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Semi-automatique

La promotion “émergente” sur le Web (partie 1): Quelque chose de plus gros…

La promotion “émergente” sur le Web (partie 1): Quelque chose de plus gros…

André Péloquin
28 juillet 2011

“Save!” Bravo! Vous avez terminé! La dernière chanson de votre premier maxi est sauvegardée. Cinq pièces. De l’indie pop planant accompagné de textes imagés chantés en français . Des chansons enregistrées à l’aide d’un portable bardé de logiciels, d’instruments, d’amis et, surtout, beaucoup de patience et d’imagination.

“Uploading…” Vous téléversez vos chansons sur le Web. Vous les déposez sur Bandcamp (et même sur MySpace pour rigoler). Inspirés par Radiohead et la pléthore d’articles “tendances” que vous avez lus à ce sujet, vous décidez que c’est les utilisateurs qui fixeront le prix qu’ils paieront pour télécharger vos pièces.

“Venue added!” La date du lancement est ajoutée à votre calendrier et diffusée sur la page Facebook de votre projet. Après quelques prestations lors de partys, vous êtes prêts pour les salles de spectacle de la grand’ ville!

“Your disk is ready!” Vous gravez quelques exemplaires du maxi. Vous les envoyez aux radios universitaires et communautaires pour commencer. “On fait de l’indie pop planant aux textes imagés. On chante en français”, peut-on lire à l’intérieur de la pochette. En haut de votre numéro de téléphone, de votre courriel et les hyperliens menant à votre Bandcamp et votre Twitter.

“…”

Et puis rien. On diffuse vos pièces à quelques reprises à la radio. Le nombre de téléchargements – gratuits –se compte sur les doigts d’une main et vous ne remarquez pas vraiment de nouveaux visages à votre lancement (outre les employés de la salle de spectacle).

De retour à la maison, vous ne rangez même pas votre guitare. Vous la déposez dans l’entrée. Vous vous laissez choir dans le sofa du salon. Vous fixez le mur. Vous vous demandez ce qui est arrivé. Est-ce que l’endroit choisi était trop grand? Devrais-je chanter en anglais? Vous empruntez des détours. Vous évitez la question: Est-ce que c’est mauvais?

Peut-être!

Mais peut-être aussi que vous auriez dû faire appel à une compagnie spécialisée dans la promotion d’événement à saveur “alternative”.

Ce mois-ci à Semi-automatique, on entame une série de chroniques sur la “promotion émergente” en jasant promo et vidéo avec Turbo Production!

Tourner en turbo…

Samedi matin. Opale Lavigne, directrice marketing et relationniste de presse chez Turbo Production, et Patrick Bilodeau, leader maximo du volet vidéo, se remettent du lancement qu’ils chapeautaient la veille. Entre deux gorgées de café, Bilodeau se dévoile. Réalisateur pigiste formé à l’UQAM, on lui doit quelques courts, un moyen (on y reviendra) ainsi qu’un documentaire qu’il termine présentement pour Radio-Canada. Aventure lancée par quatre collègues de l’UQAM dont Steven Stevensky, Charles Perron et André-Philippe Chenail qui y participent toujours, Turbo se voulait tout d’abord une boîte de production de spectacles. Chenail, qui épaulait aussi Bilodeau dans la production de son moyen métrage Tuxedo, l’a invité à se joindre à la bande. ”Il m’a dit “Ben, c’est une boîte de musique, oui, mais ça serait le fun d’intégrer ton film là-dedans”. Tuxedo est donc devenu une production Turbo. “J’ai rencontré les boys et ça a cliqué. À force de se côtoyer, on s’est dit que ça serait le fun de produire un vidéo pour promouvoir un show. Ça a bien fonctionné, alors on a continué.”

Alors que les clips réalisés par Turbo profitent d’une facture professionnelle, propice aux diffusions télévisuelles, ceux-ci ne sont vraiment pas destinés pour MusiquePlus et compagnie. “C’est vraiment que pour le Web”, martèle Bilodeau. “Les chaines musicales sont en déclin. Il faut donc se demander “Que va devenir le clip?”

