BangBang : bangbangblog.com

Reportages et entrevues

Humanifesto : Refus global

Humanifesto : Refus global

Marc-André Savard
9 juillet 2010

Peu après ses premiers balbutiements, le punk a pris deux directions; la voie de tous les excès qui grille les neurones et celle qui, au contraire, tente d’éveiller la conscience collective sur des enjeux sociaux. La ligne demeure tout de même floue et beaucoup d’adeptes de cette dernière école, plus intellectuelle, gardent un petit penchant «je-déconne-pis-je-fais-du-karaoké-ben-chaud». On l’a constaté en jasant avec les gars de Humanifesto – l’un des bands punks les plus politisés de la Métropole — deux semaines avant le lancement de leur second album, The Infamous.

L’histoire débute il y a 8 ans, par une belle soirée, lors d’un Battle of the bands; Deux «adversaires», Phil et Franck, se découvrent un intérêt commun pour des groupes politisés comme Propagandhi, Rise Against et Bad Religion. Peu de temps après, Phil (voix/basse) et Franck (guitare/voix) forment Humanifesto avec un batteur, Rich (qui s’est ensuite fait voir chez les Sainte Catherines). En trio, Humanifesto lance son premier album en 2005, A Declaration Of Intent; un brûlot sur lequel les gars en ont long à dire sur ce qui roule tout croche en ce bas monde.

Chaise musicale en hula hoop…

Malgré de sombres constats, Humanifesto recherche le plaisir avant tout…surtout quand il se pointe de façon imprévue; «On a joué en première partie de Propagandhi l’an passé à guichets fermés. Pourtant, notre highlight en tant que band demeure un show à Hamilton où une partie de chaise musicale en hula hoop s’est organisé directement dans le pit!», rigole Franck. Il y a aussi cette fois où le groupe s’est amusé en studio à reprendre l’intégral de Fuck The Kids de NOFX (un 7’’ de 13 chansons). «On a même reproduit les erreurs! On a demandé la permission à Fat Mike si on pouvait endisquer notre version et y a tout de suite accepté parce qu’il aimait le résultat!». Seule différence : cette version s’appelle Don’t Eat Meat, car s’il y a une chose d’importante chez Humanifesto, c’est bien le droit de la viande… euh, des animaux. «Moi et Phil, on est végétalien, mais on n’impose pas nos idées aux autres. Au lieu de dire au monde quoi faire, on dit seulement ce qu’on voit…» Franck complète : «Tant qu’à écrire des chansons, aussi bien dire de quoi dedans. Même si on est un band politisé, on ne parle pas de ça tous les jours non plus. Quand ça fait dix ans que tu gueules les mêmes affaires et que personne n’écoute, tu décides de laisser aller un peu…» Dan, le second guitariste, poursuit : « Je n’aurais jamais entendu parler des Khmers rouges si Dead Kennedys n’en avait pas parlé. Si nos paroles poussent quelqu’un à s’informer sur un sujet, tant mieux, mais ce n’est pas notre premier but. »

Même si les paroles sont chargées de contenu, elles sont pourtant secondaires chez Humanifesto. La musique prévaut et Phil écrit souvent ses paroles à la dernière minute. «On a déjà composé une chanson juste avant de monter sur scène…on a aussi déjà ajouté une nouvelle chanson au setlist que notre nouveau guitariste ne connaissait pas…et sans lui dire! Il s’en est rendu compte au moment de la jouer et il a pas eu le choix de suivre!» Comme si ce n’était pas assez, le titre du nouvel album et de toutes les chansons qui s’y trouvent sont des anagrammes du nom du groupe (oui, oui! vérifie!) «Cet album était, au départ, juste une niaiserie. On était sur un générateur d’anagrammes en ligne et on a trouvé plein de bons titres de chansons. On a ensuite écrit les textes en fonction de ça et ça a donné un album complet!», de dire Phil.

Couper le Canal famille…

Devant une formation politisée à l’os comme Humanifesto, plusieurs ont le réflexe d’analyser leurs faits et gestes pour montrer qu’ils ne sont pas plus catholiques que l’Pape. C’est vrai que le groupe dénonce l’exploitation de notre planète, mais il a aussi brûlé plusieurs litres de gazoline lors de leur première tournée dans l’est du pays et a sorti quelques cds et vinyles (qui sont, rappelons-le, fait à partir de gros méchant pétrole visqueux). Questionné sur l’empreinte écologique du band, Franck y va d’un coup de théâtre. «Je me suis fait vasectomiser à 27 ans….» Attends, le lien arrive : «Dès sa naissance, un être humain produit en moyenne 4.5 livres de déchet par jour. Alors, le seul fait de donner naissance à un enfant est tellement pire que de sortir des disques! Je ne voulais pas participer à ça et juste vivre ma vie du mieux que je peux…c’est pour ça que j’ai fait affaire avec une sommité dans le domaine et que j’ai fait vérifier par trois fois si l’opération était un succès. J’aurais le goût de donner une claque en arrière de la tête à tous les écologistes qui ont des enfants!» Assez radicale comme démarche, mais Franck en fait part avec un sourire… une chance!

Au moment de notre entretien, il s’apprêtait  à monter sur la scène du pub l’Étranger pour faire… un numéro d’humour! «J’étais défoncé à la fête du Canada à chanter avec l’humoriste Dan Derkson dans un bar karaoké quand il m’a dit que je devais absolument faire sa première partie ce soir. J’ai accepté…mais j’ai jamais fait ça!» Ceux qui doutent de l’intégrité des bands punks politisés peuvent ben s’la fermer : Franck respecte sa parole de gars chaud, tsé!

Lancement de The Infamous de Humanifesto à l’Absynthe, le 24 juillet 2010.

myspace.com/humanifesto

2 commentaires
  • Punk Rod
    9 juillet 2010

    Rich ne fait plus partie des sainte catherines depuis un bon boutte…

  • André Péloquin
    12 juillet 2010

    C’est corrigé. Merci!