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L'abominable homme des cons

Cataclysme en Haïti : séisme 2.0 (mise à jour!)

Cataclysme en Haïti : séisme 2.0 (mise à jour!)

Simon Jodoin
21 janvier 2010

The revolution will not be televised
-Gil Scott Heron

Au moment où j’écris ces lignes, le tremblement de terre qui a frappé Haïti le 12 janvier dernier fait la manchette depuis une semaine. Une large couverture médiatique s’est abattue sur le malheur de ce petit pays, un peu peut-être pour le réchauffer, mais surtout pour permettre aux terriens qui vivent continuellement branchés devant leurs téléviseurs de suivre en direct le fil des événements. Paradoxalement, alors qu’on peine à leur envoyer des soins, de l’eau et des vivres, il semble qu’on n’ait aucune difficulté à nous montrer Hillary Clinton débarquer à l’aéroport… Allez comprendre.

On le savait déjà, notamment depuis la crise iranienne en juin dernier, mais cette vaste couverture est désormais tissée de nouveaux fils : ceux du web 2.0. En effet, dès les premières minutes qui ont suivi le cataclysme, Facebook, Twitter et de nombreux blogues se sont transformés en véritables fils de presse. À n’en point douter, c’est aux sources des médias sociaux qu’il fallait s’abreuver pour saisir l’ampleur de la catastrophe. De quoi exciter certains spécialistes – assez souvent autoproclamés — du cyberespace qui se sont permis une bien curieuse déduction : le web, à l’instar de l’eau, du pain et des médicaments, est désormais une ressource vitale.

Mieux encore! Il s’en trouve même qui, heureux de prendre part à une sorte de vendetta contre les médias traditionnels au nom du « journalisme 2.0 », n’hésitent pas à se promener sur toutes les tribunes de ces dinosaures – disent-ils – que sont la radio, les journaux et la télévision en s’improvisant experts « des médias sociaux en gestion de crise ». Rien que ça. C’est quand même pas mal le web non? On peut devenir expert en observant un phénomène pendant 72 heures.

Je vous jure… J’ai parfois l’impression de lire une encyclique sur l’omnipotence de l’être suprême. Aucun recul, aucune réflexion, we are one world, toutte est dans toutte et je suis le pape…

Fracture numérique

Il demeure tout de même curieux que dans cette marée d’expertise, il ne se trouve à peu près personne pour se pencher, ne serait-ce qu’un peu, sur un phénomène pourtant connu -et flagrant dans le cas de cette malheureuse catastrophe : celui de la fracture numérique.

De quoi s’agit-il donc ? En simple, la fracture numérique désigne la différence de classe entre ceux qui ont accès aux technologies informatiques de la communication et ceux qui ne l’ont pas… La fracture numérique sépare, sur le plan informatique, les pays développés des pays sous-développés ou en développement.* C’est simple comme une recette de crêpe : Ces fameux concepts de village global, de World Wide Web, sorte de noosphère postmoderne avec laquelle se gargarisent les shamans de la tribu 2.0 ne concerne dans les faits qu’une minorité de terriens. Je sais, je sais, c’est bien évident… Peut-être tellement évident qu’on oublie justement d’en parler.

Pour en revenir à Haïti, 6% de la population avait accès à Internet en 2006 selon l’International Telecommunication Union( ITU). Bruno Guglielminetti, dans son état des lieux  des Télécoms publié cette semaine rapportait un chiffre actuel de 11%… Même que dans le cas d’Haïti, il semble qu’on peut carrément parler de fracture médiatique tout court : Il y aurait actuellement 108 000 lignes de téléphones terrestres pour plus de 10 millions d’habitants. En 2001, on comptait 6 postes de télévision pour 1000 habitants. Le chiffre le plus substantiel au niveau des télécommunications concerne les téléphones cellulaires, il y en aurait plus de 3 millions, près du tiers de la population en possèderait un.

World Wide Web vous disiez? Village global?

Le grand piège dans tout cela, c’est de ne même pas entrevoir l’élitisme tout occidental que laisse entendre cette fameuse prophétie du web 2.0. Les Haïtiens, dit-on, ont besoin de savoir ce qui se passe, ils ne doivent pas être coupés du monde, ils veulent être informés… Je veux bien, mais au risque de briser votre belle unanimité et votre enthousiasme, je vous dirais qu’ils étaient coupés du monde bien avant ce cataclysme et que ceux qui survivent désormais entassés dans des campings de fortune, qui se battent pour une boîte de nourriture sèche balancée par hélicoptère, n’en ont pas grand-chose à branler de vos twits suintants d’humanisme confortable.

