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Mon chat s'appelle Paul SarrasinIl y a quelque chose qui me déplaît dans l’expression Faire le point. Une sorte d’immuabilité, une finalité qui nargue notre impuissance face aux tournures de la vie. Le point, petit trou noir à la fin d’une phrase qui nous aspire vers l’avant. À quoi ça sert de regarder vers l’arrière si on ne peut pas changer le passé? J’ai souvent essayé. Je me suis toujours planté. Maintenant, je n’aime plus me caraméliser dans la nostalgie. Quand je marche, j’essaie de ne pas regarder derrière. Ça m’empêche de rentrer dans les murs de ma vie. La nostalgie est l’ennemi de la résilience. Malgré tout, à chaque hiver qui débute et qui amène son lot de pluie, de tourtière et de top 10, on fait une pause. On fait le point sur l’année qui s’achève, on tourne la page sur le passé, on regarde en arrière en se demandant ce qu’on aurait pu faire différemment pour être meilleur, plus heureux. On se gonfle de fierté devant ses bons coups et on ravale sa honte quand on n’a pas su fermer sa gueule. La poussière de l’année tombe et j’examine les cendres qui soufflent en rafales dans ma tête. 2011 goûte gris. Quand ta vie bascule en même temps que l’année prend fin, faire le point devient inévitable ; sur moi, sur les autres, sur où je suis rendu, sur qui je suis devenu, sur ce que j’ai appris et vers quoi je me dirige. Je me rappelle des chansons qui ont bercé mes journées nuageuses, je me remémore les mots qui ont inspiré mes nuits de réflexion. Une chance qu’il y a l’art. Où serait ma vie sans musique? Sans littérature? Les années apportent leur lot de nouveautés. Les groupes se suivent et se ressemblent. Mais où est donc passée la création? On prend des recettes éprouvées et on les met dans le blender du marketing. Everything is a remix, semble-t-il. Il y a tellement de nouveaux groupes qui éclosent qu’il est impossible d’en faire le tour. Maintenant que tout musicien peut se produire dans son sous-sol avec de l’équipement technologique abordable, la musique se vomit de façon exponentielle. La démocratisation de la musique n’est pas bénéfique pour tout le monde. T’as beau avoir tous les instruments que tu peux posséder dans ton iMac, si le sens de la mélodie te manque, on est plusieurs à être perdants. Heureusement, il y a des groupes qui sortent du lot, qui osent des propositions différentes. Ceux qui auront accroché mes oreilles cette année sont Explosions in the sky avec leur album Take care, take care, take care, Mastodon avec The Hunter, un album que j’attendais avec beaucoup d’impatience mais qui m’aura quand même un peu laissé sur ma faim, Galaxie avec Tigre et diesel, un joyau de distorsion mélodique accrocheuse et finalement, Monogrenade avec Tantale, de loin l’album qui m’aura fait vivre les plus beaux moments de l’année avec ses envolées hypnotisantes et son sens parfait de l’émotion. La littérature n’est pas en reste. En fait, j’ose même avancer que l’année littéraire surclasse l’année musicale, rien qu’au Québec. Combien de fois me serais-je couché incomplet si ça n’avait été de l’heure que je passe à chaque soir à faire croustiller les pages d’un roman de mes contemporains? Une vingtaine de livres auraient aisément pu faire partie de ma liste coup de coeur. Mais faut toujours bien que je m’en tienne à moins de mille mots. Je triche en partant. Ma première découverte est sortie en 2010. Mais comme je ne l’ai découvert que cette année, je me permets une petite entorse. L’école des films de David Gilmour est ce genre de roman qui m’a donné envie de grimper au bras de mon fauteuil et d’applaudir à tout rompre. Cette histoire non banale d’un père qui éduque son fils décrocheur par le biais des films qui ont marqué sa vie m’a fait passer par toute la gamme des émotions. C’est peut-être mon côté paternel que j’ai vu là-dedans, allez savoir. Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps de Claudia Larochelle est un petit recueil de nouvelles qui nous transporte directement dans le cœur de ses héroïnes, là où le besoin d’aimer et d’être aimé crie plus fort que tout. C’est rempli de déchirure, d’espoir, de cris, de pleurs et d’euphorie, bref, c’est rempli d’amour. Encore une fois, je m’y suis peut-être trop retrouvé. Sophie Bienvenu n’a quant à elle pas seulement marqué la rentrée littéraire avec Et au pire on se mariera, elle aura aussi certainement marqué la littérature québécoise par son style d’écriture. Cette histoire, contée comme le témoignage d’une jeune adolescente, est tellement crédible qu’on a de la difficulté à imaginer qu’une femme adulte soit cachée derrière la rédaction de ces mots. Tout un coup de chapeau. C’est cru, ça jute, ça fait mal. C’est la vie. À ne pas lire si vous êtes enfoncés dans vos préjugés. Mais l’auteur qui m’aura le plus marqué cette année est sans contredit Matthieu Simard avec son cinquième roman, La tendresse attendra. Un roman d’amour comme peu d’écrivains savent en écrire. Pas ringard, pas nombriliste et pas guimauve pour deux cennes. L’histoire nous fait suivre les traces d’un écrivain qui veut devenir plombier pour prouver à sa blonde qu’il l’aime. Je rêve du jour où je pourrai écrire sur l’amour et la vie sans verser dans la mélasse comme Matthieu l’a fait (écrire, pas verser dans le mou, enfin vous comprenez). En fin de compte, qu’emporterai-je de l’autre côté de 2011 lorsque je plongerai dans la nouvelle année qui prendra sa première inspiration? Je pense garder à l’esprit que toute cette musique et toute cette littérature ne sont au fond qu’une grosse bouffée d’amour offerte par des artistes qui réussissent encore à faire vibrer notre collectivité défaillante. Quand plus rien ne tient, il y aura toujours l’art pour nous maintenir ensemble. Et je serai fier d’avoir aimé aussi. D’avoir aimé leurs œuvres, d’avoir aimé mes semblables, d’avoir aimé apprendre, d’avoir aimé évoluer, d’avoir aimé fermer ma gueule et écouter, d’avoir aimé mal, d’avoir aimé tout croche mais d’avoir aimé quand même. Parce que tout le reste n’a aucune importance.
Un commentaire
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Un article très réaliste et plein d’optimiste. Faire le point est tout de même nécessaire car c’est en vivant ce que l’on a vécu que l’on se projette dans le futur et qu’on vit le présent.