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Le petit tavernier

Le Bureau

Le Bureau

Sunny Duval
20 décembre 2012

Il y a bel et bien une taverne nommée Le Bureau au 4303 Sainte-Catherine Est. Une belle, en plus. J’ai peine à imaginer combien de bonhommes ont dit à leurs bonnes femmes « Chérie, attends-moi pas, je vais rester tard au bureau! » en venant ici.

Les blagues possibles sont légion : « Je passe mes journées au Bureau », « Ce soir avec les gars du bureau on sort au Bureau », « Tu peux sortir le gars du Bureau mais tu peux pas sortir le Bureau du gars », etc. Un jour j’ouvrirai un bureau nommé « La Taverne », mais je ne dirai pas à ma femme « Chérie, attends-moi pas, je vais à la taverne! » en prétextant aller passer la soirée à travailler au bureau.

Je préfère travailler au bar le Bureau, ma nouvelle taverne favorite. C’est fou comment ça écrit bien, dans une taverne. L’inspiration au fond du bock, reflétée par ces visages anonymes, du moins à partir du moment où l’on entre dans la taverne. De façon générale, je ne connais personne dans ces endroits, alors c’est facile de n’être qu’un observateur silencieux, buvant les alentours en écoutant le jukebox.

Ce soir le jukebox nous chante « Toujours vivant » de Gerry Boulet, dès mon arrivée à 21h35, selon l’horloge Pepsi Diète de 1989. Laloutre est arrivée avant moi, comme la plupart du temps quand on se rencontre dans ces lieux fascinants. Ma grosse Ex (6,75$) m’attend elle aussi, comme la plupart du temps quand Laloutre arrive avant moi.

Ça s’appelait Le Sombrero ici avant, wow. J’imagine que le décor était le même, mais je me permets de rêver à des faux palmiers et autres éléments simili-Mexicains. Les murs sont chaleureux, brique partout, longs miroirs horizontaux sur les murs, billard, télévisions, loto vidéo à’ marde, l’éclairage un peu trop fort, la machine à toutous, les machines à pinottes, les classiques de tavernes quoi. Sauf pour le jeu de dards électronique. Je capote, je vais venir jouer TOUS les jours. Il y a aussi un faux foyer chauffant (croit Laloutre, après quelques grosses bières). Il y a même des porte-verres aux urinoirs!

Mais pas de dards ce soir, on joue aux cartes à la place, au 31, entre deux grosses O’Keefe (6,75$) et un plat de chips BBQ donné par notre serveuse qui s’appelle… merde, je m’en souviens pas et je l’ai noté nulle part. Bref, elle est très gentille. Et ma sélection de Dwight Yoakam joue dans le jukebox, juste après Kévune Parent. Tout va bien.

La décoration extérieure est incroyable, chapeau à l’architecte, j’ai jamais vu ça ailleurs. Surréelle, la devanture blanche avec des cubes découpés dans la paroi, avec des tiges de fer ouvragé dedans. Très artistique. La décoration intérieure vient d’être agrémentée aussi : trois personnes viennent d’entrer et de s’asseoir à la table voisine. Je me dis «Tiens, cet homme ressemble à Marcel Leboeuf». Je regarde à nouveau et me dis « mais C’EST Marcel Leboeuf! ». Il est avec des potes acteurs, ils arrivent de jouer au Théâtre Denise-Pelletier à côté.

Laloutre vient de perdre aux dés au 4-21, donc comme le veut notre tradition,  le gagnant paye les « shooters du perdant » : ce sera deux St-Léger (8,50$ pour les deux), dans des ti-verres en plastique, malheureusement. Ça goûte moins bon, mademoiselle. Pas grave, mademoiselle, on va les boire pareil.

Je regarde Laloutre. « Coudonc, t’es-tu dalmatienne? Daltonienne, je veux dire? » Elle porte des couleurs toutes semblables mais que j’aurais pas nécessssssairement mélangées sur un même humain : en plus de ses pants bleu ciel, elle porte un col roulé rouge digne de Léon dans Bazooka Joe, recouvert d’une veste bourgogne, avec ses ongles peints vermillon (dit-elle), ses lunettes aux montures écarlate et ses cheveux blonds-roux pâles, son rouge à lèvres rouge. C’est beaucoup d’informations pour mes yeux mais un excellent exercice pour dissocier les tons de rouge. Autant de travail donne soif, on commande d’autres O’Keefe. J’aime cette bière, moins sucrée que la 50, moins âcre ou acidulée ou sûrette ou je-sais-pas-quel-autre-adjectif-utiliser pour décrire la Molson Export. Douce O’Keefe. (Tsé, les goûts qu’on pense être capables de discerner et dissocier, entre les bières syndicales. Ça donne de beaux échanges peu pertinents.) Laloutre part fumer et admirer la déco extérieure. En rentrant, elle se fait foncer dedans par une très petite dame bien intoxiquée qui court jouer à la loto vidéo à’ marde.

Je suis toujours un peu nerveux dans les tavernes, surtout dans Hochelaga, j’ai toujours l’impression que quelqu’un va entrer avec un cocktail molotov. C’est arrivé au Bar Crazy au bout des Promenades Ontario. J’y étais pas ce soir là, non.

Je suis nerveux aussi quand je suis assis près du billard, j’ai toujours l’impression que je vais recevoir une boule sur la tempe. Ça serait une drôle de fin de carrière, mourir à cause d’un jeu si plaisant. On en jase avec Laloutre. Elle, elle a peur de recevoir la boule sur le lobe occipital. (Maintenant je sais c’est où, ce lobe.)

Il est 23h34 sur l’horloge Pepsi Diète. La serveuse baisse enfin l’intensité de l’éclairage. Je me demande si Marcel Leboeuf trouve ça aussi romantique que moi. J’adore quand il fait noir dans un bar, ça rajoute à l’ambiance, à la chaleur, au fait qu’on est là pour faire partie du décor sombre et flou.

Un géant joue au billard, il est accroupi sur la table, on dirait qu’il joue aux billes. Son adversaire ressemble au batteur des B.B. avec un étui à téléphone sur sa hanche. Ils regardent passer deux policiers qui se dirigent vers l’énorme bar au centre. Ils disent quelques mots à la très petite dame bien intoxiquée, avant de repartir avec elle vers l’extérieur! Elle marmonne « Bon bin, bonsoir! » à l’intention des autres clients. « Soirée parfaite!! », me dit Laloutre. Effectivement.

+++

Et bien cette belle soirée met fin, pour l’instant, à la série du Petit Tavernier. Il continuera très certainement de hanter les débits de bière avec grand plaisir et d’y observer la faune fascinante qui s’y terre. Peut-être le croiserez-vous dans l’un de ses nombreux endroits de prédilection.

En attendant, manuia!
Sunny
xxxx

4 commentaires
  • jean
    12 décembre 2012

    Pourquoi tu tire ta révérence sunny? une raison particuliere? dommage…

  • Sunny Duval
    17 décembre 2012

    Salut!

    En 7 ans de Petit Tavernier, j’ai fait le tour de la question, pour l’instant.

    Et j’aime les éternels recommencements! Alors le futur portera autre chose, je sais pas quoi, mais j’ai bien hâte.

    Merci!

    Sunny

  • jean
    18 décembre 2012

    Oui je compdrend, ca a un coté nihiliste les tavernes… je te souhaite de trouver d’autres centres d’intérêts. Salut.

  • Sunny Duval
    15 janvier 2013

    J’en ai quelques autres déjà! :)

    Merci et bonne année!

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