Pierre Côté et Realtime réalité

Acceptons donc que s’il existe quelque chose comme « la mobilisation numérique », elle concerne exclusivement l’occident et les mieux nantis, infiniment minoritaires, des pays du tiers-monde comme Haïti. À ce titre, je m’en voudrais de ne pas mentionner l’initiative de Pierre Côté, un geek internaute bien connu des habitants du web 2.0.

Depuis l’automne dernier, Pierre mets en ligne une sorte d’expérience en matière de journalisme citoyen : Realtime réalité. Il s’agit d’un show transmédia au sein duquel il manipule simultanément les outils web comme Twitter, Facebook et surtout Ustream, interface grâce à laquelle il est possible de diffuser de la vidéo en direct grâce à une simple webcam et un micro.

Jusqu’à maintenant assez brouillon et totalement dépourvu de scénario, son projet a cette semaine décollé et fait la manchette à quelques reprises. Pierre a été un des premiers à entrer en contact avec des gens sur place, devançant la plupart des grands médias mondiaux. Rapidement, il a été apte à diffuser des entrevues en direct, parfois devant plusieurs milliers d’auditeurs et pendant un nombre effarent d’heures consécutives.

Petit à petit, son show web est devenu le lieu d’une mobilisation entre internautes et a pris la forme d’une sorte de web-o-thon où les auditeurs, en mettant en commun de l’information, ont permis de faire le lien entre des Haïtiens, des donateurs et des organismes humanitaires. Un exemple pour lequel on peut franchement le féliciter, celui de Nutrinor, une compagnie qui avait diffusé dans les médias sa volonté de donner 25 000 litres d’eau. À force de lancer des appels sur toutes les tribunes et aidé de trois internautes qui sont venus lui prêter main-forte (Gaële Cluzel-Gouriou, Véronique Raymond et Dominique Béland),  il a réussi à trouver le transport afin d’acheminer cette cargaison vers un avion-cargo nolisé par la CECI. Voilà un bel exemple de ce que permet la rapidité et la fluidité des communications sur le web (sans oublier la ténacité étonnante de ce geek…)**(voir erratum plus bas). Il y en a eu d’autres, notamment le fait que Google ait accepté d’augmenter la bande passante entre la Floride et Haïti. Ça aussi, c’est un résultat direct de la visibilité, de l’attention et de la mobilisation que Pierre est parvenu à obtenir sur le web. Chapeau.

Numérique ou traditionnelle ?

Assez malheureusement, depuis ce bon coup, Pierre ne s’est pas limité à mobiliser les internautes afin de relever des défis communicationnels. Son spectacle est aussi devenu une sorte de tribune où, fort de ses compétences en web 2.0, il se sent habileté à critiquer les organismes humanitaires, le gouvernement et les citoyens qui, selon ses mots, « restent là les doigts dans le nez ». Il semble être venu à la conclusion que s’il est lui-même capable de manipuler ces outils et a le temps de le faire, tous ceux qui ne font pas comme lui ou qui ne le suivent pas dans son aventure numérique se foutent de ceux qui crèvent de soif. Pire, il semble être désormais motivé par l’idée de «bypasser» les organismes humanitaires avec ses moyens du bord.

Pierre rejoint ainsi une sorte de dichotomie vicieuse dans laquelle bien des acteurs du web 2.0 se mettent maladroitement les pieds : la scission entre le traditionnel et le numérique. On connaît bien, comme je l’expliquais d’entrée de jeu, le malin plaisir que prennent les Michelle Blanc de ce monde à critiquer les médias traditionnels tout en faisant la promotion des communications numériques réputées plus « sociales ». Rhétorique bien inoffensive, surtout quand on sait qu’il est assez naturel chez les bambins, au sortir de l’enfance, de jouer à se mesurer le pénis.

Là où ça devient carrément gênant, c’est lorsqu’on se permet de jouer ce jeu en plaquant cette dichotomie – en grande partie injuste — sur des questions humanitaires. Sans doute, il peut être frustrant pour un geek, habitué de vivre à la vitesse du web 2.0, de se heurter à l’épaisseur et la lenteur des bureaucraties de l’humanitaire. Mais reconstruire un pays, ça ne se fait pas à coups de 140 caractères. S’imaginer qu’on fera mieux parce qu’on fait plus vite, c’est carrément se leurrer.

D’autant plus que ce que toute cette histoire met en relief, c’est beaucoup plus le fait que les médias sociaux et les médias traditionnels ne sont pas des vases clos : ils peuvent travailler en synergie. C’est bien parce qu’on a parlé de Pierre dans les grands médias du monde, journaux et télévisions, que le public a convergé vers son show sur le web. Le traditionnel et le numérique semblent donc pouvoir se complémenter et non s’opposer… C’est dans cette direction que devrait pointer la réflexion de ceux qui souhaitent désormais donner dans l’humanitaire 2.0. Au lieu de «bypasser», il serait plus à propos, et utile, de collaborer… À moins de seulement vouloir donner un show…


VOUS POUVEZ LIRE un suivi de la situation à propos de l’eau trouvée par le biais des médias sociaux et du web 2.0 dans une chronique spéciale en suivant ce lien!

