BangBang : bangbangblog.com

Mon chat s'appelle Paul Sarrasin

Inspirations, expirations et autres conseils d’écriture

Patrick Dion
21 avril 2012

Vous allez m’aimer, je ne parlerai ni de grève étudiante, ni du Jour de la Terre, ni de Geneviève Sabourin.

-      Qui?

-      Ouain c’est ça.

Non, je vais faire changement et je vais parler de moi.

-      Pas encore Dion, tu fais juste ça parler de ton nombril.

-      Ouais mais c’est pas pour parler de moi directement, c’est pour faire diversion. Un peu comme le gouvernement Charest qui se lance subitement dans l’attaque à la corruption dans le domaine de la construction en faisant arrêter Accurso. Ça l’empêche de parler de la merde dans laquelle lui et sa minus de l’éducation pataugent.

-      Heille, t’avais promis de ne pas parler de grève étudiante.

-      C’est ça que je dis, diversion…

Certains d’entre vous savez que je travaille six mois par année dans le fabuleux monde de la télévision. Ne vous inquiétez pas, je ne vous entretiendrai pas sur les émissions qui tapissent notre petit écran. Comme le cordonnier qui porte des sabots de Denver (han, de kessé?), j’écoute très peu de télévision. De toute façon, il y a peu à dire sur notre paysage télévisuel à part tellement et ronflant. Mais qui suis-je pour juger, l’offre semble faire le bonheur de millions de téléspectateurs : l’offre est a-c-c-e-p-t-é-e. C’est certainement moi qui suis dans le champ. Ça se pourrait, ça a l’air que même l’amour est maintenant dans le pré…

Le plus gros avantage de travailler en télé, c’est que ça me permet de bosser comme un cinglé durant six mois et d’être en congé l’autre moitié de l’année. Je dis congé mais j’utilise ce temps libre pour faire ce qui me plaît le plus au monde : me pogner le cul. Ben non, je vous niaise. J’ai de la difficulté à rester en place plus de deux jours, imaginez six mois. Cette période de repos me permet de me lancer dans tout  plein de projets qui ne me rapportent pas une crisse de cenne. J’ai une vie simple, j’aime les après-midis ensoleillés, mon pain, mon vin, mon Boursin. L’argent que je gagne en télé m’aide à subsister jusqu’à la saison nouvelle. C’est la fourmi qui serait fière de moi.

L’un de ces projets est l’écriture de mon deuxième roman. Je dis écriture mais je devrais plutôt parler de réécriture. De troisième réécriture… Troisième? Ben oui, trois. Je suis parfois d’un ridicule. Je vous explique pourquoi. Ma façon de procéder en écriture est simple. J’y vais d’un premier jet, sans regarder en arrière, en utilisant les mots et les expressions les plus simples, sans tenter d’épater la galerie. J’y vais spontanément. Le résultat est toujours affreux. Vraiment. Je n’ai jamais voulu faire lire un premier jet à qui que ce soit. Parlez-en à mon ex qui venait fouiner par-dessus mon épaule. Ça me mettait en furie. Une fois le brouillon terminé, je reviens au début du texte et commence la réécriture. À mon avis, c’est ici que débute la réelle écriture, celle qui fait suer sang et eau, celle qui fait jouir et jurer, celle qui fait qu’on se dépasse ou qu’on se sente dépassé, celle qui nous fait aussi parfois abandonner. Cet exercice nous confronte à couper les meilleurs bouts (qui n’ont souvent aucun rapport avec l’histoire), à extirper le jus du dictionnaire des synonymes et à calculer l’importance de chaque virgule.

Pour ce roman-ci et contrairement à ce que j’avais fait pour Fol allié, j’avais tout réécrit au passé simple à la deuxième écriture. Je voulais leur montrer que je savais écrire. Mais quand j’ai apposé le point final, j’ai détesté le résultat. C’est au premier chapitre que j’aurais dû m’en rendre compte, je sais. Je dois donc maintenant tout réécrire au présent. La deuxième version étant à des années-lumières de la première, il m’est impossible de retravailler celle-ci. Tout ce trouble pour prouver à mes détracteurs que j’ai du talent. Je l’ai dit, je suis un con.

Ce que j’essaie de démontrer, c’est que malgré la croyance populaire, l’acte d’écriture est un réel travail. On fantasme tous de pondre un chef d’œuvre sous l’impulsion de l’inspiration. Mais ça n’arrive jamais. En tout cas, je ne connais personne à qui c’est arrivé, mort ou vivant. C’est vrai qu’un mort, ça écrit pas fort. Comme le comptable qui se rend au bureau à chaque matin (mais en crissement plus le fun), j’envisage mes projets de romans comme un boulot de neuf à cinq : me lever, déjeuner, m’assoir à mon ordinateur, ouvrir mon document Word et commencer à tapocher sur mon clavier. Y a pas de recette secrète, si tu veux écrire dans la vie, faut que tu t’assois pis que tu le fasses. Évidemment, ça prend une discipline d’enfer. Les raisons pour ne pas écrire sont toutes aussi nombreuses que celles qui nous poussent à devenir écrivain. Tiens, justement, avant de m’y mettre ce matin, j’hésitais entre mettre la main à la pâte ou aller sur Facebook, sur Twitter, jouer une partie de Draw Something, faire la vaisselle, le lavage, passer le balai, vider la litière du chat, brasser le compost, couper mes ongles, enlever les mousses entre mes orteils, colorier mes sourcils, poser du gyproc, écouter l’album de Nicole Croisille, m’épiler la poche. N’importe quoi sauf écrire. Puis je me suis rappelé que j’avais cette chronique à rédiger. Tsé quand l’écriture nuit à l’écriture!

Pas encore de commentaire.

CHRONIQUES

Le petit tavernier
Sunny Duval
Le Bureau
Mon chat s'appelle Paul Sarrasin
Patrick Dion
Tirer une conclusion puis sa révérence
Tout le monde est ego
Guillaume Déziel
Psy & Gangnam Style : l’attitude Creative Commons ?
Mon chat s'appelle Paul Sarrasin
Patrick Dion
Le creux des vagues, une chronique psychiatrique