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Reportages et entrevues

Colombier: Appétit d’orgue

Colombier: Appétit d’orgue

Marc-André Savard
29 septembre 2010

Cette semaine, on essaie quelque chose. Plutôt qu’un groupe émergent, on vous présente une municipalité récente du Québec: Colombier, un petit village tout jeune de la Haute-Côte-Nord fondé en 1946… bennnn non, c’t’une blague. On vous parle de Colombier, oui, mais du groupe rock du même nom formé à Montréal.

En choisissant de s’appeler ainsi, le chanteur et guitariste Guillaume Sirois fait un clin d’oeil à ce village perdu dans l’bois d’où il est originaire. Un tout p’tit clin d’oeil, on s’entend, car le groupe ne donne pas une seconde dans le folk, ni le rock carreauté. En fait, sur leur premier album Ton esprit tourne au noir, qui vient tout juste d’être lancé, on est plongé carré dans le rock des années ’60. «Notre guide spirituel est Velvet Underground. Pas tant au niveau du son que de l’état d’esprit», explique Guillaume. Colombier ne recherche donc pas la perfection et il donne une bonne place à l’intuition quand vient le temps de faire vibrer les lampes de leurs amplis. «On aime le son qui frotte!», résume Mathieu Gauthier, guitariste.

Organique

L’exercice constitue aussi un virage à 180 degrés pour Guillaume…qui était auparavant membre de la formation rap CEA! «J’ai abouti dans le rap par hasard. J’avais commencé pour le fun, mais CEA s’est mis à marcher, alors j’ai continué… mais mon background a toujours été rock!» Évidemment, le rappeur en lui a influencé le rockeur. «Je suis intéressé par la rythmique des paroles plus que par pousser ma voix.»

L’an dernier, alors qu’il souhaitait raviver sa fibre rock, le chanteur a dégotté un orgue Farfisa (« le même modèle qu’ont utilisé Pink Floyd et The Animals!»). Comme ses textes collaient bien à l’instrument, il a formé Colombier en confiant son joujou à claviers à Sandria en plus de s’entourer de Mathieu à la guitare, Alexandre à la batterie (aussi de la formation folk Zéphyr Artillerie) et d’un autre Guillaume à la basse.

L’orgue est omniprésent dans la musique de Colombier; c’est son coeur…et le groupe en fait même pratiquement une collection! «On en a quatre – dont un vieux Korg qu’on a fait venir du Japon – et on garde toujours l’oeil ouvert pour trouver une autre perle!», confie avec enthousiasme Mathieu. Comme un sixième membre indispensable, pas question de laisser de côté le fameux Farfisa quand vient le temps de donner un concert. Les risques d’endommager l’instrument sont bien présents, et le groupe garde toujours son éventuel coût de réparation exorbitant en tête, mais la faim justifie les moyens. «S’il y a une chose que j’ai appris avec l’art, dit Guillaume, c’est de ne jamais faire de compromis sur ce que tu veux transmettre. On va traîner notre gros orgue partout même s’il est lourd et que c’est souvent chiant. Parce quand on l’entend ronfler sur scène, on est bien content de l’avoir fait!».

Pas de demi-mesures non plus quand vient le temps d’enregistrer. Pour obtenir la chaleur analogue du vieux rock sans la froideur du numérique moderne, le premier album a été enregistré sur ruban, presque entièrement live, au Treatment Room de Montréal par quelqu’un qui fonctionne à l’ancienne: Kees Dekker (qui a notamment travaillé avec Plants and Animals).

Entre l’ombre et la lumière

Évidemment, quand un ancien rappeur est au micro, les paroles des chansons ne sont pas laissées au hasard. On qualifie même Colombier de groupe engagé, mais aucune de leurs chansons ne sera scandée par des cégépiens en corduroy brun. «On est engagé, oui, mais on ne dénonce pas de causes. On constate le résultat. Par exemple, on ne parlera pas de la pauvreté, mais du pauvre…» Même si Colombier compte 2 bacheliers en philosophie et un en sociologie, pas questions de rabattre les oreilles avec « des théories à 100 piasses». Comparer l’écriture de Sirois à la plume détendue et à l’humour noir de Aut’chose, Gainsbourg ou Offenback fait bomber le torse du gaillard.»

«Nos paroles sont trempées dans l’acide!», explique Guillaume, tout en se questionnant. «On est surpris que les gens qualifient notre musique de sombre parce que ce n’est pas comme ça qu’on la voit. En fait, tout est une question d’équilibre dans le rapport entre le clair et l’obscur, la mélancolie de l’orgue et l’humour des paroles. L’album repose sur ça. J’ai vraiment peur un jour de perdre l’étincelle de vouloir créer, de m’affaisser. Qu’est-ce qui peut te faire décrocher?» Mathieu de répondre: «Tu marches sur un fil».

Colombier n’est manifestement pas prêt de perdre l’équilibre, car un deuxième album est déjà en chantier!

myspace.com/colombierband

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