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La promotion “émergente” sur le Web (partie 2): dompter la bête…

La promotion “émergente” sur le Web (partie 2): dompter la bête…

André Péloquin
17 novembre 2011

En juillet dernier, je déjeunais avec deux membres de la boîte Turbo Productions pour parler « promo à saveur indé ». Une conversation qui ne devait durer que le temps d’un café a finalement échappé à mon contrôle. De la sueur perlait sur mon front alors que je tapais le verbatim de l’enregistrement. « C’est trop… trop de contenu! Je ne sais plus où couper », me répétais-je.  Fidèle à mes habitudes de « slacker », je l’ai jouée « Roi Salomon stylez » en tranchant l’entrevue en deux pour ensuite aborder l’aspect « vidéos promotionnels à 100$ » du collectif. « Ce n’est pas grave! Je poursuivrai avec l’autre moitié lors de ma chronique d’août! », me disais-je.

Quatre mois plus tard (oui, j’ai honte), voici enfin la suite de cette chronique fleuve sur la promotion « à saveur indé » avec, en prime, l’intervention de Vanessa Létourneau de Bonsound Promo.

Sociétés distinctes…

Alors que la production vidéo aura permis à Turbo Productions à tirer son épingle du jeu dans le domaine des compagnies organisant des événements, ce fameux volet ne se traduit pas encore en statistiques se comptabilisant. « C’est difficile à dire », songe Opale Lavigne, « fille » de la bande et responsable de la promotion. « Le côté musical de la boîte évolue constamment et devient de plus en plus connu. C’est donc difficile de calculer quel aspect de la compagnie amène du monde aux concerts. »

Ainsi, les fameux clips rapporteraient autant aux artistes les commandant qu’à la compagnie les produisant. « C’est de la promotion “générale” », tranche-t-elle. « De la promotion qui sert autant aux groupes qu’à Turbo. Ainsi, même si un vidéo X n’attire pas une personne au concert en promotion, ça lui donnera peut-être le goût de venir au prochain événement de Turbo. C’est donc difficile de déterminer de cause à effet. »

Turbo se distingue aussi par le ton parfois mordant que la compagnie donne à ses communiqués de presse. « La vérité toute simple, c’est que quand on m’a offert de faire partie de Turbo, je m’enlignais plus vers le journalisme culturel. C’est ce qui m’intéressait à la base. Je n’y connaissais pas grand-chose en communiqué de presse. “Hum! Pourquoi y’a un -30- à la fin? Je ne comprenais pas!” », confie candidement Opale en s’esclaffant.

« Je suis vraiment parti de zéro et je n’avais rien sur lequel me fier. J’y ai vraiment été par instinct. Le fait que j’ai appris par moi-même influence le côté très “personnalisé” de nos communications… et selon les bands aussi, bien évidemment. Y’a des bands, comme Les Guenilles, qu’on connait mieux et avec lesquels je sais que je peux m’avancer plus. Je n’aurais pas mentionné le pénis de Bolo des Guenilles s‘il avait été dans un band avec lequel on n’a pas autant fait affaire! »

De son côté, bien que Bonsound Promo n’est pas encore doublé d’un volet consacré à la production vidéo, le département promotionnel du fameux label propose tout de même une panoplie de services habituellement réservés qu’aux artistes d’une maison de disques. « Ça peut aller à la production d’un communiqué dans les deux langues à la relance médiatique en passant par l’organisation du lancement,  le « tracking » radio et la propagande Web », résume Vanessa Létourneau qui travaille notamment sur ce volet de l’entreprise en plus d’aider des artistes rock du R.O.C. (oh, oh) à percer au Québec.

Après « I want to pogne », « je veux make it there »…

Ainsi, en plus de faire affaire avec des projets locaux, l’équipe de Bonsound Promo épaule des artistes canadiens anglophones qui veulent attirer l’attention des médias québécois. « Le problème qu’on constate, surtout au Canada anglais, c’est que ces artistes ne savent pas comment ça fonctionne à Montréal », explique Létourneau. « Ces groupes ont souvent de gros budgets et pourraient faire leur propre promo, mais ils préfèrent faire appel à nous, car on sait comment ça fonctionne ici. »

Bien que la langue peut être mise en cause, Vanessa révèle que la barrière médiatique séparant le Québec des artistes à l’ouest d’Hull est cadenassée par plus d’un loquet. « Honnêtement, c’est un mystère! », lance Létourneau lorsqu’on l’invite à approfondir. « On se demandait justement en quoi c’était si “différent” ici en réunion la semaine dernière et je ne crois pas que ce n’est qu’à cause de la langue. L’approche des médias y est aussi pour quelque chose. »

Selon Vanessa, l’approche des relationnistes du Canada anglais ne serait pas la même que celle de ceux qui sont habitués au « marché culturel » montréalais. « On ne harcèle pas les gens et on ne fait pas de passe-passe », tranche-t-elle. « J’ai l’impression que c’est plus “batailleur” dans le reste du Canada. Et lorsqu’ils arrivent ici avec cette approche-là, ils réalisent que ça ne fonctionne pas. Ils sont donc pris au dépourvu. »

Et la compétition dans tout ça?

