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Chroniques Le petit tavernier

12 ans d’Esco

Sunny Duval
30 mars 2012

Le printemps est exceptionnellement sorti de chez lui en bédaine ce 20 mars. Il m’a suivi lors de ma première sortie à vélo pour aller au lancement de l’album folk salement feutré I Feel Love de Domaine Alary au légendaire bar L’Esco, qui en profitait pour fêter ses 12 années de débauche musicale.

Quelle journée fabuleuse, à pédaler au vent doux en respirant cette saison chérie. Le soleil me faisait encore des clins d’œil quand je pénétrai pour la (millième?) fois par la porte avant. L’air n’est plus le même que la première fois, les murs oui. Le petit tavernier que je suis a inspecté chaque recoin à tant de reprises, usé ses coudes tant de fois sur le comptoir, abîmé ses souliers à danser sa race sur le bois souillé de taches de shooters, dépensé tant et tant d’argent pour ne retirer qu’une partie des innombrables souvenirs vécus ici, pas seulement à cause d’une mémoire variable (et souvent laissée au vestiaire), plutôt parce que se rappeler d’autant de joyeuses soirées entre amis est impossible. Tous les groupes dont j’ai fait partie depuis 12 ans ont ajouté une couche de notes sur la pierre muette qui résiste encore aux assauts des groupes les plus rudes à l’affiche.

Il fut une longue époque où je venais à L’Esco automatiquement quand j’avais envie de sortir, ou presque. De l’ouverture fin 1999 jusqu’à 2007 je crois. Beaucoup de dollars, que je disais. Tous mes amis étaient également tout le temps dans les parages, pas besoin d’aller ailleurs. Ailleurs, c’était moins divertissant. J’y allais très souvent aussi mais je finissais ici de toute façon. J’ai changé, éventuellement, et le besoin de tuer une certaine routine, couper le cordon et quitter le nid l’ont emporté.

Nous sommes plusieurs à avoir vu le bar devenir graduellement de moins en moins l’Escogriffe et de plus en plus l’Esco, des premiers jours de Ben, Louis-Philippe et Christian (le seul encore en service) comme gérants, qui accumulaient les kilomètres à servir un clan de buveurs de plus en plus grand, surtout recrutés au début par nous, les premiers Breastfeeders, à grands coups de « Hé, viens, on s’en va à l’Esco, le nouveau bar de nos potes! » Ç’a fini par fonctionner, ce bouche à pinte.

La formule variait de temps en temps, essai erreur, bonne franquette et ruban adhésif, fonds manquants mais idées nombreuses. La programmation musicale allait du jazz au punk rock, selon les goûts de Louis-Philippe qui quitta éventuellement après avoir tout donné au bar. Benjamin aussi, restant plus longtemps au poste, fidèle. On indiqua la porte au jazz, triste de quitter, nuisant malheureusement à la santé financière des lieux, que la rare terrasse (double en plus!) du quartier remit sur pied en quelques années. Elle s’ouvre aussitôt la saison à peine assez chaude pour que les passants aient envie de s’asseoir pour regarder passer leurs semblables en fumant et buvant. L’an 2006 tua justement ce droit de fumer ailleurs que sur ladite terrasse, la dotant d’un chauffe-fumeur qui lui permit d’être ouverte toute l’année ou presque. Rentable, dans ce quartier.

Passons sur les groupes et artistes ayant commencé à l’Esco et devenus célèbres par la suite. Les groupes défunts sont plus marquants : le décès rend immortel (et souvent méconnu, que voulez-vous) mais marquant pour certains qui ont vécu des soirées magiques grâce à ces groupes, dans un lieu où les musiciens et leurs instruments sont à portée de main.

Ayant traîné ici longtemps entre copains et amoureuses, on a vu passer tant de gens, certains morts aujourd’hui (vénérable Pierre, alias Cool Cat, es-tu encore debout? Amour!), les autres disparus, déménagés, séchés, mariés et parents raisonnables, et beaucoup beaucoup d’autres redevenus visibles.

Nous sommes le 20 mars 2012, et en ce 5 à 7 jovial qui s’achève et devient lentement un 7 à 3, je constate que certains habitués nocturnes de jadis traînent encore à l’Esco, mais arrivent et repartent quelques heures plus tôt. Rusés! J’aime peu les 5 à 7, parce qu’à 22 heures ma soirée se retrouve très avancée sans que j’aie envie d’aller me coucher, et j’aime pas aller me coucher si tôt. Bref je préfère encore sortir tard. Aujourd’hui, ça m’a permis de revoir quelques vieilles tronches sympathiques.

Je viens dans ce bar pour la mille et unième fois aujourd’hui, un nombre beaucoup moins grand que si je venais encore 3-4 fois par semaine. Christian me sert une autre pinte de Sunny Hell (ma bière-clamato-avec-trop-de-sauce-piquante). J’aimerais bien vous dire combien coûte une bière à l’Esco, mais en 12 ans, le prix a changé souvent, et il varie selon la personne qui me sert. Je sais seulement que j’ai bien fait de commander à Christian cette fois-ci!

Longue vie à toi, Escogriffe. xxxx

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