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Le petit tavernier

Le Quartier Général

Sunny Duval
6 juin 2007

103 rue Oberkampf, Paris.

Matelots du mardi soir: Ti-Nerf, Ti-Brin, Bino, Bluarg le monstre, Béarnaise, Terrine, et M.Pommier.

Pourquoi ici: partout ailleurs ferme vers 2 heures, alors quand Bino le barman a fermé son bar il nous a entraînés au quartier général de tous les sans-navire sans-mer sans-hamac.

Bouba, énorme portier coloré, garde l’entrée. Il est assez énorme pour me contenir dans son estomac. Ce sera pour une prochaine fois.

Y’a tellement de naufragés, faut rester debout en attendant un banc. Pinte pour moi. Mais d’abord demander son nom au barman. Cette brute me dit, pressée: «On s’en fout, c’est pas important. Tu veux boire quoi, allez?» Ouch. «Une pinte de bière-Picon*? 10 Euros.» OUCH! Je viens de percer mes poches. C’est gentil de nous permettre de rester jusqu’à 5-6 heures, mais c’est cher quand même. Par chance le pourboire en France est inclus. Par chance je reçois au même moment un verre de champagne, gracieuseté de M.Pommier qui a probablement donné son portefeuille en échange de la bouteille.

Tout le monde fume: paquets de 20, de 25, de 29, de 30, rouleuses. Y’a un géant fantôme blanc collé au plafond.

On trouve une table. Nos nouveaux amis s’assoient avec nous. Terrine essaie de séduire Bluarg, un monstre croisé en chemin. À son insu, elle jette des pilules étranges dans son verre en me faisant un clin d’œil complice. Ah! ces Françaises. J’en échappe ma cigarette. En la ramassant, sous la table je vois la main de Bluarg posée sur la cuisse de Béarnaise, autre Française sympa. Ah! ce Bluarg.

La clientèle est étrange autant en-dedans qu’au dehors: des mendiants tendent la main devant les baies vitrées. Ti-Nerf fait comme s’il passait un billet de 20 Euros à travers. Les mendiants tentent de le saisir en se cognant les mains dans la vitre. Ti-Nerf rit. Ça doit pas être très bon pour son karma tout ça.

Note: étant donné que j’ai pas pris de notes (précaution essentielle), je me rappelle pas de certains détails du bar, comme le type de musique. Mystère. Sinon, l’endroit est clair pis le décor est class, comme dans la plupart des bistrots en France, le sous-sol ressemble à une cave, sombre et glauque. C’est là qu’on trouve les toilettes.

Un bonhomme crie: «Je suis pas un petit dealer! Je suis pas un petit dealer!» Il s’emporte pendant une bonne minute, pis personne fait rien, même Bouba bouge pas. J’imagine que ça confirme que c’est pas un petit dealer.

Ti-Brin me paye une autre bière-Picon. Un bienfaiteur. «Bah, tu m’en paieras une à Joliette. Bon je pars, j’suis tanné de voir Bluarg frencher des Françaises.» Effectivement, quand Terrine part à la salle des dames, Béarnaise flattouille les antennes du monstre, et vice-versa. Le reste du temps elles se donnent des coups de pieds sous la table. Bluarg le monstre me dit: «Bluarg, bluarg bluarg bluorg. Bluarg-arg-arg. Org-org-org arg-arg. Bluorg.» Ce qui veut dire: «Estie, j’sais pus quoi faire. En plus j’commence à me sentir bizarre. Ok j’me sauve.»

Il était temps, Bino et ses potes rockabillies commençaient à pus trouver ça drôle non plus.

Les filles commencent à s’embrasser. M.Pommier prend des photos. Les mendiants font un feu avec une caisse de bière vide dehors. Ti-Brin danse au milieu. Je quitte en saluant Bouba avec une bonne claque dans le dos.

*Picon: alcool d’orange qui déchausse les dents à Ti-Brin et grignote mon habileté à dire non.

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