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Chroniques Semi-automatique

Le rock est un zombie

Le rock est un zombie

André Péloquin
12 avril 2012

Le 10 avril dernier, le Journal de Québec publiait un article, ma foi, plutôt surréaliste rapportant la mort du rock, un boycottage systématique du genre musical sur les ondes des radios québécoises et, surtout, les doléances d’une sélection d’artistes du genre qui est, avouons-le, plutôt douteuse.

Ainsi, autant Jonas que France D’Amour, Éric Lapointe, Jonas et Anik Jean se disent lésés par la direction musicale des stations de radio qui mettraient le rock de côté au profit des LMFAO et autres projets “dance” (bien sûr, les puristes me diront que LMFAO n’est pas “dance”, mais plus “électro” ou “digne de se péter les tympans” et je leur répondrai “Veux-tu vraiment qu’on s’obstine sur LMFAO, l’grand?”, alors passons). Une théorie loufoque pourtant confirmée par Guy Brouillard, directeur musical de CKOI. “C’est une tendance réelle. On ne peut pas le nier”, indique-t-il dans l’article. “Cet hiver, le magazine Billboard déclarait la mort du rock. C’est une réalité à la grandeur de la planète. Le Québec ne fait pas exception à la règle.”

Le rock est mort?

Bien que c’est d’une tristesse que l’article laisse croire que le directeur musical d’un tel titan semble orienter sa stratégie selon un bête article du Billboard (tiens, tiens, est-ce que ça veut dire que le type qui occupe le même poste chez NRJ a lu un article titré “Le monde aime écouter d’la marde” avant de monter ses listes d’écoute? À considérer!), il est vrai que la (re)montée de la musique “dance” – les récents succès de Skrillex et Deadmau5 en témoignent – surprend et peut même inquiéter les plus frileux ou les puristes (deux types détestables, vous en conviendrez), mais de là à parler de la mort d’un genre musical!?

Ne savez-vous pas que le rock est un zombie? On ne peut l’arrêter, juste le ralentir ou le renvoyer six pieds sous terre, mais malgré tous vos efforts, il se nourrira bien assez tôt de vos cellules grises. Parlez-en à Keith Richards!

Justement, lors de la plus récente édition de la foire SXSW, on discutait de cette mort annoncée (en fait, c’était une conférence orientée sur l’invasion du “dance” sur les palmarès, mais ce n’était pas assez “punché” comme titre, alors…). Oui, oui, dans un événement comptant les Jack White et Bruce Springsteen parmi ses têtes d’affiche, on discutait de la mort du rock… et le pire, c’est qu’on était sérieux! Des semaines plus tard, la programmation des principaux festivals d’Amérique du Nord démontre que les producteurs de ces événements comptent toujours autant sur le rock, le roll et – parfois même – les deux.

Mais bon, France, Jonas et tous les autres, rassurez-vous: le rock est toujours diffusé sur les radios du Québec. Ainsi, on retrouve autant Sleigh Bells que les Revenants et Jambe sur le palmarès de CISM. En consultant le site de CIBL, on pourrait ajouter le Sam Roberts Band, Guided By Voices et Lee Renaldo à cette liste d’artistes “quand même rock”. Du côté de chez CHYZ, The Men est présentement en 21e position, suivie de près par Vulgar, You et les incroyables Alabama Shakes. Sur les ondes de CFAK, c’est Anonymus (2e position) et les Dales Hawerchuk (7e position) qui se distinguent. Puis, bien sûr, y’a Bande A Part, mais comme manoeuvrer sur ce site me donne le tournis, je vous laisse découvrir ce qu’on y diffuse ces jours-ci par vous-même. Bref, la musique tonitruante a toujours la côte chez nous! Alléluia!

“Yeah, but you know Andrew. These are all college radios and whatnot. They hardly counts”, me répondra sûrement Jonas et je lui rétorquerai que 1, c’est M. Péloquin pour lui et 2, c’est tout de même (un peu) grâce à ces radios que Les Guenilles ont participé à Heavy MTL et que Les Trois Accords… vous connaissez la suite. Bref, ces médias servent toujours de tremplins à pas mal de projets rock. Mais bon, regardons tout de même du côté des radios “grands publics”.

Tout d’abord, CHOM veille toujours au grain et propose toujours la même maudite sélection de vieux “hits” pour nostalgiques tout en offrant une sélection de nouveautés locales (Rome Romeo, Solids, The Hunters, etc.) et internationales (Japandroids, Mastodon, etc.) via “Montreal Rocks”, une émission animée par Jay Walker. Les radios X de Québec (98.1 et 100.9), de leur côté, diffusent pas mal de contenu abrasif… et je parle ici de musique (tou, dou, doum, tchich!). Au dernier coup d’oeil, Rise Against, The Black Keys et les faces à fesser d’dans de Fun se distinguaient au “6 @ 6”. Sans être québécoise, la chaîne 99.9 The Buzz peut tout de même être captée dans le sud de la province et diffuse toujours pas mal de “crap” nu-metal.

Mais on peut tout de même concéder un point à Anik et ses collègues: la programmation musicale du réseau NRJ et de CKOI est particulièrement écoeurante (dans le sens “vomir” du terme, bien sûr). Au moment d’écrire ses lignes, il n’y avait tout simplement pas d’artistes québécois sur le palmarès de CKOI. AUCUN!

