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Délirium PlazaMa chick m’a donné rendez-vous à midi chez Bun Viet, un resto de délicieuses soupes aux tripes d’animal mort situé dans la section bleue de la Plaza Saint-Hubert. Fidèle à mes mauvaises habitudes, j’arrive à une heure moins quart; t’sais, j’ai tripé pas mal la veille, je me suis couché les doigts encore gommeux de tu-sais-quoi, la gueule parfumée au Jameson pis au McDo. L’Autre m’explique que quarante-cinq minutes, ç’a rien à voir avec le fashionably late tel que je le conçois, surtout quand c’est pour régler son compte à not’couple qui agonise depuis trop longtemps. Puisque l’heure est si grave, je lui réponds de relaxer son sexe (ce à quoi elle rétorquera qu’il n’a jamais été aussi relax), que chuis pas du type à me précipiter à un rendez-vous quand c’est pour me faire shooter de la marde, pis surtout, en ressortir célibataire — chuis pathétique, mais pas à ce point-là quand même ! Elle bouille, le presto est sur le bord d’exploser pour me défigurer. Je calme le jeu en lui demandant si elle a choisi ce qu’elle va ingurgiter parce que le serveur fonce vers nous. Sans surprise — l’étonnement est désormais un lointain souvenir pour nous deux —, elle commande un plat végé au bon goût de sable, tandis que j’y vais pour le spécial « tripes & entrailles » avec des boulettes grises en extra. Pis une Bud, faut jamais oublier la Bud. Sur ce, elle ouvre les valves pis commence à m’asperger jusqu’aux os : t’es-tu vu aller ? on dirait le futur célèbre clodo que tout l’monde va r’connaître, comme celui qui a la face toute beurrée de tattoos ou bin l’aut’qui mange des pigeons pour faire peur aux kids, on va dire « tcheck, c’est l’gars qui a des fioles de poppers à’ place des narines ! », je mérite mieux qu’une loque dans ton genre, chuis pas une princesse à déchet, pourtant quand je t’ai rencontré, t’étais intelligent me semble, t’avais une bonne job, t’étais normal, t’étais pas un hostie d’chroniqueux d’marde pour un hostie d’journal de mangeux d’marde, t’étais pas non plus un écrivain débile qui a pour seule fierté de s’être faite descendre par toutes les critiques d’la ville, c’est quoi qui t’es arrivé câlisse ? qu’essé j’ai faite de pas correct ? c’est où qu’on s’est perdus, Ed ? Han ? HAN ? Ce que tu dois savoir sur ma belle Sylvie, c’est que suite à un accident de char, il y a deux ans, elle s’est retrouvée avec la moitié du visage paralysé (le côté gauche), ce qui, depuis, a comme effet, lorsqu’elle s’emporte ainsi, de faire monter l’écume à la commissure de ses lèvres (du côté paralysé) pis de la faire pleurer (toujours du même bord) sans qu’elle puisse s’en rendre compte. Triste spectacle, c’est le cas de le dire ! Le serveur arrive avec not’manger sur l’entrefaite. Mademoiselle, vous pleurez ? s’inquiète-t-il comme si on lui avait demandé l’heure. Non monsieur, chuis même très heureuse ! tranche-t-elle sans pour autant dissiper le malaise. Puis elle me fusille — bang ! bang ! — du regard, je sens quasiment la Terre trembler sous mes pieds (je dis « quasiment » parce qu’en réalité, je ne sens plus rien depuis une éternité). En se torchant avec sa napkine, elle me crache heille le bozo, ça fait combien d’temps que j’bave de même ? Je verse trois onces de sauce soya dans mon bol. Depuis que t’as dit que j’avais des fioles de poppers à’ place des narines. À peu près. J’sais pas trop, j’ai pas vraiment faite attention. Son menton se met à shaker. Hostie qu’t’es cave. Pis elle craque, se met à pleurer des deux yeux. Là, pas de doute, elle a de la vraie peine. Sylvie travaille sur la Plaza, à la boutique Limité. Elle y vend du linge de pitounes tight dans lequel elle est crissement pas capable d’entrer. Sinon, ses loisirs consistent à s’enfiler séries télé américaines par-dessus séries télé américaine, pis envier les femmes qui ont des enfants. Côté sexe (à l’époque où nous nous touchions encore), c’était le missionnaire la plupart du temps, pis le doggie style les samedis soirs (quand elle avait bu pis qu’elle se sentait wild). J’ai bien essayé d’épicer nos ébats quelques fois, de proposer kinky, mais rien à faire, faque demande-moé pas si je l’ai déjà enculée, j’ai à peine effleuré une fois sa rosette avec le bout de mon pouce