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L'abominable homme des cons

Bertrand Cantat au TNM : Dans une tragédie près de chez vous

Simon Jodoin
6 avril 2011

Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.

- François Villon, La ballade des pendus

J’ai certainement fait un cauchemar… Je rêvais que je gueulais, moi qui ne gueule jamais. Je devais ronfler. Je me suis réveillé en sursaut pour constater que, putain de dieu, non, vous êtes sérieux! C’est bien réel !

Nous vivons dans la mièvrerie collective, dans le bonheur rose bonbon du confort dilué au thé vert, terreau fertile pour une culture qui peine à atteindre le stade du divertissement. La culture dites-vous! Toujours un bon moyen de mettre son cerveau au repos. Au mieux, nous partirons avec les enfants sur les routes de la société des loisirs pour aller s’exclamer devant les records du box-office, ou fouillez-moi quelle niaiserie encore, jusqu’au jour où, Ô merci autoroute du succès, un rare créateur gagnera tel ou tel prix dans une contrée lointaine. Alors là, c’est la totale, il aura droit à deux minutes de gloire au téléjournal, autre forme de divertissement, où se succèdent, comme les scènes d’une morbide fiction, les évaporations de nos ventres gonflants de l’actualité du  rien. Rien… Un mot qui raisonne comme l’angoisse. Comme le vide. Rien je vous dis. Pour ces deux minutes de gloire –et s’il est chanceux, une apparition dans une émission de cuisine- on nous sert par la suite des polémiques sportives, des analyses à cinq sous, des débats presque scriptés, des « questions qui tuent » en forme de blowjob. Attention mesdames et messieurs, dans un instant, nous allons sucer… Ainsi se lit le générique de vos vies… Oui, je parle de vous.

Et lorsqu’un type un peu gonflé se pointe en se demandant « pourquoi pas ? », c’est l’hécatombe. Saignons l’animal! Scandale! Ce salaud voudrait nous faire réfléchir!

Parce que selon vous, ça va de soi, c’est tout réfléchi… Inutile d’attendre, inutile d’aller voir. Il vaut mieux tout de suite appeler les lignes ouvertes, car demain, il sera trop tard.

Allez chier.

C’est la seule question. «Pourquoi pas ?»… Face au rien ambiant, face aux assourdissantes majorités silencieuses, c’est peut-être l’unique question qu’il vaille la peine de se poser. Pas la réhabilitation, pas le pardon, juste ça: « pourquoi serait-ce donc impossible ? »

Pourquoi pas…?

Et pourquoi pas Bertrand Cantat ?

On sait maintenant pourquoi ce ne sera pas Bertrand Cantat. Il ne pourra pas entrer au pays. C’est tout. Fin de l’épisode. Enfin presque, car avant de simplement constater ce paramètre législatif, le spectacle avait atteint son apogée. « Il n’est pas le bienvenu » criait monsieur je-ne-sais-qui-qui-parle-au-nom-de-je-ne-sais-qui de l’ADQ. Mieux encore, Madame machin, qui porte des opinions comme d’autres portent des gilets des Nordiques, en faisait une promesse électorale: « Si nous sommes élus, nous nous opposerons à ce qu’il vienne au Canada.» Et puis quoi encore ? J’attends avec impatience de pouvoir voter à Call-Tv… Je voterai pour la palourde royale.

La madame était ben contente… Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la publicité.

Ce n’est pas le texte de Sophocle ou l’hypothétique musique de Bertrand Cantat que Wajdi Mouawad a mis en scène… C’est nous. Peut-être le meilleur coup de théâtre qu’il aura signé dans sa vie.

Il faut dire qu’on lui rend la vie facile. Chacun joue son rôle à la perfection. Bravo à tout le monde. Vous avez été excellents.