- Ouin, mais André, si cette semaine-là y’avait peut-être pas d’artistes locaux assez “forts” pour s’imposer…

- Me niaises-tu? Y’a du Train sur ce palmarès! TRAIN! Non seulement le groupe est horrible, mais la chanson est sans saveur (cliquez ici pour l’écouter… vous n’êtes vraiment pas obligés par contre). La seule distinction que Train devrait recevoir, c’est un brevet pour avoir inventé le pablum musical.

Une béquille radiophonique

Autre critique de la palette interviewée : sans le support des radios, un artiste est voué à l’échec. « C’est grâce aux radios si nous vendons des billets de spectacles et si nous vendons des disques. Après tout, les artistes ont besoin d’avoir un revenu pour pouvoir manger (…) Si les radios nous laissent tomber, on est faits. », tonne Éric Lapointe.

Écoutez, à ce point-là, ça devient cliché de répéter l’exemple, mais quand même: le succès de Misteur Valaire s’est construit sur le Web et le groupe se porte rudement bien depuis et ne dépend pas vraiment des radios. Anik Jean, de son côté, s’exilait de Facebook après avoir visionné The Social Network. Pire encore, les dernières nouvelles sur son site web officiel datent de 2010! Jonas, lui, s’offre une tournée intimiste (ah! sage décision!)… à 60$ le billet (hé boy!). Bref, avant de pointer du doigt les radios, faudrait peut-être revoir vos stratégies…

La triste réalité…

Puis y’a aussi l’inconcevable: peut-être, je dis bien, peut-être, que les intervenants dans cet article sont dépassés par les événements, mais aussi dépassés, point. France D’Amour fait dans la pop jazz, la carrière d’Anik Jean semble être une succession de pages couverture de “La Semaine” (ce qui est l’antithèse du rock, désolé) et Jonas dit “rouler” dans le ROC, mais “roche” dans la Belle Province. Lapointe, lui, demeure tout de même un intouchable à la Pagliaro et c’est tant mieux pour lui. Bien que ces “monuments” des années 90 et 00 s’effritent, la relève rock, elle, sévit déjà. Alors que les Guenilles gagnent déjà leurs gallons au sein de la scène plus “lourde”, les réactions entourant le combo “rock au carré” Gazoline surprennent. Après tout, on parle tout de même d’un trio formé de chérubins dans la  jeune vingtaine, qui ont toujours un peu de gras de bébé, et qui, ces jours-ci, émoustille le public et le jury des Francouvertes (une vitrine renommée, certes, mais habituellement pas très friande du “rock”).

Et s’ils jouent bien leurs cartes, on ne devrait pas les enterrer de si tôt…

Crédit photo : Rodolpho Reis sur flickr

5 commentaires
  • Jimmi Francoeur
    12 avril 2012

    J’approuve à 100% ton approche André!

    C’est souvent ceux qui se plaignent qui se retrouvent malheureusement avec une mauvaises équipe (ou vieilles équipes) autour d’eux, voir même mauvaise stratégie.

    Le web c’est la force en 2012, autant sur le niveau avoir un site « user friendly » complet, autant sur le plan avoir un bandcamp et être actif envers les fans via réseaux sociaux et blog de ce monde.

    The Hunters = prochain très gros groupe punk au Québec (voyez ici le flambeau des Sainte Caths vers le Hunters pour leurs 4 derniers show )

    Le « petit peuple » écoute et demande peut-être de la mauvaises musiques parce que justement on leurs impose de la mauvaises musiques chaque jour dans leurs voitures.

    C’est une question d’éducation générale ici, tout comme CISM, Buzz, CHOIX, ou CHOM le font si bien!

    Le rock n’est pas mort.

  • Joël
    12 avril 2012

    Le rock n’est pas mort André. Il est juste dans le coma. Et à chaque fois que quelqu’un tombe en amour, quelque soit l’endroit sur la planète, le rock hurle, le temps d’un coup de foudre.

  • Bruno
    13 avril 2012

    Le rock ne mourra jamais… Ce qu’il faut c’est des rockeurs qui prennent contrôle de WMG ,Sony et Universal car, présentement, ce sont eux qui contrôle le monde de la musique, ils ont empocher l’argent de nos artistes rock pendant des années et les ont distribué dans des campagnes de pots de vins et de publicité massive pour les artistes pop et Dubstep. Dubstep étant un nouveau née des années 2009 à peine…

    Si tu enlève les 3 grand de la musique, qui, par ailleurs, contrôle Youtube avec leurs menaces… Quand Youtube à ouvert ses portes les 3 grand ont menacer de le faire fermer et sa s’est conclu avec une entente hors cours qui à crée  »VEVO », Vevo appartenant aux géant, ils peuvent mettre la publicité obligatoire pour les artistes de leurs choix sur tout ces vidéo, même de nos artistes rock.

    C’est surtout à cause du net et des 3 géant de la musique que le rock est en décroissance…
    S’ils arrêterais le financement des artistes pop sans talent et qu’ils passait les compositions de leurs compositeurs payer dans le rock cela causerais la mort de la pop.

  • Klimbatte
    13 avril 2012

    La curiosité musicale est, encore, ce qui garde un genre musical en vie.

  • Dweezil
    14 avril 2012

    Pour reprendre Zappa :
    Rock is not dead, it just smeel funny !

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