* Je note au passage que cette même fracture peut aussi délimiter une séparation entre la ruralité et l’urbanité ainsi qu’un clivage générationnel.

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** ERRATUM :

Selon les informations que Pierre Côté m’avait données, il était confirmé que ce dernier avait trouvé 25 000 litres d’eau et qu’il avait fait le lien avec la CECI (Centre d’Étude et de Coopération Internationale) qui devait se charger de livrer cette cargaison par avion.

Cette information a d’ailleurs été rapportée par plusieurs médias et d’autres journalistes.

Mais vous verrez dans les commentaires plus bas qu’un Internaute me signale que cette information est fausse.

Vérification faite, cet Internaute a effectivement raison: La CECI n’avait jamais entendu parler de cette cargaison et n’a jamais eu l’intention de la livrer. L’information diffusée par Pierre Côté au moment où je lui ai parlé était donc fausse.

Voici le courriel que j’ai reçu de Carine Guidicelli, Directrice Communication – Développement à la CECI :

Bonjour Simon,
Cette information est en effet complètement erronée!! Nous travaillons directement avec les entreprises pour toutes les marchandises que nous envoyons en Haïti et avec l’ACDI (l’agence canadienne en développement internationale). En aucun cas, nous ne travaillons avec les individus – Vous comprendrez que nous nous concentrons sur le travail immense à accomplir à Port au Prince et dans les lieux les plus affectés.

(…)

SVP – Veuillez diffuser le plus largement cette information afin que la vérité soit rétablie et concentrons-nous sur l’assistance humanitaire immédiate!
Merci

*** ERRATUM 2:

Or, rebondissement, suite à la publication de cet erratum, le samedi 23 janvier, Véronick Raymond, une internaute qui a participé avec Pierre Côté à cette opération a publié un commentaire permettant de comprendre la confusion (voir plus bas, commentaire du 23 janvier). Selon elle, les deux versions seraient vraies : la CECI n’a pas fait affaire directement avec Pierre Côté, mais bien avec Nutrinor. Or, c’est pourtant elle, Véronick Raymond, en compagnie de Pierre, qui a fait le lien entre Nutrinor et la CECI.

Cette information m’a aussi été confirmée par téléphone, le samedi le 23 janvier par Paul Pomerleau, président de Nutrinor. Le premier à l’avoir contacté pour acheminer l’eau en Haïti est bien Pierre Côté et c’est ensuite Véronick Raymond qui a attaché les liens. L’eau a bel et bien quitté son usine et aux dernières nouvelles elle se trouverait à l’aéroport au nom de la CECI. Personne n’a pu confirmer si elle avait été livrée.

21 commentaires
  • Christian Aubry
    21 janvier 2010

    Bonsoir Simon. Tu n’y va pas avec le dos de la cuillère, mais force est d’admettre que ton analyse est étoffée, équilibrée et convaincante. Les plus intelligents, parmi ceux que tu égratignes au passage, apprécieront d’être aussi finement remis en question. Et l’on saura alors si la fameuse “conversation” existe réellement ou si elle n’est que poudre aux yeux. Joli débat en perspective ;)

  • Simon P.
    21 janvier 2010

    Très intéressant et nuancé comme article.

    Pour avoir suivi Pierre Côté depuis le début, la crise en Haïti est (malheureusement) ce qui pouvait arriver de mieux à son show.

  • Michelle Blanc
    21 janvier 2010

    Intéressante analyse sauf que je ne vois pas à quel endroit je fais la promotion du Web vs traditionnel? J’ai toujours parlé de cette complémentarité entre les médias Web et tradtionnels et j’ajoute maintenant qu’à l’instar des médias sociaux, les médias traditionnels devraient eux-aussi collaborer. C’est bien de mesurer son pétard à la sortie de l’enfance mais le tiens est mouillée…

  • Simon Jodoin
    21 janvier 2010

    @Michelle Blanc : tu as écrit : “je ne vois pas à quel endroit je fais la promotion du Web vs traditionnel?”

    Le fait est que tu la fais justement à l’intérieur de ce même commentaire en affirmant que “qu’à l’instar des médias sociaux, les médias traditionnels devraient eux aussi collaborer”

    Il y a bel et bien là une critique du traditionnel qui ne collabore pas, ou pas assez, ou encore pas comme tu le voudrais.

    Et une promotion du web/numérique qui serait doté de cette vertu de collaboration.

