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Le petit tavernier

La rue Ontario se met belle pour toi

La rue Ontario se met belle pour toi

Sunny Duval
9 décembre 2010

J’attache mon vélo au poteau, pour éviter qu’il se sauve sans moi. Me voici devant la taverne Métro-Pub, en face de la station Frontenac. Je suis jamais venu, je suis ému en entrant. Belle taverne. Je vais voir Philippe le sympathique barman. « Salut mon ami, qu’est-ce que tu vas prendre? » « Une grosse bière. Avec un bock. » « Tiens mon ami. C’est $5,25. » « Combien? » (rajoutez plusieurs autres points d’interrogation, je suis estomaqué, mais je laisse rien paraître) « $5,25 mon ami ». Le bonheur, ça coûte pas cher ici. Je vais revenir, tu peux en être certain, mon ami!

C’est soir de hockey, mais on est seulement dix. Je choisis une belle table et enlève mes quatre pelures. Il fait pas chaud, sur ma monture. Cette belle bière glaciale saura me réchauffer. Les Glorieux marquent un but. Un bonhomme crie « Tins, mes tabarnacs! » J’adore l’Est. Je me sens chez moi. Quatre télés sont ouvertes pour la partie, et elles ont toutes le volume ouvert. Comme leurs sons arrivent pas en même temps dans mon oreille, vu qu’elles sont pas collées ensemble, ça crée un écho étrange, agréablement psychédélique. Et on comprend mal les commentateurs, c’est parfait.

Arrive mon amie Berthe. Les bonhommes deviennent silencieux quelques instants, surpris de l’apparition de ce beau morceau vêtu d’une robe léopardée. Elle commande sa grosse bière et on attaque la table de billard gratuit (cet endroit est vraiment classe, je vous dis). Berthe me détruit par deux fois. Elle est trop forte.

La partie terminée, Philippe le barman coupe le volume des télés et allume Radio-Déprimatante. Gerry Boulet côtoie Céline, c’est troublant.

De toute façon, le plan est pas de rester ici. Le plan est de se pointer la face au bar Sexe MANIA MANIA MANIA, situé à deux pas. Vous savez de quel bar je parle, à deux pas du métro Frontenac, avec la bannière lumineuse directement sortie de 1985, avec un MANIA jaune, un orange, un rouge, pis une fille tounue pour bien indiquer que ça contient des effeuilleuses. Il y a quatre portes différentes dehors, je sais pas quelle prendre, on dirait que ça monte dans des appartements. Berthe me montre la vraie porte, celle où ça dit « Entrée ». Elle est trop forte.

On veut nos sous ici, on dirait. Vestiaire $1,50 et entrée $3 (après être passé sous le détecteur de métal), et $6 pour une petite bouteille d’Ex. Je m’ennuie déjà de ma taverne. La scène est grande, située au centre de la pièce, ornée de deux poteaux luisants. Miroirs partout. Très peu de monde à cette heure-ci, 22h45. On s’assoit au fond, le long du mur taché. Mais ça paraît pas trop qu’il est taché, tout est éclairé aux lumières noires. Berthe a les dents et les yeux verts fluo, c’est intense. Même mes jeans luisent.

Même la feuille sur laquelle j’écris me fait mal aux yeux. Mais pas autant que l’espèce de collant orange transparent de la première danseuse. C’est quelque chose. « Éliane » a de longs cheveux nouères aplatis, une belle bedaine bien ronde et lisse, et…des lunettes. Je m’attendais pas à ça. Elle fait vraiment secrétaire cochonne, c’est merveilleux. On constate lors de sa deuxième danse qu’elle a un perçage dans le sein gauche, également fluo. Elle a bien saisi et appliqué le concept.

Grand G et Victoire arrivent, nous joignent. Autres bières. La serveuse vient nous voir toutes les cinq minutes pour savoir si « tout est beau ici ». Elle nous donne beaucoup d’attention.