Et c’est une réelle tragédie. C’est une tragédie que des élus s’arrogent le droit de s’immiscer dans les choix des créateurs, une tragédie qu’au lieu d’accepter une remise en question d’idées reçues nous réclamons de la normalité, du bon goût, des bonnes manières et autres tisanes idéologiques. « Mais voyons donc madame, ça n’a pas de bon sens ! »… C’est une tragédie que nous ne puissions pas voir qu’une société au sein de laquelle les créateurs doivent s’en remettre aux conventions de l’ordre établi et du ça-va-de-soi est une société malade.

Mais vous avez raison, si près de la fin, vaudrait-il la peine de se soigner ?

15 commentaires
  • martin dufresne
    6 avril 2011

    Ah cette bonne vieille irresponsabilité de principe du créateur sur sa montagne… Merci de nous rappeler la seule autorité qui tienne encore en ce bas monde, Monsieur Jodoin, et de nous assurer que celui-ci avait tout prévu, pour une rare fois qu’il semble un tant soit peu désarconné par l’expression d’un écoeurement senti.

  • Stéphane Magnan
    6 avril 2011

    Merci M. Jodoin.

    Je ne connais pas beaucoup l’histoire de M. Cantat, mais ce n’est pas un évadé de prison à ce que je sache? Il n’est pas en train de fuir son procès non plus. Il a été jugé et a fait son temps. Il a payé sa dette et si nous applaudissons les fois que le système punit les coupables, nous devons célébrer le paiement de cette dette à part égale.

    Les politiciens iront se rouler dans n’importe quel fange à laquelle le peuple se nourrit. Pour gagner des votes (ou si on est pas en élection comme Gérald Deltell mais qu’on manque furieusement d’attention…), il y a la soupe du jour au menu des cons et Verner est allée s’en commander un grand bol.

    Ne prêtez attention à ces gorets et qu’on fasse à notre guise, et dans les règles de l’art. Si il y a un public pour voir Cantat, qu’on offre sa prestation, et au diable les « matantes pas contentes ».

    Je suis très heureux de découvrir votre blogue, bonne continuité.

  • Popaf
    7 avril 2011

    Dieudonné vient comme une star au Québec malgré qu’il soit totalement grillé en France…

  • Sorcella
    7 avril 2011

    NOn mais franchement ADQ=Concervateur?Je ne vois pas le rapport mais pour qui vous vous prenez? vous ne connaissez pas l’histoire de Betrand. Vous pensez bien paraitre au yeux de qui? et vous féministe enragé du statut de la femme.(que la majorité des femmes n’adhère pas) Revenez ens. Il ne faut pas tout mettre dans le même panier. Bertrand a payé pour sa souffrance. Ca ne fait pas de lui un batteur de femme qui doit payer toute vie? Mais laisse Bertrand tranquille. Il a payer sa peine et il la paye encore et toute sa vie il aura a vivre ces blessure intérieure.Surtout avec des citoyens méchants.
    Vous voulez quoi? qu’il ne fasse plus rien de sa vie? Hey je me souvien de Omolka la femme qui a tué sa petite soeurs ça c’est plus grave tant qu’a moi et elle a purgé sa peine est sortie et travail maintenant. Les pédophile ont des traitement de qualité paye par le gouvernement ils ont plus de thérapie que les abusé calis.et eu, on les aides a se réintégré dans la société.Ensuite, vous condamné un homme qui na pas fait un meurtre prémédité!!! ce fut un accident, Revenez ens et laissez dont vivre et donner lui la chance de vivre sa vie. Je suis une fan depuis toujours Bertrand tu n’est pas seul on est avec toi et on va se battre avec toi.

  • Earl White
    7 avril 2011

    Le 27 juillet 2003, au cours d’une dispute, Bertrand Cantat frappe à plusieurs reprises sa compagne, l’actrice Marie Trintignant. Marie Trintignant meurt de ses blessures le 1er août 2003. (Wikipedia)

    Il y a beaucoup d’artistes qui ont posé des gestes criminelles et qui ont pu continuer d’être adulé par le publique (et par moi même).

    Si nos artistes veulent confronter nos moeurs collectifs, je suis d’accord. En même temps, je n’aime pas particulièrement la violence conjugale et encore moins ceux qui le font. Bertrand Cantat a tué sa femme et cela me dérange énormément. Il y a surement beaucoup d’autres musiciens qui feront l’affaire de M. Mouawad.

