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Reportages et entrevues

«TIFFing 101» ou  5 leçons apprises au 36e Toronto International Film Festival grâce à Team Québec (Tome 2)

«TIFFing 101» ou 5 leçons apprises au 36e Toronto International Film Festival grâce à Team Québec (Tome 2)

Marie Mello
19 septembre 2011

2- Ne voit pas des films qui veut. Pour les réalisateurs, aller au TIFF, c’est aussi travailler.

Tous espèrent découvrir le plus d’œuvres possible au TIFF, mais la réalité est qu’il y a aussi d’innombrables activités organisées : des brunchs, des cocktails et des soirées, sans oublier les panels, les conférences et les réunions d’affaires. Si bien que les journées et les soirées se remplissent plutôt vite. C’est ce qu’a appris Ian Lagarde, l’auteur de Vent solaire, un magnifique court métrage qui montre avec intensité le dernier « voyage » des membres d’une secte. « En venant ici, je voulais rencontrer des gens, mais surtout voir des films. Je pensais en voir beaucoup plus que cela, mais il y a tellement d’événements! » raconte-t-il lorsque rencontré en plein party de réseautage, justement, celle de la Guilde canadienne des réalisateurs. Imaginez le toit d’un luxueux hôtel du centre-ville, avec vue directe sur la Tour du CN.

« C’est quand même très intéressant parce que ça donne un aperçu du fonctionnement de l’industrie. En fait, ce n’est pas l’industrie qui est nouvelle pour moi, mais plutôt la façon de l’aborder. » Une façon plutôt business casual, malgré les apparences. Celui qui admet n’avoir jamais porté de complet de sa vie, a déjà participé à des festivals en tant que coréalisateur d’un long métrage documentaire (La savane américaine), mais c’est sa première participation à un événement international à titre de créateur de court de fiction.

3- Le TIFF accorde une importance particulière au court métrage et favorise les rencontres.

Bien qu’il soit considéré par plusieurs comme un genre moindre – et qu’il bénéficie rarement de la même visibilité que le long  –, le court et ses réalisateurs sont loin d’être maltraités. Mathieu Tremblay, cinéaste montréalais originaire de Chicoutimi, le constate assez rapidement dès son arrivée au TIFF. « Même si je sais très bien que les courts canadiens restent très mineurs en termes de pouvoir attractif, je trouve qu’on est bien reçus », estime l’auteur de D’aléas, un poème visuel évocateur qui navigue entre l’animation et le film expérimental. Quelques jours après notre rencontre, son film s’est d’ailleurs mérité une mention spéciale du jury du festival pour sa catégorie, signe d’un bel avenir.

« Le festival nous invite aux mêmes endroits que les réalisateurs de longs, les programmateurs nous présentent les bonnes personnes, et ils nous remercient d’être le cœur du festival. On ne se sent pas à part ou moins important parce qu’on fait du court. Et on a la chance de rencontrer plusieurs autres réalisateurs… » Nous aussi, car le TIFF joue très bien son rôle de carrefour. Mentionnons au passage Jean-Guillaume Bastien et Eduardo Menz, deux autres cinéastes de courts métrages rencontrés dans la suite effrénée de réceptions organisées, ainsi qu’Anne Émond et Philippe Falardeau, tous deux venus dévoiler leur long métrage à Toronto. (Oui, les Québécois ont parfois tendance à se rassembler entre eux…)

Ce « traitement royal » que le festival réserve à ses créateurs est d’autant plus important pour les artistes émergents qui proviennent d’un autre milieu, comme Sophie Goyette, qui a suivi une formation en microbiologie. « Avant, je ne connaissais personnellement aucun cinéaste québécois, alors que la majorité se rencontre tôt à l’université. C’est vraiment par les festivals que j’ai maintenant le plaisir de les rencontrer un à un… » C’est un peu la même chose pour Tremblay, qui vient plutôt du monde de l’animation, dont peu de films présentés au TIFF sont issus cette année. « L’animation à Montréal, c’est une communauté à part, qui elle-même est assez segmentée, alors on a moins la chance de se connaître entre réalisateurs. Les festivals comme le TIFF facilitent les choses. »

Existe-t-il vraiment une communauté de jeunes réalisateurs québécois qui se crée dans les festivals? « Oui, j’aime l’idée de faire partie d’une communauté de cinéastes et que mon film soit parmi d’autres films », répond Yan Giroux, qui présente cette année Surveillant, un court métrage de fiction surprenant dont le théâtre est un parc urbain et les codes sociaux très particuliers qui le régissent. « Je me sens chanceux d’être entouré ici de gens avec qui j’ai eu l’occasion de travailler ou que j’ai côtoyés au cours des dernières années. On a réalisé nos projets environ dans les mêmes dates, on a reçu nos subventions en même temps, et nos films se retrouvent ensemble ici. Je suis très content de partager cette expérience avec eux. » C’est un peu ça, Team Québec : un groupe de trentenaires qui se côtoient, s’appuient et s’entraident, sans concurrence apparente…

tiff.net/thefestival

Photo – haut : Vent solaire

Photo – bas : D’aléas

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