Bien que l’imagerie de certains clips pourrait choquer les nostalgiques de la belle époque ou Paul Sarrazin était le “dude” le plus “metal” du Québec, Bilodeau et ses collègues se défendent de vouloir pousser systématiquement l’enveloppe. “C’est pas un effort aussi conscient, mais c’est sûr qu’on garde toujours en tête que nous sommes sur l’Internet pis ce qui aussi le fun qu’épeurant. C’est un médium “actif””, ajoute Bilodeau avant de s’expliquer. “Pour voir de quoi, tu dois le chercher ou encore cliquer sur un lien. Tu ne le reçois pas automatiquement. Alors, en gardant ça en tête, on se pose des questions pour voir comment on va générer un genre de mini “buzz”, comment en faire sorte que les gens aillent voir le clip, etc.”

Un retour aux sources – le vidéo comme outil promotionnel – qui, selon Patrick, pourrait aussi représenter le salut du  genre. “J’ai l’impression que le vidéoclip va revenir à ses racines et se tourner davantage vers le contenu. Regarde les clips d’Ok Go par exemple. Ça a des millions et des millions de visionnements et c’est loin d’être des clips à grand déploiement. C’est parce qu’avant tout, c’est du contenu intéressant!”… ou du contenu trippant. “Y’a aussi le fait que t’as moins de limites sur l’Internet qu’à la télé. Ça aussi c’est le fun. C’est sûr qu’on se paie des tripes des fois!”

Des tripes que s’offrent aussi des artistes de la trempe des Handsome Furs qui, en juillet, lançait un vidéo osé et destiné uniquement au Web pour sa pièce “What About Us”. Outre la nudité et l’ambiance “Lynchienne” qui s’en dégage, on remarque aussi que le clip semble avoir été tourné avec un budget anémique. Une autre tendance qui s’impose de plus en plus dans le monde du clip. “Chez Turbo, on tente aussi une percée dans cette voie là: le clip au concept simple et efficace, à micro budget et destiné uniquement au Web”, lance Patrick en précisant que le “micro” dans “micro budget” équivaut à une centaine de dollars comptant dans les dépenses incluses lors de la production d’un événement. “On ne peut donc pas se permettre de longs tournages”, explique-t-il. “Et, la plupart du temps, ça se tourne à la dernière minute, alors il faut faire vite. Le tournage et le montage représentent, à peu près, une journée de travail”, révèle-t-il.

Des guenilles, des cochonneries et des opportunités…

Bien que les réalisations de Turbo sont maintenant bien établies, Bilodeau garde en tête ses débuts difficiles. “Ça avait souvent l’air de rien vu qu’on n’avait pas grand-chose!”, se remémore-t-il. “Parfois, on arrivait à deux ou trois dans un lieu quelconque, souvent trouvé “on the spot”, avec une boite pleine d’accessoires et de cochonneries pis le band se demandait ce qu’on allait faire avec ça!”, ajoute-t-il en ricanant. “Même qu’au début, alors qu’on n’avait pas encore beaucoup de vidéos de produits, certains bands avaient peur de se retrouver avec des vidéos de marde!”

Tiens, tiens, en parlant De marde

“C’était ridicule! On capotait!”, s’exclame Bilodeau lorsque vient le temps d’aborder la tempête dans un verre d’eau causée par un vidéo de Turbo tourné pour le groupe punk rock Les Guenilles ou le collectif brutalise un chat qui revient ensuite à la vie pour se venger. “On en est venu à ce concept en jokant autour d’une bière. Le lendemain, on tournait la scène des pattes du chat qui se vengent. Jamais on ne se doutait de cette réaction! Voyons don’! Ça n’avait pas rapport!” Et pourtant! Après une avalanche de commentaires haineux sur Bande À Part, et même sur Facebook, les Turbo ont eu leur leçon. “C’est sûr que ça nous a fait réaliser des affaires. On ne s’y attendait pas du tout et ça c’est ramassé un peu partout: le monde qui capote, les commentaires barrés. “Les Guenilles! Asti de gang de mangeux de marde!”, etc. On se disait “Kossé qu’on a fait?!” C’est clair que ça nous a fait réfléchir, car le vidéo n’avait pas été fait dans cette optique-là. On a donc pris conscience qu’on pouvait “choquer” bien malgré nous. Les Guenilles, eux, y’étaient ben contents! Mais, au final, je crois que ça nous a aidés. Ça ne nous a pas nui.”

