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Du haut de la king

Comme en 1993

Dominic Tardif
6 octobre 2008

Seinfeld ne fracasse plus de cotes d’écoute depuis longtemps, le terme « rock alternatif » est passé dans la liste des archaïsmes et pourtant, CFAK, la radio de l’Université de Sherbrooke, faisait paraître le mois dernier une compilation (pressée sur un vrai cd physique oui, oui) regroupant neuf artistes issus de la scène locale de la reine des Cantons-de-l’Est. Parce que soyons franc, à l’ère où on syntonise la radio sénégalaise via notre MacBook et où on peut télécharger le prochain album de Radiohead avant même que Tom Yorke ne l’ait composé, l’idée de produire un bout de plastique (dont l’endos ressemble à un miroir), de l’insérer dans un autre bout de plastique (transparent celui-là) et d’emballer le tout d’une pellicule plastique apparaît datée (full passée date). Outre Wayne Campbell et Garth Algar, qui s’enthousiasmeraient encore d’un cd gratuit remis en ondes (comme dans : «ma belle Samantha, tu viens de gagner un t-shirt et une compil, dis-nous c’est quoi ta station préférée») et lors d’une série de spectacles présentés au Téléphone rouge?

Moi.

C’est que Serge Langlois, directeur général, et Samuel Préfontaine, directeur de la programmation de CFAK, ont compris qu’on en a marre de fouiller sur le web, de page MySpace en page MySpace, à la recherche de musique branchée. Fini donc les tracas, presque tout le Sherbrooke musical underground se retrouvant sur CFAK dans tes oreilles [volume 1].

Tout, mais pas la tribu Sherbrooklyn, la compilation n’étant qu’uniquement dédiée à ceux dont l’adresse civique se situe dans le Sherbrooke métropolitain, diplôme d’école secondaire Montcalm ou pas. Que des musiciens, qui au risque de ne jamais collaborer avec Misteur Valaire, ont choisi de rester ici (ou du moins, ont été contraints par leur blonde de rester en Estrie, question de ne pas trop s’éloigner de la belle-mère).

Ça commence en trombe avec le son Jonas-rencontre-Priestess-rencontre-AC/DC de Pete Möss, la bande de vieux routiers que vous avez peut-être entrevue tapie dans la pénombre du Café du Palais (ils y étaient dj, barman, musicien, boss boy) ou sur la scène d’un festival Polliwog près de chez vous (leur guitariste Sylvain Tremblay est l’ex-chanteur des plus notoires représentants de Coaticook –outre Jean-Luc Mongrain- Kermess) ou sur celle d’un grand festival commandité par Molson (leur bassiste, Jeff Doobie -son pseudo de cockrockeur, est Jean-François Dubé, chanteur de Noir Silence, période pré-Rack à bécyk) Sur She’s so crazy, les ineffables cracheurs de bière donnent la claque. Leur deuxième gravé, Sober on strike, arrive le 21. Avec des titres comme Pawnshop dildo, ça promet d’être sale (comme dans rock sale, bande de coquins!).

Suivent les Bébés Requins, héritiers directs et presque derniers représentants de la scène rock’n’roll sixties-yéyé qui a donné plusieurs grands moments de danse, de déchaînements et de dépoussiérages de hits des Lutins à Sherbrooke. On pense aux défunts Macchabées, Séquelles et Thanatologues. Mené par Stéphanie Bernier et Matthieu Petit, les B.R. nous intime de chouette façon de ne pas aller à la Discothèque. On verra bien…

Le ska et le punk ne sont toujours pas morts. Exemple : Reel Big Fish fait toujours la tournée. Vous voulez un meilleur exemple? Les Conards à l’orange et Hi Jack! attirent des hordes de skankeurs en bretelles à chacun de leur concert. C’était encore le cas le 16 septembre, lors du premier de la série tenue dans la foulée de la parution de cette compilation. J’ai une nette préférence pour Les Conards et pour leur leader Frank, un plaisantin moins connard qu’il veut bien le laisser entendre sur scène. Même si leur musique n’a pas vraiment à voir, je leur accorde sans gêne le titre de The Hold Steady de Sherbrooke pour leur manière de dépeindre avec sensibilité, ironie et puérilité la vie de bar et de chômeur. Ils sont d’ailleurs présentement en studio.

Pourtant composé de petits francophones, Jake and the leprechauns donne dans le canadian folk-rock (ce qui n’implique pas de réinterprétation du Ô Canada) ou dans le alt-country si vous préférez. La pièce Remember the seasons nous présente leur facette feutrée. A long dash (followed by ten seconds of silence), à paraître cet automne devrait nous révéler ce Charles-Antoine Gosselin, chanteur, aperçu en prestation dans un loft (!!!) cet été, qui nous avait semblé plus prompt à se mettre en danger et à livrer les textes de son collègue Philippe Custeau sans retenue, sur le fil du rasoir. La symbiose entre le claviériste, le guitariste et le batteur, quant à elle, laissait saisi.

Pour le reste, on note que Dactylo Fidelity offre une pièce un peu molle. On se demande pourquoi le gars, Mathieu Girard, ne s’est pas prévalu des services de son furieux batteur de concert, Jean-François Montour.

On me dit que Jaune fait giguer les foules partout où il passe. Il n’en reste pas moins que le groupe arrive en retard avec son country qui laisse pantois : difficile de dire s’il est parodique. Mauvais signe. Dans la même veine, quoique plus progressif, les Gars Trans font meilleure figure, malgré leur nom franchement ridicule. Le vieux routier du world beat Olivier Brousseau devrait quant à lui éviter de chanter en espagnol et s’en tenir au français.

Québécois de partout, à défaut de pouvoir mettre la main sur la compilation, écoutez CFAK en ligne au www.cfak.qc.ca et comme en 1993, vous pourrez vous concocter votre propre compilation, à l’aide d’un tape deck et de quelques fils.

Concerts CFAK dans tes oreilles

4 novembre 2008

17 mars 2009

Au Téléphone rouge

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CHRONIQUES

L'abominable homme des cons
Simon Jodoin
26 août 2010

L’état de la chanson francophone au Québec : Je dis bullshit madame.

« L’état de la chanson française au pays, en cette ère de la mondialisation »… C’était les mots, graves et pesants, prononcés par Céline Galipeau au téléjournal, pour introduire un reportage de Catherine Kovacs et France Dauphin. C’était en juin dernier, rediffusé au début de cette semaine. « En cette ère de mondialisation… ». J’ai monté le son du téléviseur. Ce n’est pas bien, ça, la mondialisation. Et si vous mettez « chanson française » et « mondialisation » dans la même phrase, ça donne un effet tragique, ça fait craindre : vous allez voir, à la fin, le gros méchant va manger le petit gentil. Et il n’y aura pas de deuxième chance. Après, c’est la fin, pas de suite la semaine prochaine. J’aime la tragédie alors j’ai monté le son que je vous disais.