Un monsieur et celui qui semble être son garçon fraîchement sorti de l’adolescence prennent la table voisine. Une bière père-fils aux danseuses Hochelagienne, pourquoi pas. Deux demoiselles viennent bientôt s’asseoir avec eux, dont ma préférée, la brunette à cheveux courts bruns et poitrine discrète, je suis jaloux. Elle danse vraiment très bien et très langoureusement. Et c’est tellement la fille-d’à-côté, j’ai l’impression de la connaître. Victoire dit à Grand G et moi que si Berthe et elle avaient pas été là, elles seraient plutôt venues s’asseoir avec nous. Damn!

Si certaines effeuilleuses ont des rondeurs, par contre elles ont toutes, sauf une, un trait commun : des petits seins! Aucune large mamelle, sauf sur la blondine un peu plus mûre que les autres. J’apprécie. Et ça fait vraiment bar de danseuses de quartier, comme on dit.

Victoire doit demander la clé pour aller à la salle des demoiselles. Mesure de protection des travailleuses, on pense.

On pense aussi, en constatant qu’à minuit il y a plus de monde, qu’on est arrivés trop tôt. Les filles commencent à peine à tout enlever, d’où la présence plus tardive des habitués.

Il y a une douzaine de professionnelles de la danse : (noms que je leur donne) Éliane, Caro Néron II, Bianca-la-bronzée, Vanessa Hochelagirl, Tigresse-la-reine-de-la-danse-exotique. Quand elles sont pas sur scène, elles errent dans la salle ou vont en coulisse. Ou font profiter certains clients d’extras : danse à la table pour $7, table contact ou lit érotique $10. Pour ma part, je continue de croire que les fesses, et l’amour en général, sont gratuits, mais je vous lève mon verre bien haut, travailleurs-euses du sexe.

Le Big Lebowski, qui parlait avec Tigresse toute la soirée, lui glisse un billet dans la jarretelle après sa danse, où elle s’est versé de la cire chaude sur le corps, conclusion à sa chorégraphie époustouflante. Je passe mon temps à enlever mes lunettes et les remettre. Pour bien voir tout ce qu’il y a à regarder, téléviseur avec film de tounus, filles peu vêtues qui rôdent, portier qui surveille ses caméras de surveillance. On quitte le Sexe MANIA MANIA MANIA, « l’endroit où laisser aller votre imagination », comme c’est écrit sur le miroir du fond.

Grand G et Victoire quittent et retournent à la maison. Berthe et moi retournons à la taverne. Grosse bière et motocross à la télé. Les décorations de Noël nous observent : deux gros bonhommes de neige en carton qui tiennent des ballons de football (??) en souriant. Je vais à la salle de bain. J’hésite entre la porte où y’a un ange Dollarama, et l’autre rien. Je choisis la porte rien. J’ai peur des anges Dollarama.

Il est 2 heures du matin, il faut se dépêcher à finir nos bières si on veut aller en prendre d’autres ailleurs (logique).

Je libère mon vélo, Berthe fait de même. Direction le Citibar, coin Papineau, pour la dernière grosse bière de cette soirée sur ma rue montréalaise favorite, Ontario. Dans un beau bock tout glacé, comme toujours ici. Mais pas d’ailes de poulet micro-ondées ce soir.

Les « filles » trouvent toutes Berthe adorable. Elle se fait demander au moins cinq fois si elle a une bite!

Merci de nous divertir, rue Ontario.

sunny@lesbreastfeeders.ca

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Un commentaire
  • Lou-X
    6 janvier 2011

    Humm…cette taverne.Quand j’y suis aller, une dame style guns’n'roses assise a côté du juke-box trippait Aerosmith. Sylvain mon nouvel-ami-partner de billard m’a invité a aller au Mcdonald a l’heure du last-call, juste questions de se ramasser une coupe de «boys» pour se s’«spotter» des filles, y’en a des belles, desfois, qui disait..J’suis pas aller,je regrette.

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