    J’y vois pour ma part une sorte de dichotomie qui en englobe implicitement plusieurs autres : le privé et le public, le secret et la transparence, l’obscurité et la clarté, l’efficacité et l’inefficacité… Dichotomie où le second devrait prendre exemple sur le premier pour atteindre un certain idéal de “pureté communicationnelle”.

    Toute une mythologie en somme…

    Trêve de métaphysique, dans les faits les médias traditionnels collaborent pourtant bel et bien. C’est patent. Il suffit de regarder le téléjournal pour s’en rendre compte. Ou encore RDI pour y voir le journal de France2… Les exemples pullulent, TV5 est le fruit d’une collaboration des médias traditionnels. Au grand dam de certains parfois, qui y voient une diabolique convergence… L’entente “secrète” (tiens! De l’obscur!) La Presse / Radio-Canada a fait d’ailleurs grand bruit il y a quelque temps au sein de certains groupes nationalistes du Québec.

    Il me semble donc pour le moins dommage d’en appeler à la collaboration des médias traditionnels, qui devraient selon toi s’inspirer des médias sociaux, sans même prendre le temps de mentionner que cette collaboration existe déjà.

    Pour ce qui est de l’idée lancée par toi et par d’autres de former un “pool” de journalistes, sans doute sur la base de cet idéal de collaboration inspiré des médias sociaux, je ne peux personnellement y souscrire et j’y vois là aussi une sorte d’utopie de la prophétie 2.0. Un autre sujet qui mériterait sans doute discussion.

    Bien à toi.

    @+

    S.

    P.S. Quand on sait le pétard mouillé, il est assez vain d’en allumer la mèche…

  • Christian Aubry
    21 janvier 2010

    > Pour ce qui est de l’idée lancée par toi et par d’autres
    > de former un “pool” de journalistes (…), je ne peux
    > personnellement y souscrire et j’y vois là aussi une
    > sorte d’utopie de la prophétie 2.0.

    Tu ne le peux? Et pourquoi? Je suis d’accord avec Michelle qu’il y a, en ce moment, une certaine indécence à “couvrir” Haïti en long, en large et en travers comme le fait RDI, sans vraiment apporter quoi que ce soit à la cause sur place, si ce n’est que des appels répétés aux dons. Au moins, Pierre Côté a travaillé à des projets infinitésimaux dans le contexte, certes, mais positifs et concrets. Les médias trads ne font à mes yeux que surfer sur la vague et brûler du cash afin, ultimement, de vendre de la publicité au lieu d’investir ce cash de façon responsable.

    Alors pourquoi pas un pool de médias québécois en Haïti? Pourquoi ne pas considérer les ressources informationnelles comme rares et stratégiques, dans cette situation, et les économiser afin de se concentrer sur des fins plus utiles? Pourquoi recréer cent fois en parallèle ce que nous pourrions accomplir une seule fois en série?

    La seule raison pour laquelle Radio-Canada rediffuse certains contenus d’Antenne 2, c’est parce qu’elle n’a pas les moyens de tout couvrir. Quant à TV5, c’est différent. C’est à la base un projet collaboratif et il a fallu que les gouvernements francophones mettent tout leur poids (et leurs sous) dans la balance pour le faire advenir.

    Encore une fois, ton analyse est intéressante, mais il serait regrettable que tu ne t’en serves que pour donner ton propre show. Avale donc ta médecine et collabore — en créant des liens vers les sites des personnes que tu cites, par exemple ;~)

    Ami Calmant,

    C.A.

  • fran6co
    21 janvier 2010

    Je trouve ça intéressant de noter que la réponse de Michelle Blanc est «Moi moi moi, je je je». Le sujet – interchangeable – est encore une fois un prétexte pour cette passionnante guéguerre que les «deux points zéro» ont entamé contre les «trads». Cqfd.

  • Indépendant
    21 janvier 2010

    Dans un pays hyper industrialisé et avancé technologiquement, au lendemain du 11 septembre 2001 les gens collaient des feuilles de papier sur les murs à New York pour se retrouver.

    J’ai aussi une proposition. Je propose qu’on limite le nombre de blogs et twiter en cas de crise pour économiser des ressources et concentrer les autres à des fins plus utiles.

    Je suis certain que les pro-web trouvent que c’est une bonne idée.

  • Pistov
    21 janvier 2010

    @Christian aubry vous dites:Les médias trads ne font à mes yeux que surfer sur la vague et brûler du cash afin, ultimement, de vendre de la publicité au lieu d’investir ce cash de façon responsable.

    Les yeux doivent vous piquer Monsieur Aubry. Le plus trad des médias soit la radio est celui qui suit de plus près le 2.0 pour ce qui est de son instantannéité. Même s’il est local, il est nettement plus accessible de tous à la fois pour percevoir les ondes et à la fois pour avoir une influence directe sur sa programmation. Comme pour le web, l’auditeur devient acteur au besoin et sur le champ. Puisse ces deux médias s’enlassent pour la cause.

