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Semi-automatique

Le mot en p…

Le mot en p…

André Péloquin
17 octobre 2011

Il est de bon ton de ne pas mentionner certains mots terrifiants ou inconfortables commençant par la lettre « p » lorsqu’on est en bonne compagnie. « Prostitution », par exemple, ou encore « paralysie » et « paranormal ». Pour certains gars de mon âge, le mot « père » fait aussi partie du lot. D’ailleurs, en 2010, la cinéaste Andrea Blaugrund produisait The Other F Word, un documentaire abordant la paternité dans le monde du punk rock qu’on pourra finalement voir en salle le 2 novembre…

Jusqu’à tout récemment, j’ai toujours eu un oeil et le pied tourné vers la porte de sortie. C’est sûrement pourquoi j’ai toujours eu une certaine fascination pour des personnages comme Solid Snake ou Nightcrawler. En plus d’être des as de l’évasion, ils représentent assez bien mon niveau de maturité.

À l’âge de 31 ans, je suis un peu moins con et un peu plus stable, mais je crois qu’une pièce me manque toujours ou qu’une certaine fonction n’a pas été mise en marche (et là, j’abonde dans des comparaisons qui titilleraient RoboCop… immaturité, quand tu me tiens). Bref, alors que le  « baby-boom » pétarade partout autour de moi, je demeure insensible à l’appel du biberon, des gazouillis attendrissants et de la poussette digne du char d’assaut.

J’aime les enfants et je crois que je m’entends bien avec la plupart d’entre eux (après tout, j’ai travaillé dans une école secondaire et dans un camp de vacances par le passé), mais l’idée d’en « produire » un ne me monte toujours pas à la tête. J’aimerais vous confier que ça remonte à un événement traumatisant de ma jeunesse ou encore que toutes ces références « geek » cachent, en fait, une peur paralysante, mais la réalité est vraiment plus plate, plus égoïste en fait: déjà que je manque de temps pour avoir une vie familiale, personnelle et sociale qui me conviendrait, comment y arriver avec un « kid » dans les bras?

Bordel! Je me relis et je me trouve vraiment terrible. On dirait un extrait du premier roman d’un quelconque « jeune auteur », mais je crois que tout cet égoïsme cache surtout un désir de ne pas « manquer son coup » (autant avec André Junior – désolé kiddo, t’auras le pire nom au monde – qu’avec tout ce qui gravitera autour).

Suis-je normal? Devrais-je m’en faire?

Pour remettre le tout en perspective avec la vocation « musicale » de cette chronique, je voulais en parler avec un musicien, mais je trouve ça « osé », voire de mauvais goût, de pénétrer une sphère aussi intime. Je laisse ça à Josélito et aux magazines à potins, tiens.

J’en ai donc jasé avec un collègue un peu (beaucoup) « punk » que j’admire beaucoup et qui fait aussi de la musique.

Bref, ce mois-ci à Semi-automatique, on jase GG Allin et bébés avec Joël Martel.

Père depuis 16 mois, Martel considère son garçon Charles comme un « heureux accident ». « Avant d’avoir Charles, on a perdu une fille à la naissance », raconte-t-il candidement. « On s’est dit qu’on allait attendre avant de s’y remettre, mais ça s’est bien passé! » Le « timing », lui, a tout de même inquiété Joël. « Je crissais ma job là. J’allais vivre de ma musique. J’partais sur une grosse balloune, t’sais. Pis c’est là que ma blonde m’a appris qu’elle était enceinte! »

Des mois plus tard, Martel a un nouveau boulot (rédac’ en chef du Voir Saguenay) et un nouveau disque sous le bras (Bourzai, lancé il y a quelques semaines sous l’égide de son projet inclassable, Les Patates Impossibles). Malgré le remue-ménage dans sa vie personnelle et professionnelle, Joël refuse tout de même de confondre les sphères personnelle et artistique. « Ma plus grosse crainte, c’est de devenir Kevin Parent pis de faire que des tounes qui parlent de mon enfant. Ça me “turn off”, lance-t-il en s’esclaffant. “T’sais, mon flot, c’est la personne que j’aime le plus au monde, mais je peux comprendre que certaines personnes n’y soient pas aussi intéressées.”, ajoute-t-il avant de confier qu’il s’est tout de même permis de composer une chanson en l’honneur de l’enfant qu’il a perdu sans toutefois en faire de cas. “L’important, c’est que je sais que je l’ai écrit pour elle pis que, dans un espèce de monde paranormal, elle le sait aussi pis c’est ça!”

Bien que Martel le père et Martel l’artiste ne se fréquentent pas, le chroniqueur les habitant se laisse parfois gagner par la paternité. “Je dirais que je suis plus sensible maintenant, surtout dans le cadre de mes chroniques”, avoue-t-il. “Même qu’un de mes meilleurs chums, avec qui j’ai fais des films, m’a déjà reproché d’être parfois trop émotif dans mes chroniques, mais – en fait – j’ai toujours été hypersensible. Je le cachais. J’suis plus optimiste aussi, j’pense. Toujours aussi misanthrope, mais plus positif!” Bien que l’exercice soit libérateur, Joël demeure tout de même sur ses gardes lorsqu’il s’installe au clavier. “Ça fait du bien, mais faut savoir doser. La ligne entre la pertinence et le quétaine est mince. J’ai déjà parlé de harcèlement d’enfants pendant deux semaines. Y’a des années, je l’aurais abordé différemment… ou pas pantoute.”

