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Reportages et entrevuesL’autre Saint-Jean : succès total et leçon socialeSimon Jodoin24 juin 2009
Et voilà… C’est fait. Hier soir vers minuit se terminait l’Autre Saint-Jean avec le mur de son de Malajube, visiblement heureux et en pleine forme, devant un parc Pélican bondé… Une sacrée soirée que cette Autre Saint-Jean! Il faut dire qu’on craignait un peu. Certains nationalistes exaltés multipliaient depuis quelques semaines les appels à la manifestation, enjoignant leurs apôtres à aller « foutre le bordel » pour s’opposer à la présence d’artistes anglophones. Parmi eux, Jean-Pierre Durand, premier vice-président de la société Saint-Jean Baptiste avait parti le bal sur le forum du Québécois, déclamant qu’il s’agissait pour lui d’une guerre. Plus tôt cette semaine, François-Xavier Labbé, coordonnateur du RRQ à Montréal, avait envoyé à titre personnel un courriel à tous ses contacts, leur demandant de venir manifester leur désaccord par un bruyant tintamarre. L’infatigable Gilles Rhéaume, membre du conseil national de la Société Saint-Jean Baptiste et aussi porte parole d’une association qui n’existe pas, s’est promené, sur toutes les tribunes possibles, prévenant la population de possibles débordements causés par « la violence urbaine » et hallucinant partout des agents provocateurs d’Ottawa… …Mais il est facile d’avoir l’air nombreux et menaçant sur internet et dans les médias. Car toutes ces menaces et ces mises en garde sont demeurées lettre morte. Hier, vers 18h00, une douzaine de manifestants se sont présentés au parc Pélican pour tenter de saboter la prestation de Lake of Stew à coup de trompettes et de tambour. Bon joueur, le groupe a livré son folk acoustique sans broncher, sourire aux lèvres, devant la centaine de spectateurs déjà arrivés sur les lieux. Vite essoufflés (il est physiquement impossible de crier « la Saint-Jean en français » de manière continue pendant plus de 3 minutes) les protestataires, qu’on pouvait facilement confondre avec des clowns engagés pour divertir la foule, n’ont pas tenu la route. Plus encore, c’est le public lui-même qui, peu à peu, s’est mis à crier plus fort pour tenter d’enterrer le tintamarre et encourager le groupe. Au moment où les musiciens concluaient leur performance, par une très sympathique interprétation de Dimanche au soir à Châteauguay, la gueule des manifestants touchait presque l’herbe sur le sol et le public était ravi. Chapeau Lake of Stew. La soirée a continué rondement et les 12 manifestants sont vite devenus 8 quidams plus divertissants que menaçants… C’est Marie-Pierre Arthur qui a pris la relève avec ses chansons planantes. Le nombre de spectateur commençait à augmenter considérablement, les familles affluaient, les enfants jouaient à la taggue et au freesbee, ça sentait la bonne soirée. Certains craignaient encore pour la performance de Bloodshot Bill qui allait suivre, mais devant son rock déganté rythmé d’onomatopées et la furie qui fait sa marque de commerce, la poignée de manifestants encore présents semblait plus désorientée qu’autre chose. Le public, carrément séduit par l’énergie pure du musicien s’est laissé prendre au charme en applaudissant chaudement. Le rock avait gagné. C’est à Séba, rappeur chanteur du groupe Gatineau, que revenait la tâche de servir à la foule le discours patriotique. Il fallait le voir, lancer son rap en set carré, d’une voix forte et assurée, avec une urgence dans le ton. « Bonne fête Québécois, scandait-il devant un public enflammé, peu importe t’es qui, ta couleur, ta religion, ta race, ta langue, on est tous des Québécois, fêtons ensemble! ». Un poing dans la gueule que cette performance de Séba. Ce fut le choc électrique qui a réveillé la foule. Animée de main de maître par McGilles, la soirée allait se poursuivre devant un public de plus en plus nombreux avec une performance solide de Vincent Vallière. Le parc était alors presque plein et les milliers de briquets allumés pendant les chansons, entonnées en cœur par les spectateurs, ne laissaient plus aucun doute : nous étions bien à la Saint-Jean. Les Dales Hawerchuck avaient ensuite pour mission de servir une bonne dose de rock saveur Québec aux spectateurs. Mission accomplie avec succès. Les musiciens, visiblement en flamme et surchargés, ont fait vibrer le parc Pélican. Et pas qu’un peu. Sylvain Séguin, ce bleuet très content de célébrer la Saint-Jean pour la première fois à Montréal, était carrément en feu. Malajube allait suivre pour terminer la soirée sur un crescendo en forme de mur de brique. C’était le clou… Le clou du spectacle, mais aussi le clou dans le cercueil de cette polémique à propos de cette autre Saint-Jean. Assis devant la scène, nous étions nombreux à ressentir quelque chose qui ressemblait peut-être à ce qui se passait lors des grands spectacles d’Harmonium il y a 40 ans. Les gars étaient beaux à voir, tout sourire, en fusion complète avec l’énergie de la foule. Leur prestation terminée, McGilles s’est adressée à la foule pour la remercier, souhaiter bonne fête au Québec une dernière fois et demander à tout le monde de se diriger calmement vers la rue Masson afin de sortir du site. Le tout s’est déroulé sans aucune anicroche, les lieux se sont vidés sans aucune participation policière. Les gens sont rentrés chez eux bien tranquillement et visiblement contents. Au cours de la soirée, j’ai discuté à quelques reprises avec le chef des opérations policières. Un type fort sympathique qui était pour le moins étonné. Évaluant pour sa part la foule à 10 000 personnes, il n’en revenait tout simplement pas du calme général et de l’atmosphère paisible: aucune arrestation, aucune bagarre, aucun fêtard trop saoul… Que de la bonne humeur. Pas mal, pour un événement qui devait, selon quelques révolutionnaires de fin de semaine, causer une guerre civile et des émeutes… Vraiment pas mal. L’autre Saint-Jean a donc été un succès. On aurait même manqué de bière à ce qu’on me dit. Étions-nous vraiment 10 000? Peut-être moins. Peu importe au fond. Toujours est-il que ce succès total permet aussi de tirer une petite leçon sociale : donner de l’importance aux maîtres chanteur du brassage de marde bleue, céder devant la menace de fauteurs de troubles en mal de sensations fortes et de révolution, ce n’est plus une option. Chacun sait désormais que, malgré tout le bruit médiatique qu’ils peuvent faire et leurs grandes gueules capables de bien des gros mots, ils ne sont qu’une poignée d’individus, désorganisés et souvent inarticulés. On sait maintenant que le tissu social du Québec, cousu solidement par le travail des travailleurs culturels et des artistes d’ici, ne peut être si facilement déchiré par des révolutionnaires virtuels qui jouent à la guerre devant leurs écrans. Tous les citoyens devraient en prendre bonne note et s’en féliciter. Parce que c’est peut-être ça, au fond, le sentiment de former une nation… ==================== Nous avons couvert la soirée en direct, vous pouvez lire nos twitters mis à jour au fil des événements, tout au long de la soirée : http://twitter.com/andredesorel
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24 juin 2009
Hé hé…
Bonne St-Jean Simon !
Et Bonne St-Jean à tous !
25 juin 2009
Quel beau résumé! Ce fut en effet tout un spectacle de Malajube…
Maintenant, cessons de donner de l’importance aux enragés, et ils sombreront dans l’oubli!
26 juin 2009
bien dit!
28 juin 2009
Je te le confirme, 23h15 : plus aucune Boréale Rousse! Que de la blonde et il n’en restait que très peu…