone age, silverchair, foo fighters, etc.)
    Perssonnellement, je trouve que le nouvelle album des Dale hawerchuk(le tour du chapeau) manque de naturel. Ce que je veux dire c’est qu’au lieux de continuer le belle elant rock Francophone genre(Le king du triple swing)pis les (t’sais, t’sais, t’sais) « Ça l’aire con mais sa fit dans le style franco que les Dales on fait. C’est bon, ça rock, t’sais! »
    Là, on sent que la musique du (tour du chapeau)est forcer. Pour etre de la musique pour s’économiser, je site.
    - Sylvain : Il fallait presque amener notre « drummer » à l’urgence à la fin des shows!

    - Sébastien : Une chance que lui donner de la bière faisait aussi l’affaire!
    Bin, c’est ça le ROCK! Les gars…De la musique sans lendemain.
    Sinon, bin, c’est CITÉ ROCK DÉTANTE, ostie!
    T’sais!
    Crim! vous êtes jeune encore là! C’est tu parce que vous avez eu des enfants pis que vos blonde vous ramolisse.

    Moi, je trouvais ça bin hot! D’avoir un vrai groupe ROCK franco qui ne se souciais pas de ce que les autres dise, pis qui ce l’aissais aller comme sa vient.
    Voilà le pourquoi que j’achaite pas beaucoup de musique FRANCO!

    Merci!

    -DJEe

  • André Péloquin
    13 novembre 2011

    Rock Détente?! Come on!

  • [...] Pour (re)découvrir les Dales Hawerchuk, il n’y a rien de mieux que de (re)lire l’entrevue menée par André Péloquin avec les frères Séguin! [...]