En ce qui concerne l’amusement de son enfant, Joël n’est ni « Yoopla », ni « Ramones for kids ». « Un chum m’a donné un album de reprises pour enfants de Guns N’ Roses récemment », raconte-t-il. « C’est le fun, mais je préfère l’original, Charles aussi. Il réagit davantage quand c’est Axl qui chante. Au grand malheur de ma blonde, je lui faisais écouter du GG Allin et du Buzzcocks lorsqu’il était dans son ventre pis je crois que ça l’amuse aujourd’hui! » Joël se défend toutefois de vouloir imposer ses goûts personnels à son enfant. « Je ne fais pas par exprès! Ce n’est pas pour dire “J’fais écouter du GG Allin à mon fils pis c’est cool!”, c’est parce que c’est ce que j’écoute quand je suis avec lui pis si ça se trouve, quand il sera ado, un de ses amis va lui en faire écouter pis il va lui dire “Ta ‘yeule! C’est de la musique de mononc’, ça! Mon père écoute ça!” »

Joël précise aussi que la trame sonore qu’il choisit pour s’amuser avec son gamin n’est pas nécessairement pour faire un pied de nez à la culture «jeunesse» habituellement enfantine. “Je ne dis pas que ce que fait Annie Brocoli est mauvais. Je pense plutôt que les enfants peuvent absorber davantage. Je fais aussi écouter du jazz à Charles à la chaine Galaxie, pis il vire fou comme un balai!  T’sais, des enfants, ce n’est pas paresseux, ça n’a pas de zone de confort, et ça ne juge pas. C’est ouvert à tout! Il m’en fait découvrir des fois. Une fois, on est tombé sur “I Got A Feeling” des Black Eyed Peas pis juste quand j’allais changer de poste, j’ai remarqué qu’il tripait alors je lui ai laissé. Je l’aurai entendu en entier au moins une fois grâce à lui!”

En ce qui me concerne, Martel ne m’a toujours pas passé l’envie de répandre ma semence à tout vent, mais m’a tout de même rassuré… et j’ai très hâte d’entendre le premier démo que son fils livrera dans quelques années!

18 commentaires
  • Bruno
    18 octobre 2011

    Trois observations:

    1-Se dire misanthrope est maintenant la chose la plus tendance et cool qu’une personne peut affirmer.

    2-Les anciens punks rangés de bungalow de 30 ans et plus aimeraient tellement que l’on sache qu’ils ont étés punk dans le temps.

    3-Desjardins de voir-Québec est en train d’engendrer des masses de chroniqueurs socio-émotivo-incertain.

  • André Péloquin
    18 octobre 2011

    1 – J’en doute. Check le mouvemant « Occupy ». L’engagement est de retour à l’avant-plan et c’est mieux ainsi.

    2 – Et? En quoi c’est mal? Se ranger, ça arrive à pas mal de monde! Pis, anyway, être propriétaire de bungalow est plus « punk » que payer un proprio mensuellement (ce que je fais toujours. Je ne sais pas pour Martel, puis bon, c’est un détail).

    3 – Comme pas mal de monde, un chroniqueur se pose des questions et tente d’y répondre. En ce qui concerne Desjardins, je ne saurais dire. Je le lis rarement, alors je doute qu’il aille un quelconque impact sur cette chronique.

  • Bruno
    18 octobre 2011

    Avoir une hypothèque est rendu punk?

    Payer un loyer a une banque est plus punk qu’a un particulier?

    Acheter une maison 150 000$(exemple)et après 30 ans l’avoir payé 325 000$ a la banque est plus punk?

    Hum, pas sur…

  • André Péloquin
    18 octobre 2011

    Au final, elle appartient à qui la maison? Au particulier. Le loyer appartiendra toujours au propriétaire. Anyway, le punk et l’immobilier…

  • Izâ Gagnon
    18 octobre 2011

    Wow !
    J’aime ça quand tu prends Bang Bang comme journal intime. Ça me donne envie de faire pareil, mais je suis trop gênée.

    C’est très beau comme nom André Jr.

    Oh, et j’ai aussi été un peu punk et je n’ai pas l’intention d’avoir un bungalow. Ça compte pour quelque chose de le dire ici ?

    Ok, c’était le fun de jaser, comme ça, avec vous les gars !

  • Yan
    18 octobre 2011

    I wanna be stereotyped
    I wanna be classified
    I wanna be a clone
    I want a suburban home…
    I don’t want no hippie pad
    I want a house just
    Like mom and dad
    I want a suburban home…

  • Mike Savard
    18 octobre 2011

    Pffff vous l’avez pas, les gars. Tout le monde sait qu’un vrai punk a pas de toit au-dessus la tête et meurt en s’étouffant dans son vomi.