    Très bon texte comme à ton habitude Simon J.

    Geoffroy

  • Simon Jodoin
    21 janvier 2010

    @ Christian Aubry :

    Réglons un cas : on fait tous du showbusiness… Sinon, on tiendrait un journal personnel.

    Encore dans ton commentaire, je retrouve ce préjugé qui divise les vils médias « trads » mercantiles qui surfent pour du cash et les purs citoyens des médias sociaux. À ce compte là, on pourrait bien m’accuser ici de mettre le mot clé «Haïti» dans ce web magasine question d’augmenter notre page rank et ainsi gagner les faveurs du Dieu Google! Pourquoi pas au fond ? Mes clients publicitaires vont être contents quand je leur montrerai les statistiques du mois!

    Désolé, je n’embarque pas là-dedans.

    Si je ne peux souscrire à l’idée d’un « pool » médiatique, c’est pour plusieurs raisons, la première étant la diversité de l’information et la seconde étant la liberté de la presse. Qui donnerait les accréditations, qui aurait pour mission de former ce « pool »? Qui prendrait les décisions éditoriales ? Le Médiaburo? Ça sonne un peu trop bolchevique et uniformisation des points de vue à mon goût. Je préfère avoir trop d’information et pouvoir choisir entre ce qui me plait ou non, que d’en avoir moins et ne pas avoir le choix de m’en taper de la mauvaise. Plus de journalistes signifie au bout de la ligne plus de points de vue, plus de possibilités d’avoir des nouvelles différentes, plus d’angles éditoriaux et, donc, plus de choix.

    Je ne suis d’ailleurs pas trop d’accord avec l’indécence de cette couverture. Il peut bien y avoir certains écarts, mais l’épaisseur de la couverture, si je peux m’exprimer ainsi, est proportionnelle à l’ampleur de la tragédie. Voilà tout. On couvre en long et en large parce que c’est une catastrophe longue et large. Si on trouve ça too much, il y a une solution très simple : se débrancher.

    Ironiquement -et paradoxalement- on se désolait aujourd’hui du fait que Laraque avait pris la tête dans le fil de presse, le premier à déloger Haïti de sa première place depuis une semaine…

    Y’a pas trop de journalistes en Haïti, y’a juste trop de misère.

    @+

    S.

    ====================

    P.S. : je cite deux sources dans cet article et il y a un lien dans les deux cas. Je ne saisis donc pas trop la fin de ton commentaire.

    P.P.S : Indépendant a un pas mal bon point : est-ce qu’on limite aussi la couverture 2.0? Est-ce que twitter devrait mettre une limite au nombre de fois qu’un utilisateur peut mettre #haiti dans ses messages? Devrait-on ouvrir un seul blogue commun plutôt que d’en ouvrir plusieurs, question d’économiser du bandwidth?

  • Dutil
    22 janvier 2010

    J’écoute le realtime réalité de Pierre Coté depuis hier. Je l’encourage à continuer d’aider. Mais l’information rapportée par Simon Jodoin dans cet article est fausse. Les 25000 litres d’eau ne partiront pas avec l’avion de la CECI qui n’était même pas au courant. Il vient de parler avec une dame de l’organisme qui disait que la priorité était d’envoyer des capsules de purification pour utiliser l’eau sur place. Je doute donc de la fiabilité de l’information transmise par la web et l’émission de Pierre Coté. Le mieux pour avoir l’heure juste est de contacter la CECI.

    http://www.ceci.ca

  • Véronick Raymond
    23 janvier 2010

    Précisions de Véronick Raymond

    Je suis la Véronick Raymond mentionnée puis rayée de votre article. Je ne souhaitais aucunement avoir de la visibilité dans cette histoire, car je crois que toute notre attention doit être tournée vers l’aide et que je ne suis pas une fan de l’autocongratulation. Cependant, des clarifications s’imposent… Alors, me voici.

    D’abord, je veux vous dire que Pierre Côté et Carine Guidicelli vous ont tous deux dit la vérité. Voici chronologiquement comment cette aventure s’est déroulée :

    - Nutrinor a annoncé publiquement qu’ils souhaitaient donner 25 000 litres d’eau, mais ils n’ont pas tout de suite trouvé preneur.

    - Pierre Côté a confirmé le tout par appel téléphonique auprès du donateur potentiel (vous pouvez entendre l’échange sur son site) puis s’est mis à diffuser la nouvelle dans la blogosphère et à faire des appels à l’aide énergiques.

    - J’ai vu passer l’information le lundi 18 janvier en fin d’après-midi, je ne connaissais ni Pierre ni son show, mais j’ai voulu contribuer à trouver une solution, puisque j’étais très sensible à la cause haïtienne. J’ai convaincue mon amie Gaële Cluzel-Gouriou d’embarquer dans cette folle aventure.

