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La paresse est la mère de tous les internautes

La paresse est la mère de tous les internautes

Patrick Dion
29 juin 2011

Non, mais quelle époque fantastique! On a tout à portée de la main. La vie est une télécommande. On n’a même plus besoin de grimper aux arbres, les fruits mûrs de la technologie nous poussent carrément sur les bras. Un clin d’oeil ou un clic de souris et le monde nous appartient. On a le doigt sur un piton Enter perpétuel. Tellement qu’on pourrait enfin laisser la technologie prendre soin des tâches répétitives et ennuyantes et prendre ça relax. Mais non, on court quand même après notre queue. Je ne parle pas des gars en rut avec leurs hormones dans le tapis, mais bien de cette société qui nous pousse continuellement dans le dos à nous dépasser. On ne prend plus le temps de s’arrêter. On s’essouffle au quotidien, dans nos relations interpersonnelles, familiales et professionnelles, au travail, au repos et dans les loisirs. On sprinte dans un monde de barre Mars. Incroyablement, plus on court, plus on est pressés.

Internet ne nous a pas aidés. Au contraire, on a appris à consommer à la vitesse de l’éclair. Pas seulement en biens de consommation, facilement accessibles, et payables-en-trois-versements-faciles-de-19,95$-frais-de-port-de-manutention-et-livraison-non-inclus, mais en torrents d’informations qui noient notre capacité intellectuelle quotidienne. Glou-glou-glou…

Certains disent que les jeunes ne lisent plus. Correction, les jeunes ne lisent plus de livres. Pour ce qui est du reste, ils n’ont jamais autant lu: des blogues, des statuts Facebook, des tweets, des textos, des nouvelles à la pelletée. À ce rythme-là, les générations futures vont loucher. Les enfants de nos enfants auront des yeux cross-side. Mais il n’y a pas que les jeunes qui n’ont jamais tant lu. Nous aussi (j’omets volontairement le terme vieux). On consomme tellement de trucs dans une journée que ça nous rentre par une oreille et que ça nous sort par l’autre. Plus rien ne reste dans le tiroir de la mémoire. Is Google making us stupid?

D’articles divers en photos, de vidéos de ptit-maudit-bébé-qui-rit en commentaires de nos amis Facebook, de potins artistiques en lecture cérébrale, on bouffe de la bande passante intellectuelle à la vitesse 4G. J’ai pas hâte de recevoir la facture. Tout n’a jamais été si vite et pourtant, on trouve quand même le temps de se lamenter lorsqu’un site web est un peu lent, lorsque tout ne se produit pas en cliquant des doigts. On se plaint maintenant lorsqu’on doit passer par trois étapes pour aboutir quelque part. Hein? Es-tu malade? Tu veux dire que je dois vraiment prendre l’URL dans la barre d’adresse, la copier dans mon presse-papier, la coller dans Facebook ou Twitter et que je pèse en plus sur Partager? Come on! J’ai pas juste ça à faire!

Il y a un dieu pour les paresseux. Je le vénère à chaque fois que j’assoie mon gros cul mou à l’ordi. Dans mon réseau social, on m’a simplifié la vie à coup de plugiciels qui gèrent le partage de mes découvertes. Même plus besoin de me casser la tête et de perdre d’importants moments de ma si précieuse vie informatique. De cette façon, je peux utiliser ces quelques secondes sauvées à vous nourrir encore plus de ma moulée virtuelle. Dernièrement, les boutons Tweet pour Twitter, Like pour Facebook et +1 pour Google permettent de partager, en un seul clic, mes explorations quotidiennes pertinentes. Prenez et profitez-en tous, ceci est mon feed livré pour vous. Un billet sur WordPress? Un clip sur YouTube? Un article dans le New York Times? Une photo sur Flickr? Clic! Next!

Mais il y a un foutu problème. Comment ça un problème? Tu vois des bébittes partout, Dion. As-tu une maladie pixelchologique? Depuis 1492, on ne découvre plus grand-chose. On remâche les mêmes trucs pour mieux les recracher de façon différente. À l’ère d’Internet, on ne fait que relayer de l’information. Et qui dit relais dit source. On met la patte sur des liens par le biais d’amis, de connaissances ou de blogues qui ont déjà fait le travail pour nous. C’est aussi vrai pour le mec dans son sous-sol que pour un journaliste à La Presse. Comme une des règles d’or du Web est de citer sa source, il est dorénavant impossible par ces méthodes de le faire. Et ça, moi, ça me gosse. On s’est fait fourrer par la technologie et on n’a rien senti. Alors, on fait quoi? On se simplifie la vie ou on fait fi de nos sources? On court après les nouvelles comme Milou après une montagne d’os ou on prend le temps de rendre à César ce qui appartient à César (César l’empereur, pas le chien)? Je vous vois déjà lever le bras bien haut et questionner. C’est ben beau tout ça, Pat, mais pourquoi passer par la Gaspésie si on veut se rendre à Montréal? Et je répondrai « parce que maudit que c’est beau la Gaspésie. »

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