  • Izâ Gagnon
    19 octobre 2011

    Mile Savard ! Et les filles elles ? Hein ? Et les filles ???

  • André Péloquin
    19 octobre 2011

    Ouin! Janis Joplin, t’sais (elle s’est étouffée avec son sang en surdosant, mais bon…)

  • Joel
    19 octobre 2011

    Yo Bruno. Je comprends ton affaire mais bon, j’ai jamais prétendu au titre de punk. J’ai jamais été assez cool pour ça. C’est pas parce que j’aime la vieille musique punk que j’en suis un. Petite nuance.

    Anyway, les punks autoproclamés, ça sent pas mal l’arnaque.

    Pis bon, pour l’affaire des chroniqueurs émotifs, sans vouloir t’insulter, je pense que t’es un peu dans le champ avec Desjardins. Tsé, mis à part une chronique de temps en temps, disons qu’il est beaucoup plus cérébral que viscéral. C’est juste mon opinion.

    Enfin, fais pas l’erreur de catégoriser le monde par proprio ou locataire. Disons que c’est pas mal manichéen. Pis en passant, c’est ce mot-là que je cherchais l’autre fois André.

    Keep cool la vie.

  • André Péloquin
    19 octobre 2011

    Noté, Joel! Merci!

  • Bruno
    19 octobre 2011

    Mais non, je comprends. Je ne suis pas communiste, je ne suis pas contre le doit de propriété.

    Selon le système actuel, comme je ne pense pas être capable de me payer une maison  »cash », je ne pense pas devenir proprio un jour.

    On auraient vraiment avantage a explorer et développer le concept de  »banques éthiques » au Québec, comme il se grenouille en ce moment en Europe.

    Comme les Caisses pop nous ont laissées tomber avec le temps et qu’elles n’ont plus que coop que le nom, on est loin de la coupe au lèvres.

    Mais bon, ça n’a pas vraiment rapport avec la chronique.

    Continuez votre bon travail Mr Martel et Péloquin.

  • Bruno
    19 octobre 2011

    Et Mr Martel, pour rajouter, mon commentaire a propos du punk était en réaction au souvenir d’une de vos chronique passée, qui établissait un constat de mort du punk a partir de votre perspective a un show de NOFX a Chicout, qui m’avait fait grincer des dents.

    Je pense que lorsqu’on vieillit et les que les responsabilités comme avoir un emploi, un enfant, une hypothèque etc s’empilent, il est difficile d’avoir un regard juste sur un monde tel que le punk. Mais c’est parfaitement normal et réglo.

    En fait, le punk n’est pas mort. Il n’a jamais été aussi fort.

    Il essait justement d’occuper Wall-street en ce moment.

  • Pistov
    20 octobre 2011

    Pour ajouté au moulin ,il n’y a pas plus conformistes que les Punk. Ils sont tous habillés et arrangés pareils. Tous le même t-shirt de Dead Ken ou Punk is not dead.

    Ils pestent tellement contre l’autorité et l’ordre qu’ils ont du mal à puncher au travail. Ils rentrent à la maison et ils punchent de studs sur leur manteaux. Plus il y a de studs et plus ils sont Punk j’imagine, c’est ironique. Un besoin de paraitre dans la société par ce language esthétique métallique si soignée qu’ils se comparent voir qu’ils dépassent le douchebag.

    Pour des soit disant marginaux, ils répondent à des codes et des standarts beaucoup plus rigoureux et conformes que les autre groupes sociaux.

    Ca m’a toujours fait rire.

  • Julie Ledoux
    20 octobre 2011

    Ok, gang, on est vraiment en train de passer à côté du sujet, là! Paternité + musique = ça s’fait tu ?

  • André Péloquin
    21 octobre 2011

    ‘Scuse, boss!

    Un peu plus d’info sur le film: http://musicalurbanism.blogspot.com/2011/10/punk-rock-dads-in-suburbia-reflections.html

    En tout cas, la paternité en musique passe difficilement le test à mon humble avis. Pour reprendre une citation de M. Martel, en connaissez-vous beaucoup des tounes de pères qui passent le test? J’en connais très peu, mais en voici une quand même, qui est plus une « chanson-chantée-par-un-parent » en fait: http://charlyneyi.tumblr.com/post/5169905968/a-song-i-wrote-for-my-son

    PS: J’ai reçu quelques commentaires en privé et j’aimerais y répondre ici: 1, je ne dis pas que je ne veux pas de kids, je dis juste qu’à 31 ans, le « déclic » ne s’est pas encore fait, that’s it, that’s all. 2, Le but d’Alain Côté était bon.

  • mike savard
    21 octobre 2011

    Jim Lindberg, chanteur de Pennywise et père de 3 filles, a écrit un livre où il aborde la paternité pis la musique. Ça s’appele Punk Rock Dad…Je sais pas si il y a un graphique dans le livre illustrant le rapport entre le nombre de studs sur ton coat de cuir et le degré de punkitude par exemple.

  • André Péloquin
    21 octobre 2011

    Woah! Merci Mike! J’vais checker ça!

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