BangBang : bangbangblog.com

Reportages et entrevues

Le Festif! et l'Échofête : Des roches dans la mare

Le Festif! et l’Échofête : Des roches dans la mare

Marc-André Savard
19 juillet 2013

Photo ci-haut : Francis Gagnon

Ah, la région! Le calme plat, les paysages bucoliques, les hordes de boomers avec leur crèmes molles… et bien des jeunes du coin qui veulent brasser tout ça. Rencontre avec les organisateurs du Festif! et de l’Échofête, deux festivals régionaux qui font sursauter ceux qui se bercent sur la galerie.

Le Festif!: Blocage au centre-ville

Quand Le Festif!, un festival qui mélange musique et arts du cirque, prend racine à Baie-Saint-Paul en 2010, l’initiative est chaudement accueillie par la population et les élus. Après tout, on parle de la ville qui a vu naître le Cirque du Soleil.

Mais ne sortons pas trop vite tambours et confettis.

L’an dernier, le festival, porté par un vif succès, quitte un terrain reculé du centre-ville pour s’installer en plein coeur de ce dernier; une décision à laquelle s’opposent farouchement certains résidents et commerçants, soucieux de préserver leur quiétude et leurs clients (sans doute vêtus de beige, on le devine).

«Même si on avait fait nos preuves, les gens pensaient peut-être qu’on allait perdre le contrôle, explique Clément Turgeon, directeur général du Festif!. Le bruit et l’achalandage, ce sont les deux points qui ont fait peur.»  Peur? Dans une région vieillissante, la jeunesse ferait-elle trembler? « C’est peut-être notre fougue. On n’hésite pas à dire qu’on veut devenir le plus gros festival en région au Québec et on commence à jouer sur la scène internationale [ndlr : cette année, le festival accueille la formation australienne Cat Empire].»

Pour dynamiser un patelin, l’enthousiasme juvénile serait donc un ingrédient essentiel. «C’est une roue qui tourne, explique Turgeon. Plus de jeunes, plus d’appuis, plus de projets comme le nôtre, plus de jeunes…» Et plus de touristes! «Ce qu’on aime le plus, poursuit Turgeon, c’est de voir des gens de la place festoyer avec des touristes ou de voir des gens qui ne connaissaient pas le festival revenir d’une journée en kayak et se retrouver à giguer sur la Bottine Souriante. C’est comme ça qu’on revitalise un centre-ville!»

Pour rassurer ses concitoyens, l’organisation du festival a cependant dû prouver qu’elle ne souhaitait pas voir la ville détruite à grands coups de danses du diable, de guitares et d’échasses. « On a démontré la réussite de nos événements, on est allé chercher beaucoup d’appui des gens d’affaires, des gens du milieu, des artistes – Robert Charlebois a même écrit une lettre d’appui au Festif!. Juste avec ça, on s’est bâti une crédibilité et on est allé quelques fois au conseil de ville remplir la salle.» Question de faire quand même un peu… peur.

L’Échofête: Voir rouge

C’est animé par une profonde volonté de brasser les gens ( à coups de décibels et d’idées) qu’une bande d’environnementalistes-mélomanes fonde l’Échofête à Trois-Pistoles, il y a 11 ans. Devenu une institution dans le créneau «rock-que-j’te-vois-pas-jeter-ton-verre-de plastique-à-terre», le festival attire désormais près de 12 000 festivaliers annuellement et a toujours profité d’un bon coup de pouce de son milieu… jusqu’à l’an dernier.

Alors que les casseroles du Printemps Érable traînaient encore sur les tables, on annonçait une conférence de Gabriel Nadeau-Dubois à l’Échofête. Certaient élus municipaux, appuyés par des citoyens échaudées par les émeutes en ville, partent en croisade contre l’événement.

«Le Québec était plongé dans une sorte de psychose, se rappelle Maxime Boucher, le président de l’Échofête, en revenant sur le tsunami qu’a provoqué la venue du fameux leader étudiant à Trois-Pistoles. C’était non fondé, mais depuis, ça a beaucoup polarisé la population sur le festival…»

«Mais j’trouve ça intéressant, ça crée des débats, rajoute du même souffle le volubile président, un sourire en coin. C’est comme crever un abcès; ça goutte pas bon, mais ça permet de guérir. À cause de cette grogne-là, il y a eu beaucoup de positif, dont la formation d’une Commission jeunesse pour qu’on puisse parler avec les élus. On s’est doté d’un espace de discussion et de confrontation. Sans cet espace, c’est sûr que tu montes aux barricades!» Et il n’y aurait pas d’âge pour lever le poing…

«Je crois pas que le changement est l’apanage de la jeunesse. De toute façon, quand arrête-t-on d’être jeune?» tranche Boucher, ce trentenaire, père de famille.

«J’ai reçu beaucoup d’éloges de personnes âgées, raconte pour sa part Karine Vincent, directrice générale de l’Échofête. Parfois dans le creux de l’oreille parce qu’elles étaient gênées!» Au-delà d’un conflit générationnel, la seule volonté de faire les choses différemment susciterait donc son lot de craintes. «Les gens qui ont peur, c’est parce qu’ils n’ont pas assez vécu le festival, laisse tomber Vincent. C’est beaucoup lié à l’inconnu.»

«Je suis pas certain qu’on fasse peur, s’interroge Boucher, mais on dérange, ça, c’est sûr!». Dans ce cas, ça ne serait pas plus facile de s’installer dans des endroits qui bougent plus, comme dans les grands centres ou dans un volcan, genre? «J’ai l’impression que non, poursuit Boucher. On serait pogné dans d’autres trucs. Une des forces de notre milieu – qui est aussi sa faiblesse – c’est que tout est à faire. Quand tu garroches une roche dans une mare calme, ça crée plus d’éclaboussures que quand ça grouille…»

Amateurs de gros splouches, vous savez où aller!

Le Festif!
du 26 au 28 juillet 2013

À Baie-Saint-Paul

Avec The Cat Empire, Les Colocs, Daniel Bélanger, Lisa Leblanc, Keith Kouna, Gros Mené, Canailles et plus.

Lefestif.ca

L’Échofête
du 31 juillet au 4 août 2013
à Trois-Pistoles
avec Louis-Jean Cormier, Misteur Valaire, Canailles, Gros Mené, des représentants d’Idle No More et plus.

Echofete.ca

Photos Festif! : 1) Francis Gagnon 2) Sébastien Auger
Photos Échofête : Baptiste Grison

Pas encore de commentaire.