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Reportages et entrevues

Francis d’Octobre : dompter sa bête

Francis d’Octobre : dompter sa bête

Julie Ledoux
8 janvier 2010

Après de nombreuses collaborations, accompagnements, réalisations, et autres tournées avec des artistes de renom du Québec, c’est (enfin) au tour de Francis d’Octobre (dit Francis Roberge) de livrer son premier opus, Ma bête fragile. Rencontre avec un passionné de musique, un amoureux de la vie et des rythmes qui tente de dompter sa bête pour en tirer le meilleur.

Un long parcours

Studios La Traque : lieu de création et de résidence musicale de Francis d’Octobre et moult artistes (Misteur Valaire, La Patère Rose et j’en passe). L’atmosphère de travail intense des derniers jours laisse transparaître la fébrilité pré-lancement. Pourtant, l’artiste aux accents automnaux ne s’en soucie pas plus qu’il ne le faut puisque le moment est venu de faire sa place : « Là, ça commençait à m’travailler. J’ai fait pas mal ma run de lait au Québec. J’avais encore du fun à le faire parce qu’à chaque projet, c’est une nouvelle aventure, mais là je sentais que j’avais le goût de le faire avec mon projet c’te run de lait-là. »

Ce garçon n’est pas un nouveau venu sur la scène musicale locale. Après avoir démarré au sein des Vilebrequins Gourmands puis collaboré avec Alfa Roccoco, les Tireux d’roches, Brigitte St-Aubin (à la réalisation), et Catherine Major, l’automne se libère du carcan de «musicien accompagnateur» pour prendre la place qui lui revient : auteur-compositeur-interprète.

Ce n’est pourtant pas d’hier que Francis d’Octobre crée son propre matériel : «J’ai tout le temps travaillé mes tounes. Ma démarche, même à 15-16 ans, était déjà claire, en fait. Ça a toujours été naturel parce que ça a toujours été une façon de m’exprimer, ça a toujours été présent en moi. Avec Catherine Major, au début, on faisait de mes tounes puis de ses tounes; on en faisait un peu en duo […] J’étais toujours un peu à cheval entre « accompagner le monde » puis, « Hey, moi aussi j’ai mes affaires ». C’était le temps qui me manquait, mais en même temps, je n’m’emmerdais pas, c’était cool. »

Amitié, complicité, confiance

Fort d’études en percussions latines, Francis d’Octobre récupère ses apprentissages sur quelques-unes de ses pièces où une variété impressionnante d’instruments se retrouvent (des castagnettes sur « La Pieuvre et le tigre », des bouts de bois et du bol tibétain sur la pièce titre, etc.). Accompagné de son complice de toujours, Dom Hamel – ex-Gatineau et demi-Orange -, il enregistre un album dont il souhaitait être entièrement satisfait, sans condition : « J’aime mieux travailler avec des gens en qui j’ai vraiment confiance, qui me connaissent bien. […] Je me lasse un peu de mes vieilles affaires, je tripe tout le temps sur mes nouvelles tounes. Je pense que j’aurais peut-être pu faire un album avant celui-là. […] Mais quand c’est quelque chose de nouveau, c’est comme si tu faisais connaissance avec quelqu’un pour la première fois. C’est une découverte. Si tu donnes le maximum, c’est vraiment à cœur ouvert que ça se passe. Il faut juste enlever les vieux réflexes de protection qu’on a parfois. Il faut vraiment s’abandonner. […] J’ai fait un condensé. Je voulais être 100% satisfait, et que ce soit le meilleur de ce que je peux donner. » De jolies sonorités aux accents parfois folk ou pop, aux allusions rythmiques latines, et des paroles toujours bien senties et rendues avec fragilité et fierté.

