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17e Regard sur le court métrage au Saguenay : compétitions, internationalisation et félicitations

17e Regard sur le court métrage au Saguenay : compétitions, internationalisation et félicitations

Marie Mello
8 mars 2013

Par Marie Mello

Organisé chaque année à Chicoutimi, le plus grand festival de courts du Québec est en pleine internationalisation. À l’aube de la 17e édition de Regard sur le court métrage, Ian Gailer, directeur général, nous parle des défis surmontés, du chemin parcouru et des nouveautés 2013.

Arrivé en poste il y a 7 ans alors qu’il n’avait que 25 ans (fais le calcul), Ian Gailer n’a pas la langue dans sa poche quand il est question de la vie culturelle au Saguenay ou de la visibilité du court métrage et de ses créateurs. Chaque année, son festival présente des premières ainsi que plusieurs courts québécois et internationaux qui se sont distingués dans les événements du monde entier. Regard diffuse plusieurs blocs de courts à guichets fermés. Il invite les cinéastes du Québec et d’ailleurs à rencontrer le public cinéphile de la région, en plus des spectateurs qui viennent de Québec, de Montréal ou des environs pour y assister.

Des pays arabes au Saguenay, en passant par le Portugal

L’événement propose entre 150 et 170 films (fictions et documentaires) par année, dont 50 % de cinéma d’ici. « On s’impose ce quota parce qu’on veut présenter des films québécois dans un contexte international », explique fièrement le directeur général. « C’est une question de principe : si on réduit la part de films du monde entier, ce n’est pas un vrai festival international. À l’inverse, je pense que c’est important pour les gens d’ici de voir ce qui se fait de bon chez eux. » Les spectateurs pourront par exemple voir les plus récentes œuvres de Chloé Robichaud, Marie-Ève Juste, Théodore Ushev, Déco Dawson et Sophie Dupuis, présentées à Cannes ou à Toronto. Côté international, Regard offre cette année un panorama de films des pays arabes ainsi qu’une carte blanche au festival portugais Indie Lisboa.

En 2013, Regard a augmenté à 200 son nombre de courts métrages, ce qui s’explique en partie par son nouveau partenariat avec « De l’âme à l’écran », un concours de courts entièrement piloté par des élèves du Cégep de Jonquière. Le festival proposera aussi une rétrospective des œuvres de Peter Volkart, quelques expositions et une soirée consacrée aux talents de la région. « La Soirée régionale n’est pas là pour qu’on se félicite entre cousins : c’est parce qu’il y a vraiment de bons courts qui viennent de la région et ça fait vraiment plaisir! », dit Gailer en riant, citant en guise d’exemple les réalisateurs Jean-Marc Roy, Patrick Bouchard et Nicolas Lévesque.

Place au public

Regard possède deux volets compétitifs officiels – les compétitions internationale et nationale –, en plus du concours de courts métrages étudiants. Pour sélectionner les gagnants, trois jurys sont constitués : deux jurys professionnels (un pour les compétitions régulières et un pour « De l’âme à l’écran »), mais aussi un comité de cinéphiles amateurs.

« Pour faire participer le public, les festivals demandent en général aux spectateurs de voter pour leur film préféré, mais ça devient souvent un concours de popularité », estime Gailer. « On a préféré former un vrai jury avec trois membres du public, qui votent et sont accompagnés au même titre que le jury pro. Ils découvrent ce qui se passe en coulisse et c’est une très belle expérience. Je vois ça un peu comme le retour de l’ascenseur : on fait un festival en région et le public nous donne beaucoup. On a un énorme fanbase. C’est normal qu’il ait son propre jury. »

Un carrefour international

Lorsqu’interrogé sur les principaux changements que remarqueront en 2013 les habitués du festival, Ian Gailer répond sans hésitation : « Le bilinguisme. Cette année, nous avons traduit le programme au complet et tous les films sont sous-titrés : les films francophones en anglais, les films anglophones en français, et les films dans les autres langues en français et en anglais. » Mine de rien, il s’agit d’une tâche assez colossale pour la petite équipe, qui compte aussi sur plus d’une centaine de bénévoles saguenéens. « On ne s’attend pas nécessairement à ce que les spectateurs anglophones affluent à Chicoutimi du jour au lendemain, plaisante-t-il, mais c’était super important entre autres pour le marché du film et l’accueil de professionnels du milieu. »

Cette « bilinguisation » rapide de l’événement est vite devenue une nécessité en raison de l’annonce en 2012 de l’interruption du Worldwide Short Film Festival, qui se tenait à Toronto depuis 1994. « On travaillait de pair avec le Worldwide : ils étaient plus actifs du côté anglo et nous du côté franco. On était complémentaires, pas « supplémentaires ». Sans eux, ça créait un vide… on n’était pas nécessairement prêts, mais on l’a fait! », raconte Gailer. Officiellement présentée comme une pause, cette possible disparation de la manifestation canadienne est survenue comme une très mauvaise nouvelle pour le milieu du court. Présent aux festivals de Toronto, Vancouver, Halifax et Moncton, également diffusé au Québec dans les principaux festivals de films, le genre bref n’avait toutefois plus de célébration d’envergure internationale qui lui était entièrement consacrée.

Prochains défis?

« On a fait beaucoup de chemin… On n’avait pas d’acquis, pas de bureaux, pas de logiciels, pas de site web. Là, on a les bases… », se réjouit Gailer, en rappelant que les coûts pour tenir un festival à Chicoutimi ne sont pas les mêmes qu’à Montréal, en partie à cause des billets d’avion offerts aux invités pour se rendre. Pendant chaque édition de Regard, toute la ville se mobilise pour l’événement, ne serait-ce que pour les transports en commun organisés pour les festivaliers et les commerces qui adaptent leurs heures d’ouverture. « On veut aller plus loin dans notre promotion et les films internationaux qu’on va chercher. On veut aussi faire en sorte que ce soit un gros rendez-vous à ne pas manquer pour tout le milieu du court métrage », résume-t-il.

« On n’est pas les champions du monde », dit Gailer. « Tout ce qu’on veut c’est présenter les meilleurs courts et cinéastes dans les meilleures conditions possibles, dans une ville qui est contente et prête à les accueillir. »

Regard sur le court métrage au Saguenay

Du 13 au 17 mars à Chicoutimi et Jonquière

www.regardsurlecourt.com

Photo : Tom Core

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