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Chroniques Mon chat s'appelle Paul Sarrasin

Du timing et d’autres nécessités

Patrick Dion
23 mars 2012

Jeudi dernier, 9:30 du matin, métro Beaubien, direction boulot. Je me mêle de mes affaires, mou et nonchalant, l’œil cross-side d’un mercredi trop arrosé. J’entre dans un wagon peu bondé pour l’heure. Je tangue au rythme de la bête qui s’active sur la ligne orange et me dirige vers le fond du wagon, là où je m’adosse comme à l’habitude, désinvolte, hors de la portée des autres voyageurs. Je ne suis pas asocial, c’est juste que le monde me tombe sur les nerfs.

Le métro s’arrête à Rosemont et s’apprête à engloutir de nouveaux zombies matinaux. Je plonge dans l’univers des Black Keys, souvenir d’un mardi soir endiablé au Centre Bell. La guitare de Dan Auerbach vibre autant dans mes tympans que dans mes souvenirs. La tête en blues en La mineur, je colle mes fesses à la porte orangée qui sépare mon wagon de son confrère de queue (tsit tsit tsit). Les portes s’ouvrent, la foule grimpe à bord, les portes se referment, toudoudou, le métro embraye. Puis, un léger clic ! La porte sur laquelle je suis appuyé s’entrouvre. Mon corps bascule vers l’arrière, ma tête tourne de 180 degrés, mon imagination s’agite, mon cœur s’emballe, mes yeux paniqués voient défiler la voie et je me projette une scène digne d’un film américain, réduit en une bouillie difforme et sanguinolente par un train fou qui se crisse de moi autant que les autres passagers du métro. Je m’accroche à la poignée fuyante et la montée d’adrénaline me fait refermer la porte calmement. Le sang afflue dans mes membres en alerte et je dévisage la foule statique. Certains ont déjà porté leur attention sur un nouvel objet d’amusement alors que d’autres m’examinent en riant, comme si je venais d’effectuer mon meilleur numéro de cirque.

-       Ben voyons donc, ostie de câlice d’Allegria, j’ai failli tomber en bas d’un wagon de métro pis tout ce que vous trouvez à faire c’est de trouver ça drôle ?

Mon heure n’était pas venue. Il doit y avoir un dieu pour les imbéciles qui s’accotent le cul dans des portes d’objet en mouvement. Anyway, qu’est-ce que dieu a à voir là-dedans ? Ce n’est pas lui qui gère l’Univers, c’est le timing. Tout dans la vie est une question de timing. La mort, la vie, l’amour, la gloire, la postérité. Du timing plus une petite graine de chance, peut-être. Qui sait ce qui peut arriver au tournant d’une rue, au tournant d’une vie. On n’a pas ce qu’on mérite dans la vie. J’aime m’en rappeler, question de saisir quotidiennement à bras-le-corps cette existence fragile qui coule dans mes veines.

Combien d’amoureux ne se sont jamais rencontrés parce que tsé, la fille sur qui tu trippes est en couple et devient célibataire lorsque t’as finalement rencontré quelqu’un ? Combien d’étudiants peuvent prendre une grenade en pleine gueule parce qu’ils sont au mauvais endroit au mauvais moment ? Combien de ridicules maires d’Huntingdon restent plantés sur une autoroute alors qu’une petite bande d’irréductibles avec des couilles bloquent des ponts pour manifester leur désaccord sur un monde qui se contrecrisse de son prochain ? Le timing est le maître de ta vie. Dis-lui merci pour tout ce que tu as, pour tout ce que tu es.

+

J’en ai justement eu tout un timing hier soir, alors qu’une gentille ex-flamme m’invitait au spectacle de Mark Bérubé, musicien et chanteur originaire du Manitoba, élevé au Swaziland en Afrique, fils d’un Gaspésien et d’une Manitobaine et fier Montréalais depuis 2007. Ce parcours hétéroclite et haut en couleurs se ressent d’ailleurs incroyablement dans sa musique et ses chansons. Au premier abord, on pourrait parler d’inspiration très Patrick Watsonienne mais lorsqu’on s’y attarde un peu plus, on s’aperçoit qu’il n’en est rien. Accents rock, certes, mais également quelques touches de folk, de jazz, de musique latine et africaine même viennent parfumer l’univers de Bérubé. La voix de Mark, maîtrisée et touchante à la fois, m’a fait penser à celle de Rufus Wainwright, mais en moins fragile. Les harmonies, quant à elles, m’ont rappelé celles de Fleetwood Mac. Solide. Et malgré quelques petits pépins techniques et une certaine nervosité au tout début du spectacle, le piano et la voix de Bérubé accompagnés de la basse d’Amélie Mandeville, de la batterie de Tonio Morin Vargas et surtout du violoncelle de Kristina Koropecki, ont tôt fait de remplir le théâtre Outremont d’une présence et d’un groove contagieux. Comme je le disais hier à mon accompagnatrice, « They got me at cello. » Une belle découverte multi-saveurs, à l’image de Montréal la magnifique.

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