Souhaitant s’entourer d’amis qu’il respecte, avec lesquels la chimie est indéniable (créatrice, musicale ou autre), Francis d’Octobre dompte la bête qu’il a en lui pour arriver à un produit « à mi-chemin entre la fragilité et la robustesse ». Impossible de mentir ou de tourner autour du pot, entre amis : « Dominique, ça fait longtemps que je le connais. Travailler avec lui, c’était naturel. C’était même le gars idéal parce qu’il pouvait me dire les vraies affaires. Y’avait vraiment pas de tabous et j’avais pleinement confiance en lui. C’est un p’tit génie à sa façon. »

Cette relation « vraie » laisse présager des prestations qui le seront tout autant. Nerveux d’entrer dans l’arène en tant que tête d’affiche? Il faut croire que non : « Pour l’instant, je ne le suis pas trop parce qu’on monte les tounes et on a vraiment du fun. Ça va être cool, je sais ce que c’est, je suis déjà passé par toutes ces étapes-là avec d’autres artistes. Je sais le travail qu’il reste à faire. Les défis qui m’attendent sont énormes. C’est cool parce que je le sais déjà d’avance. »

Une arme à double tranchant

Il ne le crie pas trop fort mais il y eut un autre concours avant le Festival de la chanson de Granby en 2007 qui lui-même précédait la finale des Francouvertes en 2009 : « J’ai fait « Ma Première Place des Arts », v’là ben longtemps, mais j’le dis pas parce que j’ai vraiment eu l’impression de m’être crissé le pied dans une grosse flaque de bouette. »

Ainsi, avant d’être Francis d’Octobre et malgré une participation fructueuse à deux autres festivals-concours, Francis Roberge amorce dès lors une réflexion sur ces « compétitions » musicales : « J’essayais de me faire croire que ça ne m’affectait pas d’être dans une pseudo-compétition-non-avouée. Les concours, il faut y faire attention, c’est une lame à double tranchant : c’est une belle vitrine, mais c’est un contexte un peu inventé de toutes pièces. Ce n’est pas un contexte naturel. Ça prend du monde fort sur un stage, ça prend vraiment des bêtes de scène; c’est ceux-là qui s’en sortent le mieux. Je trouve que la démarche artistique de certains artistes est plus complexe que ça, plus subtile que ça. Ce sont des univers; il y en a qui sont plus fragiles. C’est vraiment une question de scène, surtout. […] Pour certains artistes, ça peut moins bien servir et il y en a qui peuvent justement ne pas être appréciés à leur juste valeur. »

Vers l’infini et plus loin encore…

Sans viser à tout prix le succès immédiat hors Québec, Francis d’Octobre caresse tout de même le souhait de faire un saut en France, où il a déjà tourné avec les Tireux d’roches et Catherine Major. Une distribution française pour 2010? Qui sait! Le désir est là et la volonté aussi : « J’aimerais ça! Je tiens à ce que l’album soit distribué en France le plus vite possible. On est pas mal tous enlignés là-dessus [dans l’équipe]. Je pense que l’approche avec la France est différente aujourd’hui, c’est un p’tit travail de fond qui faut que tu fasses. Tu vas là plusieurs fois, tu fais ton p’tit réseau, low profile. Même travail qu’ici, finalement. C’est sûr qu’attaquer deux fronts en même temps, c’est beaucoup de boulot, mais j’aimerais ça qu’il soit distribué cette année. Tant qu’à l’avoir, l’album, il est là, il est fait! »

francisdoctobre.com

Francis d’Octobre lancera Ma bête fragile le 19 janvier 2010 à l’Ex-Centris. Il participera à l’Emershow en compagnie de Yann Perreau, le 28 janvier, sur les ondes de Sirius. Il sera en spectacle un peu partout au Québec cet hiver et ce printemps pour étirer sa run de lait.

Photo: Yannick Grandmont

Un commentaire
  • Sophie Laforest
    8 janvier 2010

    Chouette billet Julie ! Je tendrai l’oreille lors de son passage à Trois-Rivières… le 23 février au Gambrinus :)

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