    - Une autre internaute, Dominique Béland, qui ne connaissait pas Pierre non plus et que nous ne connaissions pas, mais qui était tout aussi motivée que nous a décidé d’embarquer dans le projet.

    - J’ai fait un appel auprès d’un membre de la communauté haïtienne pour savoir qui avait la capacité de faire parvenir autant d’eau en Haïti. On m’a indiqué le CECI, que je connaissais déjà et à qui j’avais déjà donné dès les premières heures du séisme.

    - J’ai alors communiqué avec le CECI qui m’a indiqué qu’ils accepteraient bien sûr ce don d’entreprise de 26 palettes de bouteilles d’eau de 4 litres, s’il leur était livré. Ils m’ont demandé de rappeler le lendemain pour leur laisser savoir si ça fonctionnait.

    - Nous avons alors fait beaucoup de démarches pour trouver une compagnie de transport pour apporter l’eau d’Alma à Dorval. C’est grâce à Facebook, qu’un ami d’un ami du chum d’une de mes amies d’enfance (je ne blague pas) s’est proposé. M. Eric Fitzback de Transport YN Gonthier a offert de se charger du transport Alma-Dorval.

    - Le lendemain matin, mardi 19 janvier, j’ai pris congé de mon travail pour avoir le temps de terminer les suivis. Le camion de Transport YN Gonthier était devant l’usine, avant même que nous ayons pu terminer les arrangements, c’est vous dire comme tout le monde était motivé.

    - Après avoir parlé à Nutrinor, j’ai appelé le CECI comme promis pour confirmer et ai ensuite mis tout ça par écrit dans un courriel à l’intention du CECI. J’ai ensuite établi le contact entre Nutrinor et le CECI pour qu’ils se parlent directement, question de rassurer et le donateur et l’organisme récipiendaire.

    - Ils se sont parlés, l’eau a été chargée, une caméra d’un média (qui m’avait contactée avant) a filmé le tout, l’eau est partie pour être livrée le mercredi 20 janvier au nom du CECI à Dorval, pour être acheminée sur l’un de leurs prochains vols d’envoi humanitaire en Haïti.

    La beauté de cette histoire, mais la source de grande confusion, c’est qu’effectivement, en bout de piste, le CECI a fait affaire directement avec le fournisseur. Ils n’ont pas pris de don d’un individu qui ramasse des bouteilles à gauche ou à droite. Mais Pierre et son émission ont servi de catalyseur : sans eux, je ne pense pas que Nutrinor aurait remis son eau au CECI car l’organisation n’avait pas les ressources pour coordonner l’envoi. Gaële, Dominique et moi avons servi de moteurs de recherche et d’entremetteuses, utilisant le web pour trouver les morceaux manquants du puzzle. Les donateurs, Nutrinor et Transport YN Gonthier, ont fourni la marchandise et le service. Et le CECI, tout le reste, soit l’expertise, les arrangements pour le transport aérien (avec Air Transat et Air Canada), le dédouanement, le réseau de distribution sur le terrain, etc.

    Le plus beau dans tout ça, c’est que j’ai tellement aimé l’expérience que quelques heures plus tard, à l’invitation d’un ami, je suis allée travailler bénévolement le reste de ma semaine au CECI et j’ai eu l’immense plaisir de collaborer avec cette merveilleuse équipe au téléthon d’hier soir.

    Je pense que les médias sociaux ont des forces que nous ne saisissons pas encore. Je pense qu’au service des bonnes causes, elles sont d’excellents compléments aux structures sociales existantes, qu’il ne faut pas renier non plus à mon avis. Pour moi, cet envoi d’eau a été possible grâce aux efforts combinés de personnes de plusieurs sphères et réseaux, au service d’un même objectif, celui d’aider d’autres personnes.

    Bien sûr, tout ce qui précède est vérifiable. Et je serai heureuse de vous donner ce qu’il vous faut pour que vous puissiez faire les vérifications qui s’imposent. Évidemment, Mme Carine Guidicelli et M. Pierre Côté, ainsi que Gaële et Dominique, recevront à l’instant par courriel copie de cette réponse.

    Et surtout, tout en comprenant qu’il est important d’analyser adéquatement le rôle des médias sociaux, il me semble qu’on pourrait recadrer notre attention un peu sur ce qui presse le plus : voir comment on peut – et ce à long terme – aider ceux qui à Haïti et ailleurs sur la planète ont bien besoin d’un coup de main. Nous sommes privilégiés et ça vient avec des responsabilités.

    Véronick Raymond

  • Véronick Raymond
    23 janvier 2010

    Et on me pardonnera d’avoir féminisé dans la réponse qui précède les médias sociaux en disant qu’elles sont d’excellents compléments (…). On devrait lire qu’ils sont d’excellents compléments (…).

