![]() |
Reportages et entrevuesLes Colocs et l’âme escogriffeJulie Ledoux31 juillet 2009
1993. Le premier album des Colocs sort en magasin. J’ai 10 ans. C’est la folie autour de la chanson « Julie ». Mes parents ont le bon goût de m’offrir ce disque pour Noël. Coup de foudre instantané. J’ai toujours 10 ans et je ne tripe pas du tout sur Kurt Cobain. « Nirvana? C’est quoi ça? J’n’suis pas grunge et pas déprimée. Fuck you Kurt Cobain! Moi, j’aime Dédé Fortin et les Colocs. » J’apprends les paroles par cœur et, si j’avais eu du talent, je saurais les pas de la famille Botte qui accompagne le groupe sur “Passe-moé la puck”. Les Colocs ne portent pas le t-shirt Role Model Kurt Cobain meurt en 1994 et je m’en balance. Je ne sais toujours pas qui il est et je m’en fous. Les Colocs ont pris la place qui aurait pu revenir à Nirvana dans mon cœur de mélomane. Je ne suis pas de la génération X, mais la musique des Colocs m’a autant influencée que les ressortissants de cette génération. Pourtant, le groupe mythique (oh oui!) ne veut rien savoir de cette étiquette, Mike Sawatzky et André Vanderbiest sont catégoriques là-dessus : «C’n’est pas Les Colocs qui ont influencé la génération X, c’est l’inverse. […] Les artistes sont le reflet de leur époque. Une chanson peut ouvrir les esprits, mais ça ne change pas l’monde une chanson, non plus.» Humbles, les gars, vous trouvez? Et ce n’est pas fini. Ils avaient beau dénoncer les travers d’une société malade dans « Passe-moé la puck » ou des situations sociales dramatiques comme celle du personnage auquel Fortin réfère dans « Tassez-vous de d’là », pas question de porter le t-shirt de Simple Plan : les Colocs ne sont pas des modèles. Vander en rajoute et explique qu’il s’agit simplement de regarder un peu plus loin que le bout de son nez pour les voir, ces travers de société : «Dédé voulait raconter des histoires. En même temps, il racontait ce que vivaient les gens autour de lui. C’est le reflet de cette période-là. C’est des photos Polaroïd de ces moments-là. Les gens n’écrivent plus pareil maintenant parce que les histoires ne sont plus pareilles.» Presque le réflexe de Bart Simpson «J’n’ai rien fait!». C’n’est pas nous, on a influencé personne, mamzelle! Hallucination collective Dédé à travers les brumes sort en salles au printemps 2009, presque neuf ans après la mort du principal intéressé. Le monde journalistique rapporte la collaboration entre les membres des défunts Colocs et Jean-Philippe Duval, le réalisateur. Pourtant, il en est tout autrement selon Mike : «Moi, j’n’ai même pas lu le scénario […]. Moi, j’voulais rien savoir. J’voulais être surpris.» Quelques brèves consultations, pas d’influence directe, c’est ce que les gars voulaient. Une entière liberté laissée à Duval. Bien que le film soit une réussite au plan cinématographique, pour les proches de Mike et Vander, c’était tout le contraire. Évidemment, les gars et Dédé ne sont pas dépeints en enfants de chœur : Mike a un accident de voiture soûl au volant, Vander fume joint sur joint, Dédé… je ne sais pas, vous l’avez senti perturbé, vous? Une suite pour Suite 2116 Insatiables. De vrais musiciens passionnés. Lors de l’événement spécial «retrouvailles» (je préfère le terme à celui du «Grand spectacle Ford») qui aura lieu le lundi 3 août aux Francofolies de Montréal, Les Colocs remonteront sur scène pour l’une des rares fois au cours des dix dernières années. Seront présents, Les Colocs de la première heure (Guy Bélanger à l’harmonica, Joël Zifkin au violon, etc.) tout comme ceux de la dernière. Un spectacle qui, selon les principaux intéressés, sonnera beaucoup plus comme le groupe des premières années : «On est un peu rockabilly, un peu zydeco, un peu chansonnette française, un peu Bottine souriante, un peu funk, un peu rap, un peu blues, un peu jazz, un peu métal, un peu musette… »¹ Si on ajoute à ça les «canisses» (dixit le gars qui nous surveillait et qui tentait de rejoindre les frères Diouf au téléphone pendant 20 minutes) de Karim et Alhadji, six ou sept chanteurs invités, on aura vraisemblablement droit à un moment d’anthologie. La performance de l’année sera sans aucun doute la présentation de la nouvelle chanson des Colocs (si la tendance se maintient, Radio-Canada prévoit une hystérie collective à 21h39, le lundi 3 août, Place des Festivals). Nouvelle, en fait, pas tant que ça. Le 7 mai 2000, Dédé Fortin envoie un fax à son gérant Raymond Paquin. « La Comète ». La dernière chanson enregistrée par Dédé, seul, tapochant du pied, gratouillant de la guitare, chantant son mal de vivre, supplantant de loin les textes de « Belzébuth » ou du « Répondeur ». La Presse en publiera un extrait le lendemain sa mort. Plus de neuf ans après, la succession d’André Fortin et les Colocs ont décidé de la partager avec le public. Nous aurons ainsi droit à la version intégrale chantée par Dédé, une autre version plus blues et une dernière réunissant la gang au complet, le tout sur un minialbum disponible dès le 3 août. Boucler la boucle Le 10 mai 2000, je suis assise au café Second Cup coin Saint-Denis et Maisonneuve, avec des amis du cégep (à quelques pas de l’endroit où le vidéoclip de Tassez vous de d’là fût tourné… coïncidence?). J’ai 16 ans. Un ami entre, livide : «Dédé Fortin est mort.» Le 30 juillet 2009, je me retrouve à ce même café because je travaille à côté. J’arrive tout juste d’une entrevue avec Mike Sawatzky et André Vanderbiest des Colocs. «Ton cœur est malicieux, ton esprit dans ses griffes
¹: Raymond Paquin, Dédé, Montréal, Quitte ou Double, 2004, p. 33 Poussières d’étoiles avec les Colocs. Le lundi 3 août 2009 à 21 h. Espace Ford des Francofolies de Montréal Photo: courtoisie des Francofolies
Pas encore de commentaire.
Laisser un commentaire
|
ARCHIVES
CHRONIQUES![]()
L'abominable homme des cons
Simon Jodoin 26 août 2010
L’état de la chanson francophone au Québec : Je dis bullshit madame.« L’état de la chanson française au pays, en cette ère de la mondialisation »… C’était les mots, graves et pesants, prononcés par Céline Galipeau au téléjournal, pour introduire un reportage de Catherine Kovacs et France Dauphin. C’était en juin dernier, rediffusé au début de cette semaine. « En cette ère de mondialisation… ». J’ai monté le son du téléviseur. Ce n’est pas bien, ça, la mondialisation. Et si vous mettez « chanson française » et « mondialisation » dans la même phrase, ça donne un effet tragique, ça fait craindre : vous allez voir, à la fin, le gros méchant va manger le petit gentil. Et il n’y aura pas de deuxième chance. Après, c’est la fin, pas de suite la semaine prochaine. J’aime la tragédie alors j’ai monté le son que je vous disais.
|