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Le petit tavernier
On quitte Nashville assez tôt. 341 kilomètres nous attendent. Planet veut prendre ça relax, mais moi, je ne veux pas manquer les visites de Sun Studios et Stax Museum. Ça ferme tôt et ma vie sera bouleversée si on arrive trop tard! Heureusement, une fois enregistrés au charmant Pilgrim House Hostel (15$ la nuit, en échange d’une mini corvée telle que passer le balai dans la cuisine!), on arrive à temps chez Stax. Ça coûte 12$ pour faire le tour du musée, où on peut voir un court film sur l’institution et son histoire, et admirer des vêtements, instruments et objets ayant appartenu à des légendes telles qu’Otis Redding, Sam and Dave, Steve Cropper, Carla Thomas. Je pleurniche pendant le film. Je suis sur une terre mythique où des gens ont enregistré des chansons qui ont changé l’humanité. C’est plus émouvant que la visite en tant que telle. (Cherchez « Stax Studios » pour en apprendre plus.) On est dans un quartier très défavorisé, Planet est revenue d’acheter une assiette de macaronis, et s’est sentie dévisagée d’une façon peu sympathique. Je suis peiné de constater que même en 2011, malgré la science si avancée, les écarts et les tensions blancs-noirs-riches-moins riches-pas riches perdurent. Je ne vis pas ici et ne connais pas ce que c’est non plus, mais il me semble qu’on pourrait se lancer des sourires, tout simplement. Moi je suis honoré d’être en terre sacrée, en tout cas! Cette ville est dure. En ce mois d’août, il fait 30 degrés et plus le jour (ça me dérange pas), plusieurs lieux sont abandonnés et placardés, mais cette ville est splendide. Sa place est incontournable dans l’histoire des États-Unis, en partant. Ville du Sud où ç’a brassé à bien des niveaux : politique, racial, musical. On court vers Sun Studios, autre lieu tellement légendaire, tellement significatif, tellement grand, dans la culture mondiale. La visite coûte aussi 12$, avec une guide souriante et pas mal crinquée, qui conduit la trentaine d’admirateurs vers la pièce-musée avec des objets précieux, nous fait écouter des extraits sonores, et nous montre enfin LE studio, avec un X sur le plancher indiquant où Elvis piétinait le sol quand il a enregistré « Hound Dog », des photos montrant Johnny Cash, Carl Perkins, et mon favori entre tous, Jerry Lee Lewis. J’ai un énorme motton en travers de mon âme quand la guide mentionne que c’est ici qu’il a enregistré « Whole Lotta Shakin’ Going On ». Elle nous fait tenir LE micro qui a servi à enregistrer TOUTES les chansons de cette époque fantastique débutant à la fin des années 50. Une fois la visite terminée, je me trouve un petit coin isolé pour verser une grosse larme! Haha. Après une visite de la boutique Sun, Planet et moi sortons sur la rue, au soleil qui commence à s’allonger sur le côté. J’ai le pas brumeux, je suis très bouleversé. Ouch. Je flotte. Oui, ceci est bien une chronique basée sur la visite de débits de boisson, mais patience, le mois prochain, le Petit Tavernier, qui à ce moment-ci du récit commence à éprouver une sérieuse envie de déguster l’eau houblonnée de Memphis, vous racontera la rue Beale dans toute sa beauté.
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