    Véronick Raymond

  • Simon Jodoin
    23 janvier 2010

    Bonjour Véronick

    Merci pour ces informations. Je fais tout de suite un lien dans l’erratum vers ton commentaire qui permet d’attacher certains fils manquants de cette histoire.

    Au plaisir.

    S.

  • André Péloquin
    23 janvier 2010

    Wow! Toute une histoire! Merci Véronick pour ces précisions! Bravo à vous et vos collègues.

    J’ajouterais qu’il faut non seulement recadrer notre attention sur les moyens à prendre pour employer cette technologie en cas de crise, mais aussi comment à y arriver d’une façon rapide et efficace.

    Cette confusion en témoigne: there’s too many cooks in the kitchen (désolé, ça jouait à la radio tantôt).

  • Hyperman
    24 janvier 2010

    Il faut changer de paradigme, passer du monde “autoritaire” des médias de masse à un monde où il y a une masse de communicateurs qui entretiennent des conversations.

    Pour régler la confusion / chaos et faire du sens de la conversation, il faut améliorer les outils, les filtres et les “contextualisateurs” qui vont permettre de faire du sens de tout ça, et non “controller” qui a le droit de communiquer (how many cooks in the kitchen).

  • Stefan Bumbaru
    24 janvier 2010

    “Plus on est de fous moins ya de riz” Coluche .-)

    Bonjour André,

    Je me suis joins à l’équipe de Pierre Mercredi en fin d’apres midi, ses contacts témoignants de milliers d’haitiens n’ayant rien eu à boire depuis le séisme !
    Ceci m”était intollérable.

    Je me suis donc impliqué avec une seule et unique mission “VITE C’EST MIEUX”.

    Voyez vous, dépendamment si la portion Miami-Haiti se fait en avion ou en bateau, Haiti n’est qu’à 3 ou 4 jour de transport de Montreal. La cargaison initiale d’eau étant indisponible (en attente d’un bateau du CECI aux dernières nouvelles), sans jeux de mot, nous avons eu la chance de trouver 150,000 litres d’eau d’une autre source (NAYA).

    Assez pour 40,000 personnes durant 2 ou 3 jours!

    Mais le camion pour Miami gracieusement offert Mercrdi PM par Georges Jr de chez Leger Transport ne suffit plus (il devait partir jeudi matin afin que l’eau soit rendue dimanche PM max). Il en faut maintenant entre 8 et 10 au total!

    J’ai bonne confiance d’en trouver suffisament car on peut compter sur la générosité d’ici. Si toutefois cela n’arrivait pas, l’eau qui ne prendrai pas la route en début de semaine sera acheminée dans le bateau du CECI avec les 25,000 litres initiaux.(date à confirmer).

    En plus, Vendredi soir M Duceppe m’a encouragé en disant qu’il m’aidera dans ma quete. Propos qu’il a ensuite réitéré en entrevue avec Pierre Coté.

    Le premier camion va donc finalement partir Lundi (seul ou accompagné) et devrait arriver mercredi au “Haiti Relief Task Force in Miami” qui va probablement faire transporter cette eau par bateau à partir de Miami, l’aéroport de Port au Prince étant congestionné avec une nette préférence aux avions US (PVI: 106 des 149 avions du 23 janv étaient américains tandis que l’avion d’Air Canada Cargo ne peut décoller de Dorval avec l’eau)

    Ces humains ont soif à mourrir. En route !

    Merci à tous.

    SB

  • André Péloquin
    24 janvier 2010

    M. Hyperman,

    Primo, je respecte totalement votre point de vue. Je veux seulement ajouter que je n’ai jamais fait allusion au fait qu’il faut « contrôler» qui a le droit de communiquer!

    Seulement qu’il y a BEAUCOUP, BEAUCOUP, BEAUCOUP de communicateurs qui abondent souvent dans le même sens, mais qui se contredisent aussi parfois, d’ou ce chaos d’informations.

    Comme vous dites, de meilleurs outils ou de nouvelles options sur des outils déjà en place seraient sûrement une bonne piste (un espèce d’indice de « popularité» à la Digg ou de « crédibilité» à la Ebay pour évaluer entre utilisateurs les sources de ces passeurs d’information? Je ne sais pas).

  • Etienne Denis
    24 janvier 2010

    Intéressant débat (et pour une fois, ce n’est pas moi qui ai mis le feu aux poudres ;-) )!

    Je me pose beaucoup de questions (et plusieurs d’entre elles n’ont pas de réponse) sur la circulation des infos au travers les médias, genre Agence de presse —> télé —> twitter —> twitter —-> facebook —> télé —-> journaux…

    C’est clair que le web, et en particulier celui des médias sociaux, ne fonctionne pas ne vase clos. Comme n’importe quel média, le web social répond à ses propres règles et a ses propres limites.

