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Reportages et entrevues

Elle chaude, nous humides : Wanda Jackson au FEQ '11

Elle chaude, nous humides : Wanda Jackson au FEQ ’11

Sunny Duval
12 juillet 2011

Temps couvert et pluie intermédiaire, comme dit une copine, pour ma soirée au Festival d’été de Québec ce 10 juillet de l’an 11. Et bien ladite pluie n’a pas su faire ramollir les bananes des quelques rockabillys présents parmi la foule bigarrée venue écouter chanter gratuitement mademoiselle Wanda Jackson, au fameux Carré D’Youville.

Elle était toute belle et souriante lorsqu’elle est apparue sur l’énorme scène, elle qui semble ne mesurer qu’une douzaine de décimètres, mais dont l’expérience et la présence se mesurent en étages complets. Elle bouge doucement, agite les mains et dansouille avec beaucoup de charme; elle doit faire l’envie de toutes ses copines.

Un simple mouvement de la menotte tenant le micro et hop, son groupe sait que le morceau s’achève. Un groupe qui l’accompagne pour cette tournée, formé de plus ou moins jeunes vétérans de Nashville, très efficaces et droits, à la limite un peu trop sages à mon goût, mais bon, mademoiselle n’a pas besoin d’un orchestre sauvage, étant elle-même assagie et bien polie par les années, un joyau étincelant et majestueux. La performance épurée des musiciens lui va comme un gant. J’aurais aimé discerner les solis des guitaristes, mais sonorisation extérieure et sons des guitares pas nets ont rendu le tout moins concluant. Le pianiste, lui, a brillé, ouaaaa. Tout comme la grande Wanda, tout au fil de son répertoire choisi incluant pièces du dernier album, reprises (Elvis et Jerry Lee, et cette pauvre Amy Winehouse), et fiers succès («Fujiyama Mama», «Mean Mean Man», etc.), pour un spectacle bien huilé.

Quelle force tranquille elle est. Elle crie moins que jadis, bien sûr, mais quand elle laisse s’échapper sa voix rauque, quel bonheur. En tant que musicien, je peux témoigner du fait que les chansons sont un peu plus lentes que les versions originales, à peine en fait, et qu’elle a modifié et ralenti le débit pour accommoder son souffle vénérable. Par contre, les tonalités sont les mêmes, d’après moi, ou très proches. (Les chanteurs vieillissants qui criaient beaucoup et/ou chantaient très haut dans leur jeunesse baissent presque tous les tonalités de leurs morceaux, car leur registre aigu est fatigué.) Bref, le temps a bien peu touché cette voix unique et magnifique.

Elle parle beaucoup et longuement entre les morceaux, certains ont moins apprécié, mais le personnage est si généreux, et ses anecdotes comiques et savoureuses. Par contre, je me serais bien passé de celle où elle a raconté sa rencontre avec le Seigneur en 1971, avant d’entamer «I Saw The Light». Jesus and rock’n’roll don’t mix dans ma paroisse, love.

Un gros bémol, j’ai été horripilé par les affreuses, mais affreuses projections pseudo-futuristes aux couleurs criardes à se vomir dessus animées sur l’énorme toile au fond de la scène, probablement la pire pollution visuelle que j’aie vu en spectacle. Comme j’avais les yeux glués à la chanteuse, j’ai réussi à ne pas trop regarder l’arrière.

Et j’ai passé un très beau moment avec vous, Wanda. Enchanté!

La soirée s’est poursuivie à l’obligatoire restaurant Mexway, avec ses succulents tacos, avant un retour à la scène Loto-Q pour entendre un bout du spectacle de Tim Robbins and the Rogues Gallery Band. Monsieur Robbins est bon acteur, chanteur, il est toujours aussi beau sinon plus, mais son répertoire de chansons pro-digestion, bien que fort à propos dans mon cas, était bien peu intéressant. Une version fort peu inspirée de «Folsom Prison Blues», jumelée à un solo de guitare complètement générique, jumelé à une pluie insistante, m’a convaincu de quitter en direction du Cercle avec les sympathiques musiciens de Mlle Jackson, où chantait le supérieur Bloodshot Bill, ainsi que les plus-en-plus-bons Buddy McNeil and the Magic Mirrors. La disque-jockey MER s’est chargée de bien garder la foule sur la piste de danse jusqu’à la fermeture des pompes. Une autre soirée superbe, Québec.

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