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Reportages et entrevues

« Engagez-vous! », qu’ils disaient!

« Engagez-vous! », qu’ils disaient!

Marc-André Savard
28 avril 2011

Dans les années soixante-dix, l’Amérique du Nord s’embourbe au Viêt-nam et le Québec commence à se bomber le torse. La jeunesse s’enflamme, les brassières brûlent, le printemps chauffe la couenne à Paul Piché et la musique prend position plus que jamais. 40 ans plus tard, on traîne depuis une décennie en Afghanistan et Harper dirige le pays avec la souplesse d’un évêque qui empeste les boules à mites. Pourtant, à quelques jours d’élections fédérales, les musiciens ne sortent pas les crocs. Qu’est devenu la chanson engagée de nos jours?

«Il y a quelques groupes engagés qui hurlent contre ce gouvernement de rednecks, raconte Franz Schuller, leader de la mythique formation GrimSkunk, mais la majorité des groupes aujourd’hui sont malheureusement plus concernés par le look de leurs cheveux… Ce n’est pas cool d’être engagé en ce moment. » Pourtant, ça l’était il y a à peine quelques années, comme en témoigne le succès monstre des Cowboys Fringants et de Loco Locass. Pour le chanteur et activiste Paul Cargnello, la récente montée de la droite explique pourquoi le poing levé se fait discret sur la place publique. «Les jeunes sont de plus en plus à droite. La gauche est de plus en plus aliénée et elle semble être en hibernation perpétuelle, ce n’est pas seulement les musiciens. La gauche ne vote pas, elle n’a pas de temps d’antenne, elle est mal représentée au parlement… Les gauchistes aiment mieux s’abstenir plutôt que de lutter ces jours-ci.» La chanson engagée suivrait donc les courants sociaux, comme une mode qui part et revient, et elle serait actuellement dans le creux de la vague…

«Parfois, les gens nous trouvent trop «preachy» et nous détestent pour cela», constate Franz Schuller (au centre), leader de GrimSkunk

«Parfois, les gens nous trouvent trop «preachy» et nous détestent pour cela», constate Franz Schuller (au centre), leader de GrimSkunk

« Rallumer » la lumière…

En pleine ère de l’individualisme et du divertissement, le pays pourrait être dirigé par des Ewoks qu’on s’en foutrait, tant qu’on peut se payer le resto et « tweeter » à quel point « l’party est pogné su’ l’plancher, LOL». Du pain et des jeux. Un mojito avec ça?

Alors que la tendance est de laisser son cerveau au vestiaire et de faire le gros party, les groupes engagés peuvent avoir l’air des parents qui débarquent et qui «rallument» les lumières…«Parfois, les gens nous trouvent trop «preachy» et nous détestent pour cela, constate Schuller. Il y a des gens qui sont concernés par la situation de l’humanité. Pour ceux-ci, la musique engagée est un point de rencontre social et humain très important qui marque la vie des gens!» Idem pour Paul.

«Je suis confronté à beaucoup de gens qui roulent des yeux quand je dis que je suis politisé, remarque Cargnello.  Je crois que nous avons honte de nos opinions politiques. Lorsque les gens choisissent de chanter à propos de leur Bentley, de la danse, de la drogue, ou de divers thèmes sexistes, ils sont tout aussi politisés. Ils sont simplement en train de chanter leur appréciation du statu quo et du système capitaliste. Chaque chanson est engagée, certaines personnes sont simplement engagées dans la stupidité.»

« C'est la saison ouverte quand tu chantes quelque chose que tu juges important» - Paul Cargnello

« C'est la saison ouverte quand tu chantes quelque chose que tu juges important» - Paul Cargnello

Nager avec un pince-nez

Dans une société qui tangue à droite, la musique  doit être lisse comme la chevelure de Harper. Les artistes ne sont pas les bienvenus sur la place publique avec leurs pancartes et leurs mégaphones. Par contre, ils peuvent gratter gentiment la guitare et chanter le contenu des cartes de St-Valentin de chez Jean Coutu. Bref, on aime pas mal Sylvain Cossette! «La plupart des gens sont trop faibles pour exprimer leurs opinions, tranche Cargnello. Ils ont trop peur de dire combien ils pèsent, combien ils ont dépensé pour leur maison, ou pour qui ils votent. C’est la saison ouverte quand tu chantes quelque chose que tu juges important. Notre rôle en tant qu’artiste est de chier sur tout autour de nous, il est triste que certain d’entre nous préfèrent nager dans cette merde.»

Les Beatles ont sorti une floppée de « I Wanna Hold Your Hand » avant que Lennon écrive « Imagine ». Les Cowboys Fringants ont eu leur époque « Marcel Galarneau » avant la bombe « En berne ». La roue tourne et parions qu’on assistera au retour en force de la chanson engagée aussitôt que la gauche reviendra au goût du jour. P’tête même que dans quelques années, Coeur de Pirate va sortir une ligne assassine demandant la tête de Harper entre deux accords de piano, mais, en attendant, on peut toujours voter…

GrimSkunk lançait, il y a quelques semaines, un vinyle double de ses plus grands succès. Présentement en tournée en Europe, on pourra les revoir ici au Rock Fest de Montebello le 18 juin prochain. grimskunk.indica.mu

Paul Cargnello, de son côté, est en concert le 5 mai prochain en compagnie de Karkwa et leurs invités dans le cadre de la 3e édition du Solidari-Show, un concert caritatif organisé au profit du Sac à dos, un organisme d’insertion sociale et économique des personnes en situation d’itinérance. paulcargnello.com

Et vous, chers lecteurs, vous DEVEZ voter ce lundi 2 mai. Pas d’excuse! Élections.ca

Photo : Shoes On Wires sur Flickr

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