Bien au contraire…

En plus des fameux “clips à 100$”, Turbo réalise maintenant des publicités, des productions corporatives ainsi que des vidéos musicaux plus ambitieux pour des groupes comme Buddy McNeil & The Magic Mirrors. Malgré ces récents progrès, le collectif tient tout de même à la pierre angulaire de ses productions. “On tient vraiment au concept des clips à 100$”, martèle Bilodeau “C’est intéressant et ça fait aussi de réfléchir sur l’avenir du clip. C’est un médium qui est de plus en plus appelé à se retrouver sur le Web et pour lequel il y a de moins en moins de budget. “Où ça s’en va?” Je ne le sais pas, mais je crois que c’est quand même satisfaisant de tenter l’expérience sans pour autant vouloir se “montrer” aux gens. “Hey! Check! On fait des clips juste avec 100$!” Bien que la contrainte lui permet des économies de temps et d’argent, elle ne brime pas l’imagination de l’équipe. “C’est surtout un truc le fun à exploiter et à explorer. C’est rarement chiant!”, affirme Bilodeau.  “Y’a un paquet de clips pour lesquels j’aurais aimé avoir juste 20$ de plus, mais bon, ça fait partie de la game. En fait, la plupart du temps, j’aurais préféré avoir plus de temps pour penser davantage ceci ou pour faire cela. Ça aurait pût être meilleur… mais encore pire, sait-on jamais. C’était plus tough au début. T’sais, tu montes ça sur ton ordinateur et ça sort directement sur l’Internet, aux yeux de tous. T’as pas nécessairement le temps de tout vérifier en détail.”

Les questions à… 100$

Lorsque je demande à l’équipe de Turbo, pourquoi notre artiste indie pop francophone-planant-qui-a-une-page-Facebook devrait faire affaire avec eux? Patrick n’hésite pas. “Parce que y’est pas tout seul! Parce que y’en a en maudit des bands! Y’en a tellement des bands à découvrir sur Internet que ça en devient extrêmement difficile de se démarquer!” Selon lui, Turbo offre non seulement des moyens de tirer son épingle du «jeu émergent» (les fameux clips, la promotion, etc.), mais aussi un billet d’entrée dans une “communauté” atypique. “On offre un “package” qui offre plein des affaires pis, en prime, y’a plein de monde qui tourne autour de ça, qui nous suit. D’autres groupes, des médias, etc. C’est ce qui est intéressant, j’crois. Tu n’es plus tout seul sur ton bandcamp. Tu t’insères dans un gros groupe, presque une commune.”

Puis, lorsqu’on qu’on les interroge sur leurs profits, le duo s’esclaffe.

  • ¥ Patrick: Ça ne paye pas ben gros!
  • ¥ Opale: On nous offre des bières dans des shows… parfois!
  • ¥ Patrick: Mais on peut s’organiser des esti de bons shows pis on a le privilège de se placer en avant!
  • ¥ Opale “‘Scuse-moi! ‘Scuse-moi! Faut qu’j’aille en avant!”

Bilodeau s’explique: “En ce moment, y’a deux membres de l’équipe qui ont d’autres emplois à temps plein en plus de s’occuper de notre entreprise. Les autres font du temps plein sur Turbo en plus d’autres affaires “on the side”. Mais bon, c’est sûr qu’on est dans une période déterminante. C’est du gros temps plein! On est aussi une jeune compagnie qui démarre alors y’a pas mal de travail à faire pour nous occuper. On a un gros coup à donner avant même d’espérer que ça rapporte.“

Et Opale de clore la parenthèse: “Mais on est heureux! Sinon, je serais en vacances en ce moment!”

Et les vacances risquent d’être retardées, car, dès septembre, Turbo prévoit lancer une série web télé autour de ses fameux clips à 100$ en plus d’augmenter sa cadence de concerts hebdomadaires et sa visibilité en région. Pour plus de détails sur l’entreprise: turboproductions.info

Le mois prochain, on poursuit notre entretien avec Turbo tout en jasant avec Bonsound Promo et certains de leurs clients respectifs.

Photo: Alex Nadeau-Farley

2 commentaires
  • David Ratté
    30 juillet 2011

    Très, très cool article, utile en plus.
    J’ai hâte de lire les autres parties!!

  • [...] la fiancée dort à poings fermés alors que je termine ma chronique de ce jeudi (petite primeur: c’est la suite de celle-ci… même si personne ne l’attendait. J’suis comme ton feu sauvage, je reviens à la [...]

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