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Reportages et entrevues

Finntroll : Tempête sur drakkar

Finntroll : Tempête sur drakkar

BangBang
18 novembre 2013

Texte : Max Clark

Photo : Adam Clark

La nuit était glaciale, nous marchions rapidement, la tête basse sous notre capuchon. Quand nous y avons mis les pieds, le Mavericks était déjà survolté. Nous sommes arrivés juste à temps pour assister aux deux ou trois dernières offrandes du groupe folk-metal estonien Metsatoll qui, à sentir l’obscure énergie qui emplissait déjà l’espace, semblait avoir mis la table de bien belle façon.

Ensuite vinrent les montréalais de Blackguard avec leur mélange de black et de death, coagulé par la puissance tranquille d’un orgue baroque (malheureusement préenregistré). Ils étaient « drettes », rapides et agressifs. C’était tout ce qu’on attendait d’eux. Le chanteur, omniprésent sur la scène, avait la gueule typique d’un pouilleux propre. Les muscles saillants, les cheveux longs mais bien taillées, il se démenait sourire aux lèvres en rabattant les mains des groupies aux cheveux colorés et aux ongles noircis qui s’accrochaient à sa veste pare balles. Décidément, et pour une incroyablement rare fois, la foule ottavienne avait envie de s’éclater et à date, elle était bien servie.

Cette foule était compacte, frénétique, gueularde. Après une vingtaine de minutes d’attente, elle en avait assez, elle était venue pour voir des trolls et elle les réclamait. Soudain, une grosse main poilue se pose sur mon épaule. Pendant quatre secondes, je fige, terrorisé à l’idée de me retrouver face à face avec une de ces affreuses créatures nocturnes. D’un geste sec, je me retourne, prêt à plonger mes ongles dans ses grands yeux noirs…la grosse face du gars de la sécurité me rassure. Il m’intime aimablement de faire place : ce soir, les trolls arriveront par derrière. Ils se sont avancés, visages barbouillés, oreilles pointues, cheveux longs, sales et grimaçants, encore mieux qu’on ne les avait imaginés.

Parvenus jusqu’à nous depuis les profondeurs des montagnes finnoises, les gars de Finntroll pétaient le feu. Cette fois, le pianiste était sur scène et il entama la prestation d’une polka gaillarde et plutôt souriante, jusqu’à ce que déchiré par le long hurlement de Vreth qui, plié en deux, venait de déclencher la tempête. Les cinq musiciens autour de lui se déchaînent et nous éblouissent de leur démoniaque talent. Ils se sourient, se nourrissent l’un l’autre dans un torrent mélodique d’une intensité assourdissante. Transcendé, je suis retranché derrière un coussin de spectateurs qui protègent ma carcasse du puissant mosh pit qui s’est levé devant la scène. J’adore voir ces têtes et ces poings levés tourbillonner, s’entrechoquer dans une âpre danse sauvage, mais mon vieux corps ne supporte plus leurs assauts. Quand ils entament tous ensemble leurs chants gutturaux, le vent se calme et oscille au rythme de ces graves ritournelles digne de l’âge d’or de la Moria. De douces ballades celtiques les accompagnent. Les chopes se heurtent, la cervoise gicle et les rires sont gras.

Au détour d’un regard, je remarque l’un des guitaristes dont le jeune visage tranche avec les faces barbues de ses acolytes. Et puis je réalise que je ne vois Skrymer nulle part. Le barbare à la « Les Paul » et âme ténébreuse à l’origine de leur univers visuel déjanté pourrait-il avoir quitté la meute? Vreth répondra à ma question en présentant le petit. Il a accepté de remplacer Skrymer au pied levé quand ce dernier s’est vu refusé le visa nécessaire pour sa traversée de l’océan. Il a appris les dix-sept chansons de leur set de ce soir en moins d’une semaine. Casque berzerk bien bas à ce prodige qui nous les livre comme si elles étaient siennes.

Presque deux heures plus tard, la dernière note. Un grand merci d’outre-tombe et c’est fini. Les trolls repartent comme ils étaient venus et nous replongeons dans l’aridité de cette nuit de novembre, le cœur en kermesse et les tympans en miettes.

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