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Culture physique

Culture physique

Patrick Dion
25 octobre 2011

En philosophie, le mot culture désigne ce qui est différent de la nature, c’est-à-dire ce qui est de l’ordre de l’acquis et non de l’inné. En sociologie, la culture est définie comme « ce qui est commun à un groupe d’individus et comme ce qui le « soude ». « Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. ». Par abus de langage, on utilise souvent le mot « culture » pour désigner presque exclusivement l’offre de pratiques et de services culturels dans les sociétés modernes, et en particulier dans le domaine des arts et des lettres.ª

Si je sais lire et si je ne suis pas plus niaiseux qu’un autre, j’en déduis que la culture est ce qui caractérise une société, par ses valeurs, ses actions, et ses façons de penser et de s’exprimer. Outre la musique, les lettres ou les arts visuels, il existe une multitude de facettes à ce que l’homo modernus appelle la culture, qu’on y mette un grand C ou non. Personnellement, je préfère la culture avec un petit q mais ça, c’est une autre histoire.

Sans tomber dans la facilité – chose que je ne fais jamais, oh que non, pitchez-moi des roches si ça m’arrive, je ne parlerai pas sans la présence de mon avocat – et jaser de la culture de la betterave ou du rutabaga, je peux avancer qu’il existe autant de sorte de culture qu’il existe d’êtres humains. De la culture identitaire à la culture scientifique, de la culture historique à la culture physique, de celle des religions, des hommes, du voyage à celle du sport, la culture fait de nous ce que nous sommes, des êtres intelligents dotés de la possibilité de penser et de communiquer (ça a l’air plus difficile chez certains, j’avoue, mais qui suis-je pour regarder le chameau dans l’oeil du voisin?).

Justement, ma propre culture implique la vôtre, différente et pas épaisse pour autant. Comme une tondeuse ou un appendice, j’en ai une, vous en avez une, votre voisin en a une. Les humains ne pensent pas tous de la même façon et c’est très bien ainsi. Ça ne fait pas toujours notre bonheur, ça nous fait parfois grincer des dents, ça nous donne quelquefois envie d’aller planter nos tentes en Antarctique, sur la Lune ou dans la face du petit gros à lunettes qui niaise devant de nous au guichet automatique, mais on doit faire avec. De par sa nature divergente, la culture demande une ouverture sur le monde, elle demande que l’on sorte de nos zones de confort, qu’on élargisse nos esprits, qu’on contourne nos évidences. De façon intrinsèque, la Culture demande un effort.

Et il est là le bobo. La culture d’ouverture aux autres dérange. Menés par la peur de la différence et par celle de l’indifférence, craintifs de se voir ostracisés par ses pairs, on s’érige des barrières mentales, on se cloître dans nos petits conforts douillets, on envoie chier ceux qui ne suivent pas notre vérité, ceux qui ne se rallient pas derrière la pensée unique. Et là je m’esclaffe parce que j’en vois déjà quelques-uns lever leur index en l’air en criant « Non pas moi! », j’en entends d’autres scander leur ouverture haut et fort, affichant leur différence punk-rock-hipster-marginale-post-vingt-et-unième-siècle alors qu’ils ont le cul sagement assis dans leur routine métro-boulot-techno-show-dodo. À cent cinquante piastres la paire, les Doc Martens ne sont pas une preuve de différence.

Je vais peut-être péter votre balloune mais Jersey Shore ou Occupation Double, c’est aussi de la culture. Une grosse culture vide et molle et inutile (selon mes critères) mais de la culture quand même. Ces deux aberrations télévisuelles font partie de ce que nous sommes en tant que société. C’est pas le fun à savoir, c’est pas beau à voir mais c’est impossible à nier. Ça fait de nous un peuple qui aime le mou, le chaud et le confortable. Ça fait de nous un peuple dans la marde. La culture molle, c’est aussi de ne pas s’ouvrir à celle des autres.

L’essentiel de la culture, c’est qu’elle fasse grandir, que ça soit à travers deux notes, trois mots ou quatre coups de pédale. Ma culture fait partie de moi, que je parle de tricot, d’électro ou de vélo. Ce n’est pas parce qu’elle est différente de la vôtre qu’elle n’en est pas une. Elle existe indépendamment de vous, elle respire par elle seule, unique parce que moi je le suis. Mais elle est pourtant liée à la vôtre, comme la notion de mal serait impossible sans celle du bien.

Ma culture est basée sur les mots. Parce que c’est celle que je pense posséder le mieux. Enfin, des fois. Que je parle de cinéma, de littérature, de musique ou de vélo est accessoire. Entre les lignes, dans les silences, dans l’espace qui sépare le point de la majuscule, j’écris sur la vie et la mort, sur moi et les autres, sur le bout de chemin qu’on est pognés pour faire ensemble, avec nos croyances et nos visions, différentes et réconciliatrices. Avec toute la maladresse de l’écrivain que je brigue à être, j’essaie d’ouvrir vos yeux, vos esprits, vos cœurs à d’autres vérités. Avec toute la maladresse de l’écrivain que je brigue à être, j’essaie d’ouvrir les miens par la bande. J’espère changer vos vies, ma vie, comme un film de Jean-Marc Vallée, comme un livre de Marie-Sissi ou comme une pièce de Sigur Rós quand t’as mal partout dans ton corps. Des fois, je me plante. D’autres fois, moins. Mais apprendre fait aussi partie de la culture à laquelle j’aspire.

ª Source Wikipedia

Source photo : Dawn Endico via flickr

Un commentaire
  • William
    25 octobre 2011

    Et là, tu t’es planté.

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