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Reportages et entrevues

Distroboto : 40 000 morceaux de robot

Distroboto : 40 000 morceaux de robot

Marc-André Savard
28 janvier 2011

Dans l’temps, quand tu mettais quelques dollars dans une machine distributrice de cigarettes à Montréal, t’étais pas surpris de voir tomber…un paquet de cigarettes. Sauf que depuis 2001, quand tu mets 2$ dans quelques-unes de ces machines qui ont survécu à la loi anti-tabac, tu te ramasses avec un petit livre, un disque ou un autre artéfact du milieu alternatif. Rien pour s’encrasser les poumons, mais tout pour s’en mettre pleins les yeux et les oreilles. Merci à l’organisme à but non lucratif Archive Montréal et à son projet Distroboto, qui fête ses 10 ans.

La maudite machine

C’est depuis les années 80 que des artistes remplissent des machines distributrices d’objets créatifs, mais c’est en 1997 que l’artiste américain Clark Whittington crée le Art-o-mat; la première machine distributrice de cigarettes «gavée» d’art. Une idée qui a immédiatement plu à Louis Rastelli, l’un des fondateurs d’Archive Montréal, qui était alors éditeur du magazine subversif Fish Piss.  «Vers la fin des années ’90, plusieurs librairies et magasins qui acceptaient de vendre des livres et des créations indépendantes ont fermé à Montréal, se rappelle Rastelli. J’étais frustré de voir tant d’artistes ne pas pouvoir distribuer leurs créations alors l’idée m’est venue d’implanter une première machine à la Casa Del Popolo puisque je connaissais le propriétaire.»

Sauf que ce premier «robot» vend cher sa peau. «À l’époque, il était encore permis de fumer dans les endroits publics alors une machine distributrice de cigarettes coûtait cher, explique Rastelli. J’ai payé 1000$ de ma poche pour ma première machine et j’ai investi plusieurs dizaines de milliers de dollars par la suite.» Malgré tout le potentiel du projet – il a été sacré «l’une des idées de l’année» par le New York Times dès sa création – Distroboto n’a reçu qu’une petite subvention du fédéral et rien du provincial en dix ans d’opération. «C’est entre autres parce qu’on distribue plusieurs formes d’art qu’on n’est éligible à aucun soutien, s’indigne Rastelli. Pourtant, c’est ça l’art : le mélange!»

En 2006, quand l’instigateur de Distroboto apprend que la loi anti-tabac sera adoptée, il saisit l’occasion d’acquérir ces machines qui prendront la direction des dépotoirs. «Dès le lendemain de l’adoption de cette loi, le gouvernement provincial a engagé une firme américaine à grands coups de millions pour s’assurer que toutes les machines seraient détruites. De cette façon, les propriétaires de bars et restaurants ne voudraient pas faire appel… C’était donc une course contre la montre pour moi pour acheter ces machines. La firme a même menacé de me mettre à l’amende parce que, selon elle, il était impossible de vendre autre chose que des cigarettes dans ces appareils. C’est vraiment ridicule que le gouvernement provincial ait investi des millions pour se débarrasser de ces machines, mais pas un seul sou en dix ans pour supporter un projet de relance!»

Armée de robots

Beaucoup de fonctionnaires semblent donc peu se soucier de ce qui remplit le bedon des Distrobotos, mais la situation est toute autre dans le milieu alternatif : depuis le début du projet, 40 000 objets ont été vendus et plus de 700 artistes ont collaboré. «Il y a des artistes, comme Ghislain Poirier, qui se sont servis de Roboto pour se faire connaître, précise Rastelli. D’autres, comme Red Mass, l’ont utilisé pour vendre des trucs à édition limitée exclusifs à Distroboto.»

On compte désormais une dizaine de Distrobotos au Québec, exclusivement sur l’île de Montréal pour l’instant, mais ce ne sont pas les projets d’expansion qui manquent. «Depuis quelques mois, on a deux machines en France et j’espère qu’un jour, il va y en avoir partout au Québec!»

Chez Archive Montréal, on semble investi d’une mission de distribution de la créativité indépendante, mais également de préservation; Un exemplaire de tout ce qui sort par les fentes des Distrobotos est conservé et on a même convaincu la Bibliothèque Nationale du Québec de faire de la place aux petits éditeurs et autres artistes de l’ombre (jusqu’à tout récemment, la Bibliothèque ne conservait pratiquement rien de ce qui se faisait en culture indépendante). «La société est encore dirigée par les baby-boomers, mais tout ça est appelé à changer!» s’exclame Rastelli. Oui, et un robot à la fois…

Gala du 10e anniversaire de Distroboto
Le 28 janvier 2011 à la Sala Rossa
Avec Shalabi Effect, Corpusse, Les Abdigradationnistes et Gambletron
21h, 10$
distroboto.com

Photo: Louis Rastelli
Un commentaire
  • Julinthesky
    30 janvier 2011

    À Amsterdam, elles distribuent du papier à rouler…