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Chroniques Guillaume Déziel

La Rivière des Outaouais coule… jusqu’au Texas

Guillaume Déziel
20 mars 2012

Lorsque je voyage à travers le monde afin de représenter mon artiste, je me rends compte que notre culture québécoise bien distinctive est «sexy», rien de moins.

La semaine dernière, à Austin, au Texas, lors du congrès international South by South West (SXSW) axé sur l’interactivité, le film et la musique, j’ai eu la chance de rencontrer des tonnes de personnes venant autant du Canada que des États-Unis, disant «I wish I could speak French, it sounds so cool». Aux dires des multiples chauffeurs de taxi que j’ai brièvement rencontrés, Montréal est une destination vraiment chouette à leurs yeux. Certains y sont déjà allés et en parlent avec la passion d’un kid qui revient de Disney Land, alors que d’autres souhaitent avoir la chance d’aller à Montréal au moins une fois dans leur vie. Céline Dion, le Cirque du Soleil, Arcade Fire, la poutine, Chez Paré, Schwartz’s, on est donc cool!

En fait, notre culture bien unique, qui n’est ni totalement latine et ni complètement anglo-saxonne, est entourée d’une mer d’anglophones et d’hispanophones, rappelant sans aucun doute Astérix et les Gaulois, ces «irréductibles» entourés de Romains, dont la potion magique était leur force bien spéciale. La loi 101, visant à stimuler la maîtrise du français chez les enfants anglophones québécois est, en quelque sorte, notre potion magique à nous; elle nous garde bien distinct devant ce raz-de-marée culturel américain qui a vraisemblablement déjà noyé les Canadiens!

Tout ça me donne l’impression que la récente initiative de la Ministre St-Pierre visant à supporter l’opération de Planète Québec à Austin (tenant domicile au Spill bar, situé sur la légendaire 6th Street) était une bonne idée. Une excellente idée même. Parce que notre culture est sexy. Et parce que plus on la dévoile, plus on la valorise, plus son sex appeal attire l’attention du monde entier. Québec Planète donc, cette démarche de marketing et de mise en valeur de notre culture à SXSW, est à mon avis un investissement plus qu’une dépense plate. Pour chacun des 200 000$ investis dans cette opération par le gouvernement du Québec, j’imagine facilement le double en retombées économiques touristiques chez nous… au minimum. Parallèlement à Planète Québec, le «Rest of Canada» investit 800 000$ dans une opération similaire nommée «Canadian Blast», qui se veut le quartier général du Canada.

Ceci dit, permettez-moi de m’exprimer sans détour sur un truc qui m’a profondément titillé à South by South West : si la Rivière des Outaouais représente une sorte de «frontière culturelle» au Canada, j’ai parfois l’impression que celle-ci coule jusqu’au Texas… précisément entre la Planète Québec et le Canadian Blast. À SXSW, dans cette soupe culturelle composée de 4000 bands programmés sur 4 jours (!), j’ai tendance à penser qu’à défaut d’avoir 1 million à investir sur notre opération Planète Québec, l’union des 2 solitudes seraient incontournable pour mieux se positionner aux yeux du monde entier. Tout ça est politique et pas très simple, j’en conviens.

Mais de deux choses l’une : où bien on met le paquet sur Planète Québec et on devient aussi «BIG» que les Canadiens… où bien on s’affilie avec «the Rest of Canada». If you can’t beat them, join them!

Il m’arrive parfois de penser que le Québec pourrait sérieusement se positionner sur la planète par une politique culturelle ambitieuse, non seulement soutenue par l’actuelle ouverture sur le monde de la Ministre St-Pierre, mais aussi largement appuyée par les ministères des finances et du tourisme. Pour moi, le Québec est un excellent laboratoire d’essai pour tenter de démontrer au reste du globe que la culture peut être un investissement, plus qu’une dépense. Avec un petit marché de 8,5 millions de personnes, quasi-déserté par les mercantiles quatre Majors Labels (Universal Music Group, Sony Music Entertainment, Warner Music Group et EMI Group) et désintéressé par le maigre profit à faire chez nous, il est temps de développer une toute nouvelle vision de la culture, qui ne positionnerait pas celle-ci sous les impératifs de la logique de marché. À défaut de pouvoir faire de notre culture une marchandise contrôlable en cette ère numérique chaotique, faisons-en un très sexy produit d’appel pour mieux vendre autre chose que nous contrôlons réellement. Et pour ça, ça prend du marketing pour se démarquer à Austin parmi les Canada, Australie, Allemagne, Grande-Bretagne, Écosse, Irlande, Nouvelle-Zélande et même Taïwan!

