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Chronique d’une étymologie absurde

Chronique d’une étymologie absurde

Patrick Dion
27 janvier 2012

On se pose beaucoup de questions sur l’origine de certains mots ou expressions. Il m’arrive de passer des heures assis sur la toilette à décortiquer (action d’enlever le cortique (qui n’est pas la même chose que supprimer un portique mais qui produit beaucoup moins de poussière)) l’origine de mots tels que saperlipopette (en joual pour saper les bobettes (manger les culottes)) ou de phrases telles que Gros Jean comme devant (alors qu’il s’agissait de mon voisin d’en face, Mario, tout simplement (pas que Mario soit simple (mais quand même un peu))) (ai-je bien fermé toutes mes parenthèses?, me semble que j’étais rendu à trois (arghhhh, je suis tout mêlé (je ne prends pas de chance et je vais en mettre une dizaine pour les prochaines fois)))))))))).

Dans les cultures suisses-romandes (à ne pas confondre avec la culture de romans suisses, qui, comme on le sait, sont des histoires d’écureuils), la vache a une place prépondérante. Si la vache avait en fait été un taureau, on aurait dit que celle-ci avait une place pondérante, puisque sans vache, il n’y a pas de pré. Dans la même veine, si on avait parlé de poulets, l’expression aurait alors pris une tournure logique : la poule a une place pondérante. Mais la journée où je croise une poule qui pond des rentes, je la marie et lui fais une tonne d’enfants (1000 kilogrammes, ça fait environ 300 nouveaux-nés mais plus ils vieillissent, moins il y en a, c’est à n’y rien comprendre. Je ferai donc à ma poule des enfants de 25 ans. Le problème est que ces enfants seraient en réalité des œufs, ce qui fait de sacrés gros trucs à expulser. Par contre, la question de l’œuf ou de la poule serait pour une bonne fois résolue et on saurait enfin que ce qui est venu en premier, ce n’est ni la poule ni l’œuf mais moi).

Toujours est-il (car jamais n’est plus (mais ce n’est vraiment pas une question malgré la forme (oui, ça va la forme, merci), dans les cultures suisses romandes (ah vous ne suiviez plus hein?), la vache a une place… euh… disons… prédominante. C’est bien connu (du moins dans ce coin-là (mais dans le milieu aussi)), les habitants aiment le lait très très froid. C’est ici qu’intervient le procédé pour obtenir un lait à température suisse-romande idéale.

Lors de la période des neiges alpines (pas qu’alpine dans la neige, ce n’est pas très poli, on va se garder une petite gêne (4 pieds et 10)), les fermiers conduisent les troupeaux de bétail en haut des sommets enneigés du pays. Vous comprenez tout de suite que l’étape la plus difficile consiste à embarquer la vache dans le chairlift. Une fois celle-ci bien installée et confortable, on la hisse jusqu’au sommet sans gêne (ce qui en ferait pourtant une gêne-hisse mais bon). Une fois presque en haut, avant que la chaise n’arrive à destination, on garroche la vache en-bas du télé-siège (la télé ne fonctionnait pas le jour où j’y étais). Je sais, c’est cruel. Mais on la pitche en bas parce que vous auriez beau lui demander de descendre, une vache a une sacrée tête de cochon. Ça n’obtempère pas. Mais il y a un risque en la câlissant en bas du chairlift ; celui qu’elle se brise les pattes. C’est quand même lourd 800 kilos sur deux paires de tibias (je sais compter, ça revient à 200 kilos du tibia (ce qui fait qu’au fond, c’est pas si cher du filet mignon à vingt piastres la livre)). Ne prenez donc aucune chance. Si vous devez sacrer votre vache en bas d’un télé-siège, arrangez-vous pour qu’elle arrive tête première (désolé, je ne connais pas le truc).

Il y a plusieurs siècles, avant que Jésus crie, un berger de la région avait précipité sa vache trop tôt en bas du remonte-traineau. Dans ce temps-là, ce sont les chevaux qui montaient les vaches (pas monter dans le sens de « viens ici ma cochonne, je vais te faire un bébé chevache »). C’est que si vous suivez l’histoire (bravo, moi, j’ai beaucoup de difficultés à le faire), vous vous serez aperçu que j’ai débuté la phrase en écrivant « il y a plusieurs siècles » et tout le monde sait qu’à ce moment, les chairlifts n’existaient qu’aux États-Unis. Un fermier avait donc lancé sa Brune Suisse (c’est le nom de la race, je ne parle pas de son épouse) trop tôt dans le vide et celle-ci atterrit (amontagnit? amontit? apentit?) sur un long morceau d’écorce étendu nonchalamment, là. La vache, surprise (mettez-vous dans sa peau (c’est facile, c’est comme être dans un manteau de cuir)), meugla en dévalant la pente à toute vitesse. Au bout d’un long et incroyable slalom (c’était définitivement une championne), elle arriva en bas (c’était peut-être une championne mais elle avait le droit d’avoir froid aux pieds). Malheureusement, elle ne sut comment stopper sa course folle (c’était une course de vache folle) et percuta un arbre. Elle était mourante et c’est le seul bout triste de l’histoire (pleurez). Mais étant donné que c’était une vache à lait (le berger n’était pas très beau), ce dernier décida de boire un dernier verre à la santé de sa pauvre bête. Et c’est là qu’il découvrit que son lait n’avait jamais été aussi délicieux, que sa température était parfaite. Sa vache n’avait pas eu froid aux yeux mais aux pis.

Depuis ce jour, les fermiers de la région font monter leurs vaches au sommet des montagnes. Une fois en haut, ils les attachent sur un genre de traineau chaussé de skis et descendent avec elles pour les traire une fois en bas. Le traineau utilisé s’appelait initialement le ski à traite. On posait donc la question « quand embarques-tu ta vache sur le ski à traite? » Mais l’expression s’est vue déformée au fil des ans et on dit maintenant partout dans les cantons « en ski à trait au meilleur lait, il provient sûrement de la vache qui dévale».

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