Malgré le fait que ces deux entités offrent quelques services semblables, la compétition serait inexistante. « Je n’ai pas l’impression que nous sommes en compétition », lance Opale. « Après tout, on travaille avec des artistes qui font aussi affaire avec Bonsound comme Buddy McNeil & The Magic Mirrors et Man Machine, par exemple. Je ne saurais pas comment l’expliquer, mais je crois qu’on est tous “différents” », ajoute-t-elle tout en précisant que Turbo se consacre surtout à des concerts singuliers plutôt qu’à des lancements ou des tournées. « Et on n’a pas l’intention de devenir un label! », tranche-t-elle. « On n’a pas besoin d’un autre label! Y’en a déjà assez de très bons! J’crois qu’on offre déjà de bons services et on ne va pas se transformer pour devenir une compagnie qui fait plein de choses que déjà d’autres boîtes font très bien! »

Une autre différence séparant Bonsound Promo de Turbo, ces derniers « visent petit ». « On fait surtout affaire avec des bands qui débutent, donc qui ont du cheminement à faire, qui vont évoluer. On est donc une plate-forme pour eux », poursuit Lavigne. « On sait qu’un jour, ils n’auront plus besoin de nous. Tu sais, s’ils veulent s’organiser un show au Centre Bell, ce n’est vraiment pas notre créneau! »

Du bon son et une bonne stratégie…

Tout comme lors de la première chronique consacrée exclusivement à Turbo Productions, j’ai posé la question motivant cette série de billets à Vanessa: pourquoi un artiste « indépendant » devrait travailler avec une agence du genre alors qu’une panoplie de plateformes (Facebook, Bandcamp, etc.) s’offre à lui pour promouvoir sa musique gratuitement. Létourneau n’hésite pas : « Oui, les groupes émergents peuvent se débrouiller par eux-mêmes, mais ils sont souvent moins à l’aise d’approcher les médias, de “têter” des entrevues, etc. ».

Ainsi, en plus des contacts et de l’expérience des relationnistes, leur rôle de « filtre » entre les médias et l’artiste serait grandement apprécié. « Je crois que plusieurs artistes apprécient que ces demandes passent par une autre personne, que quelqu’un d’autre fasse cette “job”. Ça leur enlève un poids… déjà qu’ils en ont beaucoup sur les épaules! »

Bien sûr, l’éclairage projeté par la « marque » Bonsound (label associé au succès de Radio Radio, Malajube, Philippe B et plusieurs autres) ne peut pas nuire… « Les groupes qui se joignent à nous apprécient aussi le fait qu’on va ensuite diffuser tout ça via notre compagnie. On peut donc toucher plus de monde que le petit réseau du groupe, leur cercle d’admirateurs pouvant être plus fermé. »

Personnellement, j’abonde dans le même sens. Que ce soit avec Turbo Productions, Bonsound ou une autre entité du genre, un artiste local profite ainsi d’une « botte secrète » afin de percer dans un milieu déjà surchargé – surtout lorsqu’on considère le nombre incroyable de groupes s’adonnant à l’indie-pop-planant-accompagné-de-textes-imagés-chantés-en-français qui apparaissent soudainement sur le palmarès de CISM ou encore celui de CHYZ pour ensuite disparaitre à jamais.

Bien que le sillon « indie » ne soit pas aussi exploité que le rock ou la pop « de surface », il y a tout de même un nombre exponentiel d’artistes et de groupes qui l’empruntent… souvent pendant des années. Bien qu’on puisse se réjouir de constater que cette scène musicale est aussi vibrante, le marché restreint auquel il est rattaché fait en sorte qu’on ne peut braquer un projecteur sur tous les projets indie-pop-planant-accompagné-de-textes-imagés-chantés-en-français. Il n’y a tout simplement pas assez de médias pour le faire et comme ceux-ci comptent souvent sur des ressources restreintes (insérez ici les lamentations sur la fameuse « crise des médias » qui perdure),  ils ne vont souvent couvrir que des valeurs sûres, des coups de cœur, des découvertes ou… des artistes proposés par des références (labels, collègues, bouche à oreille… et relationnistes).

Bien sûr, les « success story » de projets totalement indépendants découverts par inadvertance sur MySpace nous hantent toujours. « Fuck it. On ne va pas payer pour ça! Pense aux groupes qui ont percé en se contentant de mettre des tounes sur leur site! Ça va marcher! » M’ouin, peut-être, mais comment s’assurer qu’on va entendre ces futurs hymnes?

« Ouin, mais pense aux Arctic Monkeys en Angleterre, à Yelle en France ou à Clap Your Hands Say Yeah! Tous découverts sur MySpace! On pourrait être les Arctic Monkeys du Québec, mon chum! Les singes de l’Arctique! Ça serait un sapristi de bon nom de band d’ailleurs! »

Peut-être, mais entre vous et moi, l’attendiez-vous vraiment le plus récent de Clap Your Hands Say Yeah? Est-ce que vous cherchez quotidiennement la date de parution du prochain CD des Arctic Monkeys sur Google? L’avez-vous acheté le disque de Yelle qui est sorti y’a quelques mois en fait?

C’est ce que je pensais!

Crédit photo : Grégoire Alexandre via Rocket Magazine

Un commentaire
  • Max T
    21 novembre 2011

    C’est un très bon article qui s’applique de mon cas en particulier. Par contre, à la question « Est-ce que vous cherchez quotidiennement la date de parution du prochain CD des Arctic Monkeys sur Google? », j’ai répondu oui ! ;)
    Max

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