En plus de Céline, du Cirque et de Arcade Fire, nous avons «Montréal», capitale mondiale de la musique Indie depuis la vague «Seattle» des années 90; nous avons Moment Factory qui a gravi les échelons jusqu’au sommet du monde de l’entertainment (le Super Bowl avec Madonna); nous avons Juste pour Rire et son homologue Just for Laughs; nous avons le plus gros festival de Jazz au monde; nous avons Robert Lepage, Denis Arcand, Denis Villeneuve et Philippe Falardeau; nous avons Dave St-Pierre, Edouard Lock, Marie Chouinard; Michel Tremblay et Dany Laferrière, tous reconnus à travers le monde pour leur génie créatif. Nous avons des tonnes d’excellents artistes et artisans qui font des miracles avec des budgets de crève faim! Nous avons la SODEC qui supporte les tournées de nos artistes à l’international. Nous avons une culture autochtone fascinante. Et j’en passe… faute d’espace, je ne peux les nommer tous!

Pour moi, le Québec peut devenir LE laboratoire culturel de la planète. Cette province, par sa culture distincte, son marché culturel libre et indépendant et son système de subventions à la culture unique, peut, plus que jamais, se positionner aux yeux de la planète à l’air du Web 2.0. L’occasion de faire de la créativité du Québec un branding envié du monde entier, est éminente et à saisir sans aucun détour.

9 commentaires
  • Pierre B. Gourde
    20 mars 2012

    Sauf qu’on dirait qu’on espère que parce qu’on y est, les gens vont en parler. Je n’ai noté aucunes retombées ni même outreach digne de ce nom dans la langue de Dylan sur les internets (le lien Topsy dans la rubrique de Péloquin vient de moi). J’aurais pu chercher plus fort, mais je n’ai rien vu.

    Ca sert à rien de faire un beau show si t’en parles pas aux bonnes personnes sur les bons réseaux au bon moment… #my2cents

  • Guillaume Déziel
    20 mars 2012

    @ Pierre B. Gourde

    Salut Pierre. Tiens, tu me fais penser qu’en plus d’un meilleur financement et d’un meilleur marketing, ça va prendre aussi du PARTAGE à Planète Québec. J’ai payé 2000$ d’hôtel sur 10 jours alors que le lit Queen à côté du mien étant VIDE! Partage de trucs, partage de frais, partage de taxis, partage de techniciens, partage d’horaire et de contacts. Voilà certainement un objectif à atteindre… Au USA, les Québécois ne doivent plus travailler en compétition les uns CONTRE les autres, mais bien les uns AVEC les autres pour faire face au monde entier.

    J’ai d’ailleurs dans mes plans de faire bientôt un petit barbecue à la maison avec les Québécois présents à Austin, afin de débriefer sur l’édition de cette année et de mettre en commun nos efforts pour faire de la prochaine édition un succès qui bénéficiera à TOUS les participants.

    Disons qu’on essayera de laisser tomber les «bons vieux parterns 1.0» de les baby-boomers on si bien mis en place et de partager au max nos réseaux de contacts pour faire bénéficier au max les artistes qu’on représente.

    Je suis d’accord avec toi; aller à SXSW pour faire ça petite affaire dans son coin, ça ne donne rien. Mais ensemble, on peut tirer notre épingle du jeu.

    Je suis peut-être un utopiste… but just watch us.

  • domlebo
    21 mars 2012

    j’adore ce que je lis guillaume.
    ça revient à beaucoup beaucoup de choses qu’on se dit autour de notre film, CHERCHER NOISE, projeté en première hier soir mardi (tu dois absolument être à la deuxième et peut-être dernière projection sur grand écran jeudi soir).

    le québec comme laboratoire, comme exemple à suivre ou à s’inspirer de, de nouveau modèle, nouvelle façon de faire, d »exemple pour la planète…
    la culture comme moteur et/ou témoin d’une place cool où aller pour quelques jours, quelques semaines voire, y faire sa vie.
    rein de moins.
    heille tourisme montréal, met des sous et des efforts dans les arts qui te mettent en valeur!

    il y aussi beaucoup de joueurs de l’autre équipe (le ROC) qui souhaiteraient que leur propre gang se porte à l’attaque du marché ou de l’auditoire à la façon québécoise.
    combien de torontois migrent à montréal? ce n’est pas juste pour le prix des loyers… c’est le mode de vie, les échanges, la vibration.
    toute montréalaise, toute québécoise.
    un mélange d’amérique et d’europe, et oui!

    au plaisir tout le monde.
    -domlebo.

  • Jean-Robert Bisaillon
    21 mars 2012

    Ton impression à l’effet que la rivière des Outaouais coule jusqu’à Austin est un fait. La mise en commun d’efforts avec le ROC est impossible. Comme administrateur à la Songwriters Association of Canada, je sais qu’il est possible de lutter ensemble sur certains fronts politiques, mais pour ce qui est de la mise en valeur de nos artistes, nous vivons définitivement dans deux vases qui ne communiquent pas. Il est sûrement inutile de comparer nos budgets. Par contre, comment évalues-tu les retombées respectives du Canada et du Québec là-bas? En tout cas, il faut définitivement se démerder comme québécois et serrer les coudes, faire plus avec moins… Excellente ton idée de BBQ! Sinon, on se voit à musiqcnumeriqc le 29 mars… http://www.musiqcnumeriqc.ca/

