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Reportages et entrevues

Bilan scène locale 2012 : Nouveaux dieux

Bilan scène locale 2012 : Nouveaux dieux

Julie Ledoux
21 décembre 2012

L’année 2012 aura été celle où la frontière entre l’émergence et le grand public s’est montrée de plus en plus perméable, tandis que le folk, l’électro et le rap s’imposaient franchement sur la scène musicale québécoise.

Monsieur Mousteille (Les Appendices) l’avait vu venir: la frontière entre l’émergence et le grand public est très poreuse. Au point où on a vu la formation Avec pas d’casque remporter deux Félix aux derniers galas de l’ADISQ, en plus de récolter deux prix au GAMIQ, le versant alternatif des prix musicaux au Québec. Lisa LeBlanc a aussi semé la confusion avec trois prix au GAMIQ, dont celui de Révélation de l’année qu’elle a en plus gagné… à l’ADISQ. CanaillesKoriass et Les Revenants se sont frottés au même destin: appréciés autant des petits et grands médias que du public, ils ont traversé la frontière émergence-grand public en moins d’un an. Il s’en trouvera cependant toujours quelques-uns pour lancer un solide Who the f*** is Avec pas d’casque?, rappelant à nouveau que gagner des prix, ça ne change pas le monde, sauf que…

Si l’on peut se réjouir de ce transfert des pouvoirs, plusieurs facteurs semblent justifier la venue de nouveaux joueurs à l’avant-scène musicale. Impossible de réduire ce succès à une présence accrue sur les réseaux sociaux et nouveaux médias. Il ne faut pas se leurrer: le travail colossal qu’accomplissent les petites maisons de disques et leurs équipes permet aux artistes de franchir les frontières plus aisément. Grosse Boîte/Dare To Care, Bonsound, 7e Ciel, Abuzive Muzik, C4, Slam Disques et les nouveaux venus de Simone Records, parmi la belle gang de petites étiquettes locales, ont su s’imposer face aux Musicor, La Tribu, Spectra, Audiogram et Productions J.

Alors que le folk grugeait sa place auprès du grand public, le monde du hip-hop sortait graduellement de son carcan, de sa tendance à squatter l’underground et les sous-sols. L’an passé, tous s’extasiaient devant Alaclair Ensemble, et si la tendance se maintient, on continuera de le faire en 2013 avec la venue du deuxième «vrai» album de la formation, selon un de ses membres, Vlooper, qui lançait lui-même Snowloops en solo cet automne. Dead Obies, ovni montréalais à six têtes, a aussi récolté des éloges avec Collation, vol. 1, paru en avril dernier. Enfin, Loud Lary Ajust en a surpris plus d’un avec Gullywood, un premier-né remarqué partout en province, assez pour permettre à la formation de se promener jusqu’à Rouyn-Noranda, Québec et Sherbrooke. Encore ici, les limites poreuses permettent une diffusion plus aisée.

Impossible de négliger la folie générée par les WordUP! Battles, ces combats «extrêmes» de la langue où deux rappeurs s’affrontent devant public. Maybe WatsonJam et Koriass ont tous trois su s’y imposer, surtout au cours des premières éditions, et font maintenant leurs marques sur la scène musicale québécoise avec leurs albums respectifs (Jam avec son acolyte PDox ou avec le K6A). Le mélange accru de rap et d’électro a-t-il aussi contribué à la perméabilité de ces genres? Sans aucun doute. Les succès de Kaytranada et Jai Nitai Lotus en font foi, de même que celui de Plaster, du côté électro-rock, qui délaissait son apparat jazz sur Let It All Out. 2012, au Québec, aura été l’année où le mélange des genres aura contribué à l’effervescence musicale et à l’ouverture des différents milieux aux autres.

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