  • Popaf
    7 avril 2011

    on s’en tabarnak mais quelqu’un qui a un accident de voiture parce qu’il roule trop vite et qui cause un accident et tue une personne malencontreusement, il purge sa peine mais il n’est quand même pas le diable et n’est surement pas interdit de sortir de chez lui à vie, crisse ! mais le père trintignant c’est dieu ?!

  • Earl White
    8 avril 2011

    «mais le père trintignant c’est dieu ?» OUI! Au moins,il n’a tué personne.

  • Pistov
    8 avril 2011

    Christianne Charette a diffusé Noir Désir cette semaine après avoir demander au public de voter. Resultat positif, une pièce a été jouée. Physiquement on ne le veut pas mais en MP3 ca passe. Allez comprendre.

    Imaginons que Cantant passe au Francs tireurs (par exemple) pour raconter son histoire. Les cotes d’écoute plafonneraient-elles? J’en suis sur.

    C’est pas clair tout ca.

  • Nom(requis)
    10 avril 2011

    J’emmène au creux de mon ombre des poussières de toi…

  • Nom(requis)
    10 avril 2011

    Et si je peux me permettre:

    « Je n’ai pas peur de la route

    Faudrait voir, faut qu’on y goûte »

  • rayman baseman
    13 avril 2011

    Comme tu as raison Mon Ami Simon
    Ta façons d’écrire me rejoins totalement
    que dire tu éloges ma pensée
    Amicalement ami du coucouè

  • rayman baseman
    13 avril 2011

    le bar CouCou rue Bélanger

  • jean-claude bourbonnais
    16 avril 2011

    le vrai cauchemar, Simon, il est dans « Le Devoir » de ce matin.
    Après nous avoir mis Cantat comme objet de sa séduction, voici que Mouawad envoie sa fille de trois ans au front.
    Même pas capable de s’adresser à nous directement!
    Mépris ou inconscience, impossible de savoir tant le discours de cet homme est faux, abscon et détourné.
    J’en ai le nausée.

  • Simon Jodoin
    16 avril 2011

    À Jean-Claude : Au lieu de t’enfarger dans des jugements sur la forme, fais-toi plaisir et écoute ce qu’il a à dire sur le fond :

    http://www.radio-canada.ca/emissions/24_heures_en_60_minutes/2010-2011/Entrevue.asp?idDoc=147859

  • jean-claude bourbonnais
    16 avril 2011

    j’ai écouté, Simon.
    Au bout de 15 minutes, j’avais mon voyage.Et je suis pas le seul.
    C’est justement ça que je dis plus haut.
    As-tu remarqué son « écoutez » comme entrée de jeu à toutes les questions posées par Dussault. Incapable de répondre directement.Comme un politicien, Mouawad est en campagne électorale!!!
    Et Dussault, j’ai constaté qu’elle n’a pas de connaissances approfondies sur le sens et la définition du geste théâtral, ce qui l’a vite fait déraper dans la pscycho-pop insupportable.
    Non, plus ça va, plus ce cirque, le fait d’une élite culturelle totalement déconnectée,ça m’apparaît sans forme et autre contenu que le fric de nos taxes qui le finance.
    Du bavardage qui ne vaut même pas en forme et en contenu la brillante performance de Carey Price jeudi-soir dernier…
    Et puis, Simon, entre toi, moi et la boite à bois, crois-tu vraiment que le peuple québécois soit le lieu prophétique des tragédies de Sophocle? Nous ne sommes même pas encore souverains, nous n’avons conquis , dévasté et imposé d’empire à aucune nation. Le rire, notre seul empire,si on veut, je le trouve parfait dans « La petite Vie »…Un petit drame en devenir si nous disparaissons, mais une tragédie…non quand même, nous sommes bien trop aimables, ça nous tuerait définitivement. Get a life, Simon!
    D’ailleurs, Mouawad s’en fout…

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