  • Adriana
    21 mars 2012

    Je crois que il est une bonne initiative du gouvernement du Québec de faire ce type de vitrines culturelles, car ces événements attirent l’attention de beaucoup de gens, c’est un milieu appropié pour montrer la culture québécoise à l’èxterieur. Je suis d’accord avec toi, le Québec et un cas exceptionnel pour la culture, une province francophone, dans un pays avec carateristiques multiethiniques et principalement anglophone, fait des choses que sans doute méritent leur exportation.
    Bonjour du Mexique

  • Salut Guillaume,
    Un article très intéressant! C’est vrai que l’on doit être «sexy» dans le contexte du SXSW. Small is beautiful! Le Québec est effectivement exotique pour le reste du monde… Un peu comme l’Abitibi l’est pour les Montréalais. On est des battants, des «survivors»… Cette fascination que l’humain a pour la fleur qui pousse dans l’asphalte, pour la fragilité, les défenseurs de causes perdus, qui gagnent…
    Belle analogie avec Astérix… Mais contrairement à eux, on n’est pas très dangereux. Et c’est, ce qui pique la curiosité. Selon moi, c’est ce qui nous rend intéressant, mis à part le talent évidemment…
    Après, tu me perds un peu, quand tu dis: «faisons-en un très sexy produit d’appel pour mieux vendre autre chose que nous contrôlons réellement.» Me semble que l’on a déjà tout, pour que l’on nous regarde, un peu comme un bébé. On est magnifié par l’évènement. Ridicule en effet que les Québécois présents, travaillent les uns contre les autres, dans un tel contexte.
    Aussi quand tu dis: «Pour moi, le Québec est un excellent laboratoire d’essai pour tenter de démontrer au reste du globe que la culture peut être un investissement, plus qu’une dépense.» Je ne comprends pas trop… Démontrer à qui du reste du globe, au juste? Parce que les principaux intéressés (les gouvernements) sont déjà très au fait de cette réalité et depuis longtemps. Les investisseurs privés? La culture n’est pas payante pour les artistes, ni pour les privés, qui y investissent. Les retombées sont réelles, le «problème» c’est qu’elles sont périphériques. La parabole des tuileries l’explique d’ailleurs avec éloquence. http://www.lemonde.fr/culture/video/2012/03/09/la-parabole-des-tuileries-ou-pourquoi-l-economie-de-la-culture-a-ses-propres-regles_1655765_3246.html#ooid=tkdGdwMzrzDgQHu7egVfsXNQjdQHHuZt
    Quand je dis le «problème», je le mets entre guillemets, parce que s’en est juste un, pour les principaux intéressés et non pour le reste de la population, qui eux profitent des efforts des artistes et des mécènes.
    Je crois que la clé est dans la main des gouvernements, et le fait de maintenir tout le monde au compte-goutte fait bien trop son affaire, pour qu’il y ait quoi que ce soit qui change de façon significative.
    La clé ultime est dans la main d’une population responsable et cohérente…
    On a pas fini de bûcher… ;)
    Merci pour cet article, qui fait réfléchir.
    Au plaisir de se recroiser!
    Bye
    Danielle

  • [...] de Tomas Jensen aux environs de l’année 2000. Voici le lien de l’article en question: http://www.bangbangblog.com/la-riviere-des-outaouais-coule-jusquau-texas   Un article qui fait réfléchir! Like this:LikeBe the first to like this [...]

  • Pascale (Mad June)
    26 mars 2012

    Salut Guillaume,

    J’ai bien aimé ton article sur SXSW et j’aime bien aussi ton idée de réunir deux solitudes plutôt que de dédoubler les efforts. L’union fait la force…

    Par contre, la politique est encore plus forte l’art! Alors que l’événement québécois à SXSW a été très bien couvert par les médias montréalais et québécois en général, celui chez nos voisins à Toronto dans le cadre du plus gros festival de musique au Canada, CMW, ne l’a pas été du tout!!!! Pourtant, couvrir l’événement là-bas coûte moins cher qu’aller au Texas et c’était les mêmes artistes qui y étaient représentés incluant Ariane Moffatt, Half Moon Run, Galaxie et bien d’autres, donc l’intérêt aurait dû être le même, sinon plus grand.

    Situation d’autant plus étrange que le reste du Canada est aussi fasciné par les artistes québécois que nos voisins du Sud et que nous y fassions autant de réseautage et de développement qu’ailleurs.

    Qu’en penses-tu?

    Au plaisir de te revoir!

    Pascale

  • Marie-Claude Ducas
    30 mars 2012

    Très intéressant! Et ce n’est pas le seul domaine où l’on gagnerait, pour se faire valoir à l’étranger, à montrer plus de cohésion entre les deux solitudes.
    La rivière des Outaouais coule jusqu’à bien des endroits. Dont Cannes, par exemple:

    http://www2.infopresse.com/blogs/actualites/archive/2011/03/30/Arcadefire.aspx

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