BangBang : bangbangblog.com

Chroniques Mon chat s'appelle Paul Sarrasin

Créativité Web et préoccupations estudiantines

Patrick Dion
23 février 2012

Outre la grande liberté d’expression, c’est le fil inépuisable de créativité qui fait que j’aime tellement Internet. J’ai la chance de surfer toute la journée sur le web, que ce soit pour ma job, pour ma job ou pour ma job. Je me démarre le matin comme une vieille tondeuse à gaz, teuf teuf teuf, sauf que moi, je carbure au café. Puis j’y erre des heures durant, allant de surprise en surprise, de OH! en AH!, de vidéos de minous en commentaires de trolls sans cervelle. C’est si beau la virtualité.

Le Web a mis fin à la ségrégation des genres alternatifs, a foutu le pied au cul des cliques bien pensantes, a annihilé les produits culturels qui lavent plus beige que beige. On patauge de bonheur dans un monde où l’on n’a pas à croiser les mêmes faces over and over again. Le Web n’en a rien à cirer des diffuseurs frileux et des œuvres prémâchées, évaluées en comité de cravateux et vendues à la pièce aux publicitaires. On vit pauvres mais on vit heureux, dans l’espoir de lendemains d’opulence.

Screeeeeetch… Retour à la réalité.

Ça, c’était avant le nouveau Fonds des médias, avant la réévaluation de la distribution des enveloppes culturelles, avant que les traditionnalistes viennent crasher le party.

Quand la machine traditionnelle prend d’assaut un nouveau marché, elle ne fait pas dans la dentelle. La guerre est dure au pays de la culture. Les conceptions changent, les visions se liquéfient. On évalue les œuvres en fonction de ce qu’elles rapportent dans la sacoche et non dans le bagage intellectuel. C’est pourquoi on retrouve maintenant les mêmes formats édulcorés dans notre ordinateur qu’à la télé. On ne prend plus de risques, on ne garde le cran que pour le pistolet qui mettra fin à notre souffrance visuelle. On privilégie les émissions qui plaisent à une tranche maximale de la population, on fait de l’Internet pour les 7 à 77 ans : des capsules d’humour, des affaires comiques pis des shows rigolos. Si seulement c’était vraiment drôle.

La grande fréquentation a ouvert la porte à un grand vide. Et c’est encore le créateur indépendant, celui qui sue sang et eau pour accoucher d’un produit différent, qui en fait les frais. Par chance, il existe quelques irréductibles du Web, des producteurs qui croient à la différence (enfin j’ose espérer que c’est la raison qui les motive) et tentent de sortir du lot malgré le peu de rentabilité des œuvres diffusées. C’est le cas d’Ikebana Productions, une maison de production et plate-forme de webtélé qui lancera en avril deux nouvelles séries que j’ai eu la chance de voir en primeur ce weekend : Comédia dell’ratés et Tricoté Serré. Je ne peux pas en révéler beaucoup pour l’instant à part qu’elles ne contiennent ni l’une ni l’autre de votre dose quotidienne de vedettes et que Madame Bourette ne les aimera probablement pas. Parce qu’elles n’affichent pas de faces connues, parce qu’aucun gag prévisible n’est au menu, parce que ce n’est pas un produit surgelé qu’on enfourne dans la gueule de consommateurs blasés en manque de nouveauté. On y bousculera les concepts et les préjugés, on fera différemment. Bref, c’est bon en tabarnac.

Je croise quand même les doigts pour un juste retour du balancier. Et je rêve que cette créativité se réapproprie l’espace qu’elle mérite. C’est important pour tisser des liens entre les gens, pour élargir les communautés et les esprits, pour favoriser la rencontre, l’ouverture et le partage. Il est temps d’arrêter de créer simplement  pour vendre des bagnoles. C’est de la survie de la connaissance dont il est question. Pis moi, ben, je fais du vélo anyway.

+

D’autres qui ne manquent pas de créativité, ce sont les quelques trente mille étudiants qui protestent contre la hausse des frais de scolarité. Des murs de béton, des arrestations, des manifestations, on a trouvé du côté de la classe étudiante des moyens de se faire entendre. Je ne sais pas trop où me situer dans leurs revendications, le sujet étant complexe. Rien n’est jamais noir ou blanc. Mais je serais curieux de connaître les arguments gouvernementaux sur cette vidéo apparue en octobre dernier. Semble-t-il que la ministre préfère rester silencieuse. Well well, I’m not surprised.

Malgré tout, on voit déjà poindre le déséquilibre à l’horizon. Ce sont les jeunes les plus pauvres qui écoperont encore de ces mesures. En fait, peu importe qu’ils soient étudiants ou travailleurs, le poids des classes est inversement proportionnel à cette démocratie qui se compte en dollars américains.

Je questionnais mon fils sur cette grève étudiante cette semaine. Il l’est lui-même, en sciences de la nature, profil santé, au Cégep Maisonneuve.

-       Es-tu pour ou contre cette grève, fils?

-       Je ne suis pas pour la grève, père (un vrai Luke Skywalker). J’ai pas envie de reprendre mes cours l’été prochain si la grève dure trop longtemps. Mais je pense qu’il est important de manifester son désaccord. Je suis contre ces hausses, même si elles ne me touchent pas directement, même si je suis un des chanceux qui pourront continuer à étudier malgré les frais de plus en plus élevés (avouez que vous le voulez tous comme médecin de famille dans quelques années).

-       Vas-tu toi-même manifester, alors?

-       Oui, c’est important.

-       Pourtant, tu sais que ça donne jamais rien. Y a des grèves et des manifestations depuis toujours. Les étudiants ne sont jamais contents de leur sort. Et les revendications se heurtent toujours à une gang de sourds. C’était le cas quand j’étais jeune, c’est encore le cas aujourd’hui. Une nouvelle grève n’y changera rien.

-       Pis? Est-ce une raison pour abandonner? Ne plus jamais rien dire, ne plus jamais rien faire? Est-ce une raison pour ne plus jamais se lever debout?

Et vlan dans ma gueule de vieux paternel, celui qui a un peu perdu ses élans de contestation, son côté punk et révolutionnaire, celui qui a peut-être même un peu perdu ses idéaux. Crisse de cynisme. Une chance que mon fils veille au grain. Ne te décourage pas Québec, l’avenir n’est pas aussi sombre qu’il peut le sembler.

Un commentaire
  • Jimmy Drolet
    24 février 2012

    Bravo Patrick!

CHRONIQUES

Le petit tavernier
Sunny Duval
Le Bureau
Mon chat s'appelle Paul Sarrasin
Patrick Dion
Tirer une conclusion puis sa révérence
Tout le monde est ego
Guillaume Déziel
Psy & Gangnam Style : l’attitude Creative Commons ?
Mon chat s'appelle Paul Sarrasin
Patrick Dion
Le creux des vagues, une chronique psychiatrique