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Reportages et entrevuesL’homme est un loup pour l’homme Près de six ans qu’il était mort, Leloup. Il avait brûlé sa guitare et avait lui-même appelé la grande faucheuse à la rescousse pour tuer son personnage et redevenir Jean Leclerc. Certains n’y croyaient pas, d’autres pleuraient sur sa tombe et d’autres encore racontent qu’ils l’ont aperçu, depuis, déambuler sur la place publique dans la peau d’un romancier ou d’un cinéaste. Or, cette année, juste pendant le carême, on nous apprend qu’il va ressusciter. Il nous donne rendez-vous pour pâques dans la chapelle du sanctuaire Sainte-Jude. Rencontre avec un loup qui se méfie des faux prophètes.
Le désir de passer à autre chose, de refuser de se conformer à ce-qui-devrait-être et à la routine de l’artiste qui répète sans cesse les mêmes vieilles rengaines jusqu’à plus soif. Voilà sans doute ce qui a causé la mort de Leloup, en 2003. Parce que Leloup, de son propre aveu, n’est pas un musicien au sens technique du terme. On le sait, « il joue de la guitare » mais surtout, il compose des tounes. Pour faire sortir le méchant, se faire du bien par une sorte de méditation qui lui permet d’évacuer ses soucis. Au terme de cette démarche, la création obtenue aura servi de remède, mais ne sera d’aucun secours pour les soucis à venir, il faut donc sans cesse recommencer, toujours créer du nouveau. Or, l’artiste grand public qu’il est devenu se retrouve aux prises avec un paradoxe entre création et promotion : La routine du show business veut que l’on répète souvent, et longtemps, la même chanson sur toutes les tribunes possibles, alors que la pulsion créatrice, elle, s’ennuie au cube dans la répétition. On se sort de là comme on peut. Pour Leloup, il a fallu tuer le personnage, celui qu’on voit dans les médias, pour redevenir lui-même, Jean Leclerc, celui qui gratte sa guitare pour se faire du bien et trouver sans cesse de nouveaux territoires créatifs. Mais on ne se débarrasse d’un pas un personnage aussi facilement, en changeant simplement son nom…
Crier au loup deux fois
Leloup voyage ainsi dans la création au même titre qu’il voyage dans le monde, son passe-temps préféré. Pas facile cependant d’emmener vers de nouveaux horizons un public plus enclin à retourner aux mêmes endroits confortables. Cette difficulté, il y a goûté, l’an dernier, à Québec. Alors qu’on annonçait en grande pompe le retour de Jean leloup, concept nostalgique s’il en est un, celui qui déteste la répétition a plutôt suscité la déception, voire même la polémique. Alors que le public s’attendait à chanter en cœur des versions de Cookie et Isabelle conformes aux originales, Leloup les attendait avec un pow-wow qui s’aventurait hors des sentiers battus : riffs inconnus, textes inédits, danse contemporaine, et panaches amérindiens en prime…
Bien qu’il avoue désormais avoir un peu exagéré, il n’en démord pas : Leloup refuse d’être l’artiste qui se tient sur la scène comme au sommet d’une pyramide, avec le public en bas et le leader en haut. Pour lui, un spectacle, c’est le lieu d’une communauté, entre amis, ou tous sont égaux. Il lui arrive d’ailleurs d’oublier complètement qu’il donne un spectacle. Lorsqu’il s’adresse à ceux qui l’écoutent, il le fait comme un chum, dans un party, qui ne se gêne pas pour vous traiter d’épais, à tort ou a raison, avec les risques que ça implique…
Quelqu’un de très haut placé est en train de vous baiser… Assez curieusement, cette vision de la relation artiste/public trouve écho dans une certaine vision politique. Politisé Jean Leloup? Il s’en défend. Et pourtant, plusieurs chansons laissent entrevoir une certaine conscience sociale. Le Pigeon en est un exemple flagrant. Plus subtilement, Le Dôme évoque une sorte d’utopie, de citée idéale inscrite dans la légende. Sans oublier quelques succès, comme 1990, où les enjeux guerriers de la première du Golf sont clairement mis en scène.
Quel serait alors le message de Jean Leloup ? S’il ressuscite aujourd’hui, quelle est la prophétie qu’il souhaite nous partager? Il se garde bien de vouloir conscientiser qui que ce soit afin de changer le monde. Ce qu’il craint, c’est la platitude de la richesse, l’indifférence du confort occidental et l’imbécillité collective : « Je ne veux pas me détacher du lot. Je refuse, catégoriquement, que ma gang, qui est les Québécois, se laisse aller à être une gang d’épais. Sinon, c’est pas ma gang. »
Mais je préfère toujours recommencer… C’est d’ailleurs ce qui frappe à l’écoute de son nouvel album : une sorte d’intimité où l’amitié prend beaucoup de place. On l’écoute comme un ami qui se confie en parlant de ses peurs, de la prison de la routine du quotidien, des moments parfaits « qui ne reviennent jamais » et du recommencement perpétuel de la condition humaine. Même constat quand il déconne et qu’il s’amuse ferme. S’il est revenu à la vie, il semble bien qu’une partie de sa personnalité est demeurée en terre; celle du personnage extravagant, qui portait des boas et des hauts-de-forme rocambolesques. Pas de maquillage, rien n’est dissimulé, même les accrocs et les bouts qui dépassent sont bien apparents, sans que l’on tente de les masquer. Et c’est pour le mieux. Le choix du son et de la maison de disque a quelque chose à voir dans cette mise en forme. Paru sur Grosse Boîte, le pendant francophone et plus sage de Dare to Care, l’album sonne presque comme un enregistrement d’un nouveau band alternatif et n’a rien d’un produit sur-réalisé. À ce titre, Leloup est un des rares créateur au Québec, peut-être le seul, qui malgré son succès commercial, parvient à se maintenir comme artiste grand public tout en conservant une facture underground et continue de plaire au public alternatif, qui juge parfois sévèrement la surexposition médiatique et le succès radiophonique. Leloup est un personnage à la fois connu et inconnu qui se maintient habilement entre le mystère et la popularité. C’est peut-être la recette de son succès. C’est ainsi qu’on le retrouve aujourd’hui… À voyager, malgré son immense bagage de souvenirs, avec une petite valise où il ne garde que l’essentiel et avec laquelle il peut partir, du jour au lendemain, où bon lui semble. — Photos : Jose Enrique Montes : via la page Facebook de Jean Leloup Pour lire notre critique du disque, cliquez ici! Pour visionner la rencontre, cliquez là!
2 commentaires
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1 mai 2009
heille mr. death wolfe, je suis étudiant à québec en philosophie, je suis 2ième de doctorat, je trippe sur tout tes textes, mais surtout ta manière de voir le monde… tellement sincère, pas toutjours la vérité, mais qui a encore une ostie de sincérité… je t’ai vu à tout le monde en parle, audacieux en passant, je te comprend, t’es juste un créateur… je ne veux pas plus de toi. ne devient pas mercantile, ne devient pas comme tout le monde, ma peur? ne te suicide pas. j’ai dix ans d’étude en philo, je joue de la guit, du banjo, et tout ce qui mérite de virer en transe…….. écris moi, j’habite st-roch à quebec. j’ai assez dans mon cv pour tripper, gérer, ou tout simplement écrire sur toi. je sui contre l’idolâtrie, mais j’aime les belles choses, et t’en fait……. 418-524-4707, je peux te donner une ostie de lettre de référence ou cv, va voir sur google mon nom… bre, je crois en toi et ton talent, et j’ai des propositions……….il faut bien que je m’invente un métier….
1 mai 2009
heu………