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Reportages et entrevues

Koriass : Word Up! Battles et coupe aux lèvres

Koriass : Word Up! Battles et coupe aux lèvres

André Péloquin
10 septembre 2009

On n’a vraiment pas d’chance avec Koriass! On s’est tout d’abord emmêlé dans nos patins lorsque son album Les racines dans le béton a été lancé en novembre 2008, puis on a l’a laissé dans la zone des buts lors de notre périple au FME, puis lorsqu’on l’a finalement accroché pour une entrevue liée à sa participation aux Word up! Battle, celui-ci était incommodé par une infection à la gorge. Bon joueur, le MVP du moment dans la « game » hip-hop locale a économisé sa voix, mais c’est foutrement fait aller les doigts…

Tout d’abord, parlons du FME. Comment ça s’est passé ? Qu’est-ce que tu retiens de l’aventure ?

J’ai eu beaucoup de plaisir, c’est toujours agréable de quitter le confort de son coin de pays pour aller passer 3 jours ailleurs et en profiter en faisant ce qu’on aime faire. Le public de Rouyn est toujours réceptif, c’était la première fois que je faisais le FME, mais la 3e fois que j’y allais en spectacle. Les festivals c’est ce qu’il y a de mieux.

J’ai lu que t’as notamment fait tes premières armes en hip-hop en faisant des « battles » sur le Web, lors d’émissions, etc. Qu’est-ce qui t’a attiré vers cette sphère du genre au juste ?

La compétition. J’ai jamais été un très bon athlète, assez moyen, mais j’ai toujours eu un esprit compétitif. Cette étincelle qui te pousse à aller plus loin, et j’ai trouvé un domaine dans lequel j’avais du talent, ça m’a intéressé de tenter l’expérience.

Pendant qu’on parle de compet’, tu participes bientôt à une nouvelle édition d’un Word Up ! Battle. Qu’est-ce?

C’est une joute de battle rap pré-écrite et a cappella organisée par le rappeur de Montréal Filligrann, membre du collectif K6A.

Pour le grand public, un Word Up! Battle peut susciter des images de ces fameux battles mordant d’8 Mile. Où vous vous situez entre la compétition et la camaraderie ?

Il y a toujours une certaine compétition c’est sûr, mais ça se fait toujours dans le respect. Il n’y a aucune animosité sur place, et la plupart des rappeurs se connaissent déjà, dû moins de réputation. C’est beaucoup plus rassembleur que destructeur ou négatif, ça pousse les mc’s à se dépasser et la rencontre entre les rookies et les vétérans est très intéressante.

Qu’est-ce qui fait un bon « combattant » de Word Up ! Battle ?

L’habileté à ne pas se laisser intimider par les gens sur place. C’est très stressant rapper a cappella devant une cinquantaine de personnes qui sont pendus à nos lèvres avec des attentes.

Après avoir été concurrent lors de la première édition, tu seras juge lors de la deuxième, comment évalue-t-on les concurrents ?

La présence, l’humour, l’intelligence des punchlines, l’imagination, l’utilisation de lignes personnelles sur l’autre personne.

Comment sélectionne-t-on ces concurrents ? On semble autant y réunir des « vieux routiers » (Égypto, C-drik) que des « nouveaux venus » (toi, Jeune Chilly Chill)…

Filligrann m’a approché, mais je crois que des canditature sont soumises et le MC doit avoir fait ses preuves un minimum. Il ne faut pas oublier que c’est un show, ça doit être bien fait et agréable à regarder, donc les MC’s se doivent d’être à la hauteur.

Tes prédictions pour cette prochaine édition ?

Le battle de C-Drik contre Maybe Watson va être fou.

Bon, pour revenir à ta carrière: en considérant la situation actuelle de l’industrie du disque, de plus en plus d’artistes « émergents » tournent le dos aux étiquettes. Qu’est-ce que 7e Ciel (Anodajay, Samian, etc.) t’apporte?

7e Ciel est un label indépendant géré par Anodajay, qui est lui-même un artiste. Je n’ai pas à dealer avec un homme en cravate derrière son bureau qui a aucune idée de mon parcours. Quand je discute avec Anodajay, je ne discute pas qu’avec mon patron, je discute à un collègue, et un ami. Le côté humain est très important en affaires. On doit bien communiquer et bien s’entendre. 7e Ciel est aussi un des seuls labels de rap québécois qui fait la promotion de ses artistes ailleurs que dans les médias strictement hip-hop. C’est important d’aller chercher de l’exposure et des fans dans le grand public.

Toujours dans le même esprit, de plus en plus d’artistes optent pour des clips simplistes (et parfois simplets) pour se faire diffuser à MusiquePlus, alors que toi t’optes pour un véritable polar policier (« Le poids du monde ») ainsi qu’un film d’action (« L’Ère de glace »). Est-ce encore pertinent d’investir – et de s’investir – dans un clip ?

Le vidéoclip est un outil de promotion important, mais aussi une oeuvre d’art en soi, essayer de mettre la musique en image de façon originale ce n’est pas évident. On a eu la chance d’avoir une subvention, ce qui n’est pas facile. Kartel Films nous a suggéré ces scénarios, et on a embarqué. C’est pertinent de s’investir dans n’importe quoi si le résultat en vaut la peine.

T’es en lice pour le Prix de la Relève Archambault et les critiques de Les racines dans le béton sont vraiment positives, qu’est-ce qui vient chercher autant les gens dans tes rimes selon toi?

C’est dur à dire. Se regarder d’un oeil critique n’est pas évident. Je dirais que c’est le côté humain et pertinent de ce que je dis. La complexité aussi. Je peux être incisif ou direct/violent dans mes propos, tout comme je peux être sensible ou humoristique. J’essaie d’écrire ce que je pense du mieux que je peux, le reste se fait tout seul.

Toujours en ce qui concerne ton premier disque, t’as fait appel à DJ Manifest pour tes « beats ». T’as lancé un profil de « beatmaker » depuis sur MySpace. Peut-on s’attendre à un album « entièrement Koriass » pour ton prochain disque ? D’ailleurs, tu commences à le planifier ou le premier te garde toujours trop occupé ?

Je commence déjà à le travailler, et je travaille fort sur le côté musical. La plupart seront mes productions. Je travaille avec quelques excellents musiciens aussi qui est un élément clé à la richesse et le rajout de couleur sur les pièces. C’est encore du « work in progress ».

Comme t’es une étoile montante du rap au Québec, comment le genre se porte-t-il aujourd’hui ?

On est en retard sur tout les niveaux par rapport aux autres pays qui nous influencent (USA, France.) La plupart des labels indépendants calculent mal leurs moves, et la musique qui sort un peu partout récemment est diluée et ordinaire. Notre marché est minuscule, notre scène est minuscule, les médias nous connaissent mal et les gens de l’industrie sont même pas capable de bien nous catégoriser. Bref, ça va mal, mais 7e Ciel va bien.

En attendant de reprendre du poil de la bête (et la route), Koriass agira à titre de juge au prochain Word Up! Battle qui se tiendra le 19 septembre dès 16h au Sinoshop (2817, rue Ontario).

koriass.com

wordupbattles.blogspot.com

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