pis c’est surprenant qu’elle ne me l’ait pas reproché tantôt, quand elle m’a servi son char de marde. Pourtant, malgré tout, je l’ai aimée. En crisse à part de t’ça ! C’est la seule fille dont je me suis toujours souvenu de la date d’anniversaire, la seule à qui j’ai offert systématiquement une rose à la fuckin Saint-Valentin (à chaque fois, une couleur différente !), la seule que j’ai complimentée au moindre changement de coiffure — ça peut te sembler bien insignifiant, mais crois-moé, il a fallu que je l’aime en sale pour toutes ces mini attentions, chuis tellement égocentrique, t’sais. Oué, je l’ai aimé, mais c’est ça justement, je l’ai aimé, c’est du passé, je l’aime p’us. Pantoute. Je pense que c’est à cause de l’accident. Elle s’est mise à se trouver laide. Même si je lui disais le contraire — « t’es belle » ç’a sorti tellement souvent de ma bouche pour elle, peut-être en ai-je épuisé les stocks parce qu’un moment donné, j’ai arrêté de lui dire, comme si elle m’avait convaincu que finalement, elle était effectivement laide. Puis elle est passée de laide à dégoûtante pis à monstrueuse, pis j’ai débandé à jamais pour elle. Je l’ai laissée morver à outrance devant nos invités, je l’ai p’us écouté me parler pis je me suis arrangé pour la croiser le moins possible. Elle s’est mise à me détester, pis elle m’a filé ce rendez-vous au Bun Viet aujourd’hui. Sylvie se lève de table, la face boursoufflée par la peine (les deux côtés égaux). C’est fini, Ed, chuis p’us capable. Je m’en vas. Ses mots me déstabilisent enfin. C’est pas la tristesse qui s’empare de moi, mais bel & bien la détresse, cette connasse ! Je lève deux grands yeux piteux vers elle, des yeux sur le point d’être pris de panique, ready à se mouiller. Puis d’une voix tremblante, la gorge serrée dans un étau invisible, mais, trust-moé, bien réel, j’ose demander : j’ai pas une cenne, baby, peux-tu régler l’addition ?
14 commentaires
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NOUVELLES DU JOUR
CHRONIQUES
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5 septembre 2009
Ouch! C’est une très bonne celle-là mon Ed…
9 septembre 2009
si j’étais critique j’te donnerais 5 étoiles, puisque je suis loin de pouvoir critiquer quoi que ce soit je me contenterai de te dire que c’est une criss de bonne histoire!!!!!!
15 septembre 2009
Amen.
15 septembre 2009
wow ca c’est de la vraie littérature ! J,spère que tu t’ai fait payé le bill ou bien que tu a fait la vaisselle après ! continue un jour tu vas êtr un grand écrivain
17 septembre 2009
Je me remets difficilement de cette rupture, mais je prends quand même le temps de vous remercier tous & toutes. Vous êtes pas mal sweet, t’sais.
Astheure, garrochez-vous chez vot’libraire favori pis achetez — câlisse ! — mon nouveau roman sobrement intitulé « Maudits ! » car mon chèque de droits d’auteur sera un baume sur mon coeur déconcrissé…
17 septembre 2009
T’es bon, toé.
21 septembre 2009
Moi Edouard, ce que je me demande c’est, sur une échelle de 1 à 10, à quel point cette histoire reflète la réalité.
22 septembre 2009
9. Je n’ai pas pris la soupe avec des boulettes grises, j’ai écrit ça pour donner mal au coeur (le coeur & la douleur étant les thèmes centraux de cette chronique).
24 septembre 2009
Sérieux ton histoire d’amour fini ça fais du bien à lire!! lol c pas très cool j’me réjouis des histoires tristes des autres, mais je tiens à écrire que ça torche des culs même si c’est magwois!!!
27 septembre 2009
Ahahahahah! Pissant!
14 octobre 2009
c’est trop bon comme histoire, enfin j’espere que c’est une histoire haha xD
Sinon un question comme ca, c’est ou qu’on peut se le procuré le bangbang? j’allais dans un d-tox le prendre avant mais ils le ramenent plus depuis un boute.
15 octobre 2009
La version papier du BANG BANG est morte depuis janvier 2009. Il ne reste seulement que le site web…
16 janvier 2010
j viens de lire ta pathétique rupture pis j trouves que cette histoire n a d interessant que le fait d etre raconté par toi mais tout ça mis à part , ce qui est le plus triste c est le contenu d une stupidité hallucinante des commentaires qui l ont couronné..ouf t es plus patient que moi …hihihi!
17 janvier 2010
Chuis pas si patient que ça : enweille, ship-moé des photos cochonnes !