    Juger un média selon les règles et limites d’un autre est un peu risqué cependant. Va-t-on reprocher à la radio de ne pas être très bonne pour diffuser des images? Va-t-on reprocher au journaliste d’être un témoin extérieur le plus objectif possible (ce qui est exactement son travail et son rôle social) et de ne pas intervenir sur ce qu’il observe?

    La gué-guerre entre tout ce qui es nouveau dans le monde des comm (foursquare et autres) et tout ce qui ne l’est pas (certains classent maintenant Google parmi les médias traditionnels!) devient lassante à la fin…

  • Simon Jodoin
    24 janvier 2010

    Hola tous

    Je prendrai certainement le temps en début de semaine d’emballer dans un texte les quelques idées que cet épisode et vos commentaires à ma chronique me donnent à penser.

    Pour l’heure, je suis assez d’accord avec André Péloquin. La leçon que j’en tire personnellement c’est qu’il me semble y avoir trop de cuisiniers dans la cuisine.

    Je comprends le point apporté par Hyperman. C’est la base du web viral telle qu’elle apparaît depuis au moins dix ans. Le paradigme est déjà en grande partie changé. Je crois cependant que l’heure est beaucoup plus à la remise en question et à la critique de ce changement de paradigme. Surtout en cette époque où les faits se résument à 140 caractères, retwittés des milliers de fois sans aucun discernement et aucun recul.

    J’en veux pour exemple la simple conversation que nous avons ici. Les précisions de Véronick Raymond tiennent en plus de 800 mots. C’est le prix de la clarté. Je préfère de loin lire son explication en clair dans un texte continu que je sais exactement où trouver que de jouer au puzzle à partir de twits, de statuts facebook et de phrases disparates dans un chat room.

    Même constat pour l’intervention de Stefan Bumbaru un peu plus haut. Elle est beaucoup plus claire que celle twitté et retwitté par exemple via Michelle Blanc le 22 janvier : « 25000 littres de l’eau de Naya seront livrés par Transport Léger et Relief Task Force de Miami il reste 125000litres à livrer » écrivait-elle.

    Or, Sean Surkis le vice-président de Naya, le jour même, me confirmait que l’eau n’allait pas quitter son entrepôt avec Léger et qu’aucune décision n’était prise pour son acheminement, qu’il allait décider lundi ce qu’il allait en faire et fort probablement la donner à une ONG canadienne.

    Là, on parle de rajouter Gilles Duceppe dans la cuisine… Fort bien… Mais à partir de quelles informations? Celles données par Naya ou celles qui sont twittés depuis vendredi? Je le vois mal, par exemple, venir s’interposer entre Naya et une ONG reconnue (si l’information que j’ai est juste).

    Mon but ici n’est certainement pas d’accuser qui que ce soit de désinformer, mais simplement pointer le fait que « informer vite » ne signifie pas nécessairement « informer mieux » et que de multiplier les joueurs dans une chaîne de communication risque fort de donner un résultat semblable au jeu du téléphone.

    Tout cela pour mettre en relief que si les outils 2.0 sont très utiles et très puissants, les messages transmis et retransmis sans aucune vérification peuvent devenir une sorte de parasite, un bruit de fond qui nuit à la communication.

    Au-delà de la bonne volonté de tous et chacun qui souhaitent aider –ce que je ne remets certainement pas en question, c’est le genre d’idée qui me trotte dans la tête en ce moment.

  • Normand R. Grenier
    24 janvier 2010

    Très intéressants tous ces commentaires et analyses, mais ce qui m’intrigue ici c’est la photo qui apparaît en haut de page.. Qu’elle est son origine ? C’est très étrange de voir cette jeune dame bien habillée transporter un bambin ainsi habillé de vêtements (chemise et bas blancs)immaculés.. avec également des chaussures reluisantes… en plus le sol semble reluisant (d’eau? ou d’huile?)et il n’a pas été question de pluie en Haïti récemment.. Même si l’arrière scène démontre bien un fouillis digne du récent tremblement de terre.. est-ce simplement une photo d’archives ? Désolé d’être trivial mais sauf erreur, un média trad stipule-t-il pas normalement la source de ses photos ?

  • Dieu Du Web
    24 janvier 2010

    Bonjour Normand

    Le crédit photo est inscrit dans l’article, mais pour une raison qui m’échappe la fonction qui devrait l’afficher ne semble pas fonctionner…! J’y vois tout de suite.

    (Pour information : tu as raison, elle n’a pas été prise suite au tremblement de terre, elle date de 2007)

    (et soit dit en passant, nous nous gardons bien de nous définir comme un média “trad”…)

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