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L'abominable homme des cons

Impatience dans le trop plein

Simon Jodoin
20 juillet 2011

J’aimerais vous dire que je me suis ennuyé.

Avant de partir, un collègue au bureau doutait de mes capacités à tenir le coup débranché de toutes mes cossins. Il faut dire qu’ici, au bureau, j’ai un peu l’air d’avoir le téléphone greffé dans la main. Certains s’inquiètent pour ma santé. Mais bon, mon collègue, il doutait, donc.

- Tu pars en vacances Simon? De toute façon, tu ne seras jamais très loin hein? On te lira sur twitter!

- Es-tu malade? J’ai loué une maison sans wi-fi dans le Gard. Pas de téléphone, rien.

C’était à moitié vrai. Avant de me réfugier en campagne, j’étais une semaine à Paris. Là, j’avais du réseau. Et ensuite, j’étais à Lausanne. Là aussi, j’avais du réseau.

Du réseau, oui… Mais pas envie.  On oublie souvent cet aspect, il ne suffit pas d’être branché pour communiquer, il faut aussi le vouloir.

Peu de courrier en vacances donc. J’étais débranché. J’ai écrit à quelques reprises simplement pour organiser des activités, notamment à un gentleman qui loue des ânes pour la randonnée dans les environs d’Uzès. J’adore me balader avec un âne. La petite s’installe dessus et secrètement, au gré de la garrigue, je m’imagine comme un Don Quichotte avec les moulins en moins.

- Vous allez voir monsieur, c’est très simple. Il faut simplement savoir que s’il s’arrête et s’obstine, un âne se pousse, mais ne se tire pas.

- Ah. C’est un peu comme les médias sociaux quoi.

Il ne m’a pas répondu. J’adore lorsqu’un paysan loin de chez moi ne répond pas à mes blagues sur les médias sociaux.

- Vous n’avez pas envie de devenir stratège web 2.0 vous monsieur? Vous seriez parfait.

- Hum. Enfin. Je dois m’occuper de mes ânes. Et il y a l’huile d’olive aussi.

De l’huile et des ânes. Mon dieu. Faites que ces vacances ne se terminent jamais.

Signe des temps, et probablement de mon absence numérique temporaire, j’ai aussi reçu un courriel d’un collègue qui m’invitait à le joindre sur google+. Ataboy! Une nouvelle plateforme! Pour le con multiplateforme que je suis, ça m’est apparu comme un cadeau du ciel… Enfin, un cadeau de google, mais ça revient au même. J’ai accepté silencieusement. Silencieusement car bien franchement, au bord de la piscine, occupée à l’ontologie du Sancerre, je n’avais pas grand-chose à dire.

Je sais, j’aurais pu écrire à toute la planète « ce soir, je bois un Sancerre au bord de la piscine ». Ça aurait fait de moi un faiseur de tendance et qui sait, à force, j’aurais sans doute publié ma biographie en temps réel.

Bon bon bon. J’ai donc attendu mon retour à la maison. Et même un peu plus longtemps. Je viens tout juste de comprendre que je dois maintenant y refaire une collection « d’amis ». Moi, je ne prends pas de chance. Je mets tout le monde dans la catégorie « amis ». C’est plus court et ça me fait bien rigoler de me payer la tête du robot Google. Il doit penser que ce type à 2465 amis et il doit se dire que ça va foutrement bien dans le monde par les temps qui courent. Rien à voir avec ce qu’il peut trouver dans Google Actualité. J’aime entretenir l’espoir des robots.

Je sais, vous êtes nombreux à attendre le web sémantique. Mais j’ai de bien mauvaises nouvelles pour vous. On en est encore loin. Les robots, malgré toutes les balises que vous pouvez imaginer pour leur parler, se foutent de la sémantique. La preuve? Google+ ne cesse de me proposer Michelle Blanc comme contact.

Merde… Tout ce référencement qui ne signifie rien! C’est bien pour dire… Si Google ne comprend pas Google, ce n’est pas demain la veille que vous pourrez jouer aux herméneutes avec votre téléphone intelligent.

Ce n’est écrit dans aucun livre d’histoire, mais on raconte qu’un jour un robot à proposé à Hubert Reeves d’entamer un dialogue avec JoJo Savard. Étonné, le savant astrophysicien s’est exclamé : « mais quel rapport ais-je donc avec cette bonnefemme!?! »

- J’ai trouvé le mot planète dans vos biographies, répondit le robot.

La suite de l’histoire demeure nébuleuse. Certains racontent que, peu après, Reeves aurait songé à écrire la suite de son célèbre Patience dans l’azur. Il l’aurait intitulé Impatience dans le trop plein. Mais ce ne sont que des racontars.

Des fois, je rêve… L’année prochaine, fuck l’âne, je me loue un robot…

2 commentaires
  • Ed.
    21 juillet 2011

    C’est vrai, tu n’as pas écrit « ce soir, je bois un Sancerre au bord de la piscine ». Non. Mais j’ai surpris ton tweet (ou ton statut, on s’en crisse) « c’est l’heure de l’apéro » ou quelque chose du genre avec une photo d’une canette de bière sur une terrasse européenne. Je m’en souviens car j’étais suffisamment lendemain de brosse pour aller vomir tout d’suite après.

    Bon retour, ô con !

  • Simon Jodoin
    21 juillet 2011

    Tu brises la magie Ed.

    S.

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