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Tout le monde est ego

À quand un virage numérique en musique?

Guillaume Déziel
29 juin 2012

En mars 2010, la ministre de la culture, des communications et de la condition féminine, Mme Christine St-Pierre, demandait à l’industrie culturelle de faire sa liste d’épicerie 2.0. En fait, de faire une liste de recommandations afin de survivre au virage numérique que nous inflige la réalité du Web, depuis Napster, cet équivalent du 11 Septembre 2001 pour l’industrie de la musique.

En 2010, ça faisait 20 ans que la politique culturelle du Québec avait été dessinée; la plus récente datant de 1992. Ça faisait aussi 10 ans que l’ADISQ tergiversait sur les façons de faire face à la réalité numérique, sans proposer de solutions concrètes et durables. Je me souviens avoir assisté, au beau milieu des années 2000, à une conférence des Rencontres de l’industrie (organisées par l’ADISQ) où un Français était invité pour dire aux producteurs de présents qu’«Internet est une vague; où bien vous essayez de la freiner et vous vous noyez; ou bien vous prenez une planche et vous surfez dessus». Ironiquement, le même Français avait été réinvité par les Rencontres de l’ADISQ quelques temps après, pour nous dire la même même chose, constatant qu’on nous n’avions rien fait entre-temps…

Cette nouvelle réalité bien mordante de l’ère numérique nous a tous plongés au cœur d’une série de bouleversements, comme la disparition d’intermédiaires entre les créateurs et leurs consommateurs (d’ordinaire incontournables), ou comme l’exploitation sans foi ni loi de nos contenus culturels par les télécoms (fournisseur d’accès Internet), désormais exemptés par notre très cher gouvernement Harper de faire leur «juste part», en reversant des redevances à l’industrie de la création de contenus (loi C-11).

Il s’est donc écoulé 10 ans où aucune politique industrielle concrète n’a pu être adoptée, surtout faute d’entre-aide, de synergies et d’union entre les différents joueurs, trop occupés à protéger leurs intérêts personnels à court terme. L’industrie de la musique est ainsi faite : des guerres de clochers entre le milieu des créateurs, des interprètes, du disque, du spectacle, de l’édition et de la gérance; tout le monde tire sur son bord de couverte; personne n’a les moyens de prendre de front les problèmes, d’instaurer des solutions durables et profitables pour notre culture, pour tous, à long terme.

Voilà que 2 ans après l’appel de la ministre St-Pierre à réfléchir sur l’avenir de notre culture à l’ère numérique, plus de 600 personnes du milieu culturel ont accouché de 57 recommandations qui ont été livrées à la ministre en novembre dernier. Je vous invite d’ailleurs à découvrir les 37 recommandations du Conseil des Arts et Lettres du Québec et les 20 recommandations de la Société de développement des entreprises culturelles.

Tout le monde le sait et Jean Charest nous le répète : il y aura des élections au Québec d’ici 18 mois. Et comme notre société est pour la première fois depuis des décennies déchirée entre les gens de gauche et ceux de droite, entre les jeunes 2.0 et le vieux 1.0 (pour simplifier la chose…), on ne peut s’attendre à rien sauf d’autres bouleversements. Et, bien que la ministre St-Pierre ait eu l’excellente idée en 2010 de tendre l’oreille sur les besoins du milieu culturel, il reste que le comportement actuel de son gouvernement est déplorable aux yeux de plusieurs électeurs. Ce qui m’amène à penser que le respectable projet de la ministre, ainsi que le valeureux travail de plus de 600 acteurs du milieu culturel, risquent bien d’être relégués aux oubliettes pour un bon moment. Et pendant que le bordel électoral à venir s’opérera, notre culture, elle, n’aura toujours pas de politique claire et actuelle, pour faire face aux enjeux criants du Web 2.0.

musiQCnumeriQC propose un virage

Devant cette situation, un regroupement de dizaines de jeunes travailleurs du milieu des technologies, du droit, de la musique enregistrée, de la création et de la mise en marché nommé musiQCnumeriQC s’est penché sur ces 57 recommandations pour y faire un bon ménage et aider la ministre à y voir plus clair. Il résulte de ce grand ménage du printemps 6 thématiques proposant des lignes directrices claires pour embrasser le Web, pour s’en servir, plutôt qu’en être victimes.

Je vous invite donc à lire ce document intitulé «Le virage numérique au Québec (Secteur musique) : Recommandations en 6 thématiques» et accessible à partir de cette adresse :

virage.musiQCnumeriQC.ca

Si vous êtes en accord avec les propos de ce document, n’hésitez pas à en aviser la ministre en vous ajoutant au rang des signataires, à l’aide du formulaire prévu à cet effet au bas de cette page.

En espérant que le travail de plus de 600 québécoises et québécois ne tombera pas aux oubliettes électorales, j’ose même souhaiter que ce sujet qui nous concerne tous puisse devenir un des enjeux de la prochaine campagne électorale.

Bonne lecture!

Un commentaire
  • [...] place toute fraiche dans mon industrie. D’où l’importance criante de la mise en place d’un virage numérique impliquant une vision à long terme pour notre culture. Mais ça, c’est un tout autre [...]

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