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Le petit tavernier

Le Petit Tavernier à Memphis (fin)

Le Petit Tavernier à Memphis (fin)

Sunny Duval
3 novembre 2011

Le petit tavernier est ici en pèlerin et en touriste, alors pour sa soif et son envie de musiques locales, il doit se diriger vers la célèbre Beale Street.

Mon amie Planet et moi choisissons de commencer par le Club 152, un endroit bof avec un groupe blues rock bof, mais il y a des places qui donnent sur la rue, fenêtres ouvertes. On joue aux dés avec nos belles bières de marque Red Stripe (4,50$ chacune). Beale Street est piétonne aujourd’hui et nous observons les garçons qui font des roues arrière sur le pavé sur plusieurs mètres, en échange de bravos et de pesos. Ils vendent des t-shirts à l’effigie de leur bande aux intéressés.

Memphis est le berceau du rock’n’roll, la maison de la musique soul, et le paradis du blues. Et n’oublions pas que c’est aussi la demeure du King! Graceland n’est pas loin, mais nous n’irons pas. On n’y tient pas. Par contre, nous pénétrons dans une boutique remplie d’objets Elvis. J’achète plusieurs cartes postales, affichant les recettes favorites du roi lui-même, ainsi qu’un porte-clé en figurine pour ma gérante bien-aimée.

Le soleil commence à bailler et la faim se réveille. « Pork With An Attitude » nous sert un hamburger à boulette dure vraiment décevant et un sandwich de porc effiloché (6,75$) très bon, mais servi entre deux tranches de pain qui n’ont jamais connu l’amour. Pas cuites ni rien. Et les bouteilles collantes de sauces barbecue sucrées n’y peuvent rien. Venez pour le décor parce que wow!

Petit détour chez Memphis Music, boutique avec des disques vraiment cool. Très, très grande sélection de blues. Et en plus la demoiselle de couleur foncée donne le goût d’acheter plusieurs coffrets.

Prochaine pause, le Beale Street Tap Room, où nous sert une barmaid qui ressemble à mon amie Bianca du Divan Orange à Montréal. Elle me sert une pinte de Southern Pecan (6,25$), très bonne. À Planet qui sait pas quoi commander devant autant de choix, elle sert une Big Ass Beer, ce gros gobelet en plastique que tout le monde boit sur la rue, qui contient l’équivalent d’une grosse bière de taverne Québécoise et qui coûte seulement quelques dollars. Après tout, c’est ici le « Home of the Big Ass Beer », même si on en retrouve partout à la Nouvelle-Orléans.

Le décor est superbe, malgré les téléviseurs ouverts sur une partie de football. Y’a de la brique partout, une collection de tasses sur les tablettes derrière le comptoir en bois. Le groupe qui joue ce soir est très bon, malgré leur son très années 90. D’ailleurs, ils chantent la même toune de Tracy Chapman que le groupe moyen au Club 152. « Give me one reason to stay heeeeeere! » Leur répertoire est rythm’n’blues, blues. La chanteuse ressemble à mon amie Valérie du Quai des Brumes avec ses petits cheveux stylés, mais en Valérie noire. Comme à Nashville, pas de prix d’entrée, seulement un bol ou un chapeau devant la scène pour déposer des « tips ». « Bianca » nous raconte que la scène locale n’est pas si grande à Memphis. Entre deux bouffées de sa cigarette, elle explique que la fin de semaine, quelques groupes de l’extérieur jouent en ville, sinon c’est pas mal les mêmes musiciens qui ont quelques groupes et jouent dans les différents bars. Je comprends pas tout ce qu’elle dit, à cause de son accent du Sud, du bruit ambiant, de mes oreilles dures.

Bon, ma bière est terminée, on quitte. Planet amène son breuvage avec elle. On entre dans ce bar que j’ai remarqué plus tôt et qui me semble vraiment parfait : le Juke Joint. La décoration est incroyable, de la brique, des toiles et posters antiques super beaux, du blues vieille école de qualité, joué par le Dr. Feelgood Potts Blues Band. Wow. La barmaid Sunshine (!) me sert une McSorley’s (4,75$), très bonne. Gros verre, bonne bière.

Je dois traverser de l’autre côté, au fameux Rum Boogie Café, pour aller dans les salles de bain communes aux deux bars. Il y a des guitares de vedettes partout au plafond du Café. Tellement de guitares. J’en profite pour écouter le groupe de blues qui joue. Ils sont blancs, mais ils sont bons! Haha. L’endroit est grand, c’est une institution ici. Le public de touristes est un peu amorphe, mais bon, on est lundi.

Je retourne dans le Juke Joint ramasser mon sac et nous allons marcher sur Beale Street un peu plus bas, jusqu’où se trouve le W.C.Handy Park ou Pepsi Cola Pavilion, où des gens sont attroupés, écoutant assis ou dansant au son d’un groupe funk avec des cuivres qui se produit sous le gazebo. C’est très convivial. On passe devant le Coyote Ugly (vide), un bar très douteux. La police est parquée en face. Y’a aussi le Wet Willie’s, un karaoké-resto rempli de cougars et dames plus mûres, charmées par l’animateur.

Nous contournons sans arrêt des poubelles, il y en a tous les 3 mètres, sur le trottoir. Trottoir merveilleux, sorte de Memphis Walk of Fame, avec des noms gravés, comme Sam and Dave, Little Milton, à côté de petites notes de musique en bronze ou laiton.

Avant de repartir vers l’auberge, un petit arrêt au B.B.King Blues Café, où joue un groupe de versions funky, devant des touristes qui mangent le « World known catfish ».

Mon oiseau favori, l’engoulevent, chante dans le ciel. Je savais pas qu’il se tenait à Memphis. Peut-être qu’il m’a suivi?

(Anecdote très drôle : le lendemain, une journaliste du Québec m’appelle pour une entrevue. Elle commence : « Alors oui, vous êtes à Memphis pour l’anniversaire de la mort d’Elvis? » « Euh, non, en fait je l’ai appris seulement hier. Je suis ici en chemin vers la Louisiane. » « Ah bon…Et ça doit être spécial pour vous d’être à Memphis, en tant que fan d’Elvis? » « Euh…en fait, je suis surtout fan de Jerry Lee Lewis. » « Euh…Allez-vous visiter Graceland? » « Non, on doit reprendre la route dans trente minutes… » Mettons qu’elle s’est pas adressée au bon gars.)

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