BangBang : bangbangblog.com

Reportages et entrevues

A K U A : Déclaration d'indépendance

A K U A : Déclaration d’indépendance

Marie Mello
13 septembre 2013

Photo : Basma Chidiac

À écouter, la pièce «One’s Company» :

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Depuis quelques mois, la charismatique chanteuse Akua Carson (oui, c’est son vrai nom) multiplie les collaborations privilégiées – dont l’une avec nulle autre que Solange. C’est que la voix chaude de la Montréalaise de 27 ans est de plus en plus sollicitée depuis la parution de son EP One’s Company, un mariage original d’électro et de soul. Jointe par téléphone à New York, elle parle de ses sources d’inspiration et d’indépendance musicale, quelques semaines avant son concert à Pop Montréal.

«À New York, le hip-hop est partout, même dans des places comme Pharmaprix!», s’étonne Akua Carson, en séjour aux États-Unis pour l’été. À l’entendre parler de tout ce qui nourrit la création de son premier album, dont la date de sortie est encore floue, la Grosse Pomme est un terreau fertile et diversifié. «Je travaille en ce moment sur des sons électroniques qui sont assurément intimes et minimalistes, mais il y a toutes sortes de choses qui m’inspirent, comme mon environnement immédiat, les rencontres que je fais, les différences majeures entre les États-Unis et le Canada…», poursuit-elle en discutant aussi de soul, de folk… et de l’été qui s’achève.

Si elle adore son périple new-yorkais, l’artiste ne risque toutefois pas de s’y installer de sitôt, même si son talent y est de plus en plus recherché. «New York est inspirante, excitante et remplie de musique fascinante partout et tout le temps, mais je trouve que Montréal ou Toronto sont des endroits plus adaptés pour vivre ou survivre en tant qu’artiste», explique l’auteure-compositrice de 27 ans, dont le style a été comparé à Little Dragon, CocoRosie ou Lykke Li.

Faire cavalière seule

C’est un peu par hasard que la création musicale est entrée dans sa vie. Alors qu’elle étudiait à McGill, Akua s’est inscrite à un groupe vocal universitaire. Même si sa sensibilité à la musique s’est aiguisée dès le plus jeune âge par la pratique de la danse, elle n’avait jamais chanté ou joué d’un instrument auparavant. «J’ai ce sentiment d’être arrivée un peu de nulle part. Je suis autodidacte et j’ai l’impression de m’y connaître encore si peu. Il y a une magie à cette naïveté ou innocence, je crois, mais c’est parfois frustrant de n’avoir pas le background technique d’un musicien de jazz, par exemple.»

En plus d’être un one woman band, Akua a tenu à s’initier elle-même à la production. Les cinq morceaux de One’s Company auront pris environ trois ans à voir le jour, avec le soutien de Martin Rodriguez et d’Andy Bauer (Twin Shadow). «J’ai travaillé avec bien peu de musiciens ou de producteurs jusqu’à maintenant parce que je suis plutôt timide, pour être bien franche, explique Akua. Avec Andy et Martin, c’était la première fois que j’arrivais à établir un climat de confiance où je suis assez confortable pour créer. Notre complicité musicale et leurs connaissances techniques sont formidables.» Son album à venir devrait à nouveau faire appel à leur talent.

Trouver sa voie

Quand elle ne chante pas pour d’autres formations musicales, Akua s’installe seule avec une guitare pour improviser. Son but? Y aller au feeling, capter avec son enregistreur «ces moments où il se passe quelque chose», chercher la façon la plus authentique de traduire une émotion précise, avec ses textes et sa voix. «Tu pourrais jouer de la musique toute la journée, mais si tu n’as rien à dire au bout du compte, tu n’obtiendras pas une chanson», dit-elle songeuse. Elle a beau se faire demander souvent quand sortira l’album, l’auteure-compositrice préfère laisser venir les choses et ne pas s’ajouter trop de pression sur les épaules.

Elle raconte que les textes du EP (dont le titre renvoie à l’expression anglaise «one’s company, two’s a crowd») ont été conçus lors d’une rupture, période trouble pendant laquelle elle s’est bien sûr interrogée sur la vie à deux, mais aussi sur sa démarche artistique en solo. «Notre société semble privilégier le duo en tant que scénario idéal, surtout lorsque tu es une femme, je crois. Il y a cette idée de codépendance. One’s Company parle de se reconstruire après avoir perdu quelqu’un ou quelque chose, de recommencer à neuf. C’est une déclaration d’indépendance.» De la même façon, Akua s’est penchée sur ce qu’elle avait envie d’accomplir en tant qu’artiste et a décidé de foncer seule, quitte à ce que le processus prenne plus de temps.

Entre-temps, Akua continue d’apprivoiser le spectacle (seule ou en tant que choriste pour d’autres), la programmation et la performance électronique live. Pour son projet musical personnel, elle recrée sur scène toutes les pistes par elle-même. Mais elle admet toujours ressentir une grande nervosité chaque fois qu’elle s’apprête à monter sur les planches. «Je suis du genre à passer la journée à courir partout parce qu’il me manque un câble, à arriver en panique chez Moog, puis à réaliser que j’ai oublié ma tenue de scène. Mais quand je suis rendue sur scène, je me sens bien. J’adore la performance, ça m’emmène dans une zone formidable!», confie-t-elle, en faisant référence à une performance sur un toit qu’elle vient de faire à New York. Son prochain spectacle solo aura lieu « à la maison », dans le cadre du festival Pop Montréal.

A K U A @ Pop Montréal (avec Michael Rault, Milk Lines, Pierre Kwenders, DJ Nom de plume)

Le 28 septembre au Divan orange

www.soundslikeakua.com

popmontreal.com

À visionner : « Gravity »

Pas encore de commentaire.