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Reportages et entrevues

Jam & P.Dox : soft rap de sous-sol émergent

Jam & P.Dox : soft rap de sous-sol émergent

Julie Ledoux
27 janvier 2012

Entre l’enregistrement du nouvel album du K6A, leurs projets solos respectifs et une joute aux WordUP! Battles, les rappeurs Jam et P.Dox ont trouvé le temps de compléter un deuxième album, Souriez on vous regarde, quelques temps après leur premier EP, Souriez un peu, paru en 2011. Un café, un verse, un beat.

J’t'attends pendant qu’tu textes…

Amis depuis près de huit ans, collègues depuis près d’autant d’années, Jam et P.Dox travaillent leurs rôles de MC depuis leurs débuts, dans le sous-sol de Jam, à Greenfield Park. Entre un cuisant revers au défunt (et…louche) concours Hip Hop Forever, des rencontres avec les membres du K6A et Alaclair Ensemble, des compos dans la langue du Wu-Tang («J’ai eu une phase en anglais… c’était vraiment pourri!», rigole P.Dox), secondaire en spectacle, des ruptures de duos, Jam et P.Dox ont développé leur propre vision du rap québécois avec Souriez on vous regarde :

J : C’est un peu en lien avec la fausseté sur sourire et parce que les gens sont tristes, j’imagine. C’est un monde où si t’es pas content, t’es mieux de faire semblant et de l’être, de participer au tournoi de sourire.

P : … de la joie de vivre…

J : …nous, on est heureux pour vrai.

P : Plus tu vieillis, plus tu réalises que c’est ça qui se passe. C’est une game

J : …tout le monde joue le satisfait.

T’es un motherfucka’ / J’suis un mama lova’

En quatre ans, les deux gars ont bien évolué, se laissant un peu plus aller dans leurs textes, se décoinçant un peu d’un cadre trop rigide : «Je crois qu’on est moins perfectionnistes qu’avant. On était plus techniques et on cherchait vraiment la perfection à faire rimer les mots. On faisait des multi-syllabiques!», raconte David Beaudin-Kerr, alias Jam ou Jamai, si vous suivez attentivement les Word Up! Battles (« Honnêtement, Jamaï, il est définitivement dans le top 5, même 3, des Word Up!», dira P.Dox de son ami.). «Ça disait pas grand chose, mais ça rimait de partout! C’était très carré et avec le temps, on s’est laissés aller un peu plus à la spontanéité.»

P : J’me prends moins la tête techniquement. Ce qu’on fait, on le fait bien, je crois. On a changé notre approche. J’ai beaucoup de difficulté, maintenant, à écrire un verse, sans sujet de départ. Avant, c’était l’inverse!

J : la ligne directrice, c’était…

P : …moi, comment je suis vrai.

J : …ou la langue française! Moi, j’commençais tous mes verses par «Yo»!

P : Il avait un accent!

J : On avait tout ce qu’il fallait pour former un groupe…

P : … de rap québécois.

J : Il manquait juste un gars avec une voix rauque!

P : …préférablement maghrébin.

J : On aurait pu avoir du succès.

J’ferai pas d’efforts pour trouver mon chemin dans un bac d’objets perdus

Après avoir offert un prélude de leur nouvelle création sur le Web – Souriez un peu –, le duo Jam & P.Dox se lance officiellement dans l’arène, à grands coups de couplets assassins teintés d’humour sarcastique et de beats langoureux. «On oscille entre sérieux et drôle, mais même quand on aborde un sujet sérieux, c’est par l’entremise de l’humour. J’aime pas tellement arriver avec une trame dramatique. Il y en a beaucoup déjà qui font ça. Il y en a assez et je pense que le monde a besoin d’entendre autre chose», raconte Jam.

Et cette autre chose, c’est un peu ce que l’on retrouve sur Souriez on vous regarde : des réflexions humoristiques sur le quotidien («Kek’chose de gros»), de l’autodérision («J’check du porn», «La craque»), un brin de critique envers tous ceux qui suivent la parade («Souriez») et peut-être même le monde du rap québécois… «Ici, le rap est très introspectif «j’suis triste, ma vie ça va pas bien». Nous, ça ne nous représente pas.», explique Patrice Daigneault, alias P.Dox. «Le ciel est gris, mais il ne l’est pas tout le temps. Des fois, il fait beau. J’ai le goût que le monde rit en écoutant notre album, que les gens aient une bonne vibe. Si c’est juste au premier degré et que tu trouves ça drôle, c’est correct. Et si ça te fait penser, c’est cool aussi. On aime bien l’absurde, de plus en plus.»

Ce petit côté absurde qui se retrouve autant dans leurs chansons que dans leurs conversations au quotidien, Jam & P.Dox en ont fait leur figure de proue, sachant pertinemment que cet angle pourra leur attirer des critiques défavorables des purs et durs du monde du hip hop. « Il y a une couple de curés dans la scène québécoise qui pointent du doigt quand tu ne te comportes pas comme un bon rappeur selon la bible du rappeur québécois. J’ai l’impression que ça va commencer à nous arriver.», réfléchit Jam sans grande inquiétude, toutefois. Et P.Dox de renchérir : «Il y a du monde qui va nous dire qu’on est des humoristes, qu’on prend pas ça au sérieux. Ils vont y voir de l’opportunisme parce que c’est plus accessible, mais on n’a pas l’ambition de prendre la planète d’assaut avec notre rap. On le fait pour le fun et parce qu’on aime ça. C’est du soft rap de sous-sol émergent et c’est un peu comme ça que ça a commencé, Jam et P.Dox.»

De Greenfield Park à Montréal, entre un album de K6A et des Word Up!, Jam et P.Dox se creusent une place méritée dans le monde du hip hop québécois, sans compromis de genre, ni de style, et toujours en invitant le sarcasme ou l’absurde au rendez-vous.

Le lancement de Souriez on vous regarde aura lieu au Quai des Brumes, le lundi 6 février, en formule 5 à 7. C’est gratisse, gang. L’album sera disponible dès le 7 février, chez votre disquaire indépendant favori.

SouriezOnVousRegarde.